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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403508

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403508

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes a été saisi par Mme B, candidate non retenue à un poste de maître de conférences à l'École nationale supérieure d'architecture de Bretagne (ENSAB), d'une demande en référé fondée sur l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Elle sollicitait la communication de nombreux documents relatifs au processus de recrutement, notamment les procès-verbaux des réunions du conseil pédagogique et scientifique, les pièces relatives à la composition du comité de sélection et les documents préparatoires aux délibérations. L'ENSAB a partiellement fait droit à sa demande en communiquant plusieurs documents, mais a refusé de transmettre la fiche des critères d'appréciation des candidatures et tout document précisant nominativement les votes des membres du comité de sélection. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer pour les documents déjà communiqués et a rejeté le surplus des conclusions de Mme B, estimant que les documents refusés étaient soit inexistants, soit non communicables en tant que documents internes préparatoires à une décision administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juin et 11 juillet 2024, Mme A B demande au juge des référés d'ordonner au directeur de l'École nationale supérieure d'architecture de Bretagne (ENSAB), en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui communiquer, dans le dernier état de ses écritures :

- S'agissant des comptes-rendus du conseil pédagogique et scientifique réuni en formation restreinte (CPS-R) :

* le procès-verbal intégral du CPS-R du 27 novembre 2023 ;

* le procès-verbal intégral du CPS-R du 15 janvier 2024 ;

* le procès-verbal intégral du CPS-R du 11 mars 2024 ;

- tous les procès-verbaux et pièces relatifs à la création des postes de maître de conférences pour la rentrée 2024-2025 ;

- tous les procès-verbaux et pièces relatifs à la formation du comité de sélection du poste VT-UPU catégorie 2 ainsi que les différents procès-verbaux portant nouvelle désignation des membres du comité de sélection ;

- tous les documents préparatoires au recrutement du poste VT-UPU catégorie 2, notamment tous les courriels et pièces jointes transmis aux membres du comité de sélection et la liste complète des destinataires (par exemple le courriel relatif à la désignation nominative des rapporteurs pour l'analyse des dossiers ainsi que la fiche des critères), ainsi que le procès-verbal issu de la délibération du comité de sélection suite à l'audition des candidats le 17 mai 2024 qui précise nominativement les votes des membres du comité de sélection et les classements des candidats auditionnés ;

- le procès-verbal présentant la liste des quatre candidats classés ;

- la fiche des critères d'analyse des dossiers ;

- le document permettant d'identifier le choix des membres du comité de sélection ;

- tout autre document relatif à la composition du comité local de sélection, à chaque fois qu'elle a fait l'objet d'une modification.

Elle soutient que :

- elle a déposé sa candidature pour le poste de maître de conférences ENSA BRETAGNE-2023-1422664-MCF-VT-UPU catégorie 2, enregistrée sous le numéro de dossier 16913570 le 10 avril 2024 ; elle a été auditionnée le 17 mai 2024 et a été classée 2ème sur les quatre candidats ;

- la composition du comité de sélection n'était pas conforme aux dispositions du décret n° 2018-105 du 15 février 2018, ayant varié sans que la désignation de nouveaux membres n'ait fait l'objet de nouvelles délibérations ; le ratio de spécialistes de la discipline n'était pas atteint ; certains membres du comité de sélection étaient en conflit d'intérêts avec la lauréate ;

- les documents dont il est demandé la transmission sont nécessaires à la préservation de ses droits ; le délai de recours contre la décision qu'elle entend contester a débuté le 22 mai 2024 ;

- la mesure est utile, dès lors que les documents en cause lui permettront d'établir l'irrégularité du processus de sélection ; il s'agit de documents communicables ;

- sa requête a conservé un objet malgré la communication de certains des documents demandés par l'ENSAB ;

- les notes des membres du jury ou tout document récapitulant les avis nominatifs ne peuvent pas ne pas exister ni, le cas échéant, être reconstitués à partir des notes issues des délibérations ; un tel document est communicable et doit lui être communiqué, permettant de déterminer le vote de chaque membre du comité de sélection, alors même qu'il existe un doute sur l'impartialité du jury ;

- les modifications des membres du comité de sélection ne figurent pas dans le compte-rendu de chacun des CSP-R.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, l'ENSAB, représentée par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au non-lieu à statuer partiel, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- ont été communiqués les documents suivants : les procès-verbaux intégraux du CSP-R des 27 novembre 2023, 15 janvier 2024 et 11 mars 2024 ; tous les procès-verbaux et pièces relatifs à la création des postes de maître de conférences pour la rentrée 2023-2024 ; tous les procès-verbaux et pièces relatifs à la formation du comité de sélection du poste VT-UPU catégorie 2 ainsi que les différents procès-verbaux portant nouvelle désignation des membres du comité de sélection ; les documents préparatoires au recrutement du poste VT-UPU catégorie 2 consistant en les courriels et pièces-jointes transmis aux membres du comité de sélection et la liste complète des destinataires ; le procès-verbal issu de la délibération du comité de sélection suite à l'audition des candidats le 17 mai 2024 qui précise nominativement les votes du comité de sélection et les classements des candidats auditionnés ; le procès-verbal présentant la liste des candidats auditionnés ; il y a non-lieu à statuer sur les demandes, en tant qu'elles portent sur ces documents ;

- il ne saurait en revanche lui être enjoint de communiquer la fiche des critères d'appréciation des candidatures transmise en pièce-jointe du courriel du 23 avril 2024, la pièce-jointe du courriel du 18 avril 2024 de l'un des membres du comité de sélection expliquant les raisons pour lesquelles il entend devoir se déporter, ni un quelconque document qui préciserait nominativement les votes du comité de sélection ;

- ces documents ne sont soit pas communicables, soit inexistants ; elle a reçu communication des avis motivés portés sur la candidature retenue et sur sa propre candidature ;

- la fiche relative aux critères d'appréciation des candidatures transmise en pièce-jointe du courriel du 23 avril 2024 constitue un document interne d'organisation du jury, non communicable ; il en est de même du courriel de déport de l'un des membres ; le dernier document demandé n'existe pas ;

- la communication de ces documents n'est, en tout état de cause, ni urgente, ni utile ; Mme B n'a pas besoin de la communication des documents sollicités pour saisir le juge administratif d'une contestation de son non-recrutement ; les documents en cause ne sont pas indispensables à la préservation de ses droits, visant seulement à appuyer plus fermement les moyens de son éventuel recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret du 15 février 2018 portant statut particulier du corps des professeurs et du corps des maîtres de conférences des écoles nationales supérieures d'architecture ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Il peut, en particulier ordonner la communication de documents administratifs, sans qu'il soit besoin que le requérant ait au préalable saisi la commission d'accès aux documents administratifs.

4. S'agissant de la condition d'urgence, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

5. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3, ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave, la circonstance qu'une décision administrative refusant la mesure demandée au juge des référés intervienne postérieurement à sa saisine ne saurait faire obstacle à ce qu'il fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-3.

En ce qui concerne le non-lieu à statuer partiel :

6. Il ressort des pièces du dossier que l'ENSAB a, en cours d'instance, communiqué les procès-verbaux intégraux du CSP-R des 27 novembre 2023, 15 janvier 2024 et11 mars 2024, de sorte que les conclusions tendant à la communication de ces documents ont perdu leur objet.

7. L'ENSAB a également communiqué, au titre des pièces et procès-verbaux relatifs à la création des postes de maître de conférences pour la rentrée 2024-2025, les relevés des décisions du CSP-R des 2 octobre et 6 novembre 2023. La requérante ne contestant pas que ces documents correspondent à ceux sollicités, les conclusions sur ce point ont également perdu leur objet.

8. L'ENSAB a par ailleurs communiqué, au titre des pièces et procès-verbaux relatifs à la formation du comité de sélection du poste VT-UPU catégorie 2 ainsi que les différents procès-verbaux portant nouvelle désignation des membres du comité de sélection, trois arrêtés du directeur de l'ENSAB des 15 janvier, 22 mars et 22 avril 2024, dont la requérante ne conteste pas davantage que précédemment que ces documents correspondent à ceux sollicités. Les conclusions sur ce point ont également perdu leur objet.

9. L'ENSAB a enfin transmis, s'agissant des documents préparatoires au recrutement du poste sur lequel concourrait Mme B, et plus spécifiquement des courriels et pièces-jointes transmis aux membres du comité de sélection et la liste complète des destinataires, différents courriels adressés aux membres du comité de sélection, les 22 et 29 avril ainsi que 13 mai 2024. Il a en outre transmis, s'agissant spécifiquement du courriel relatif à la désignation nominative des rapporteurs pour l'analyse des dossiers, les courriels des 22 et 23 avril 2024, la pièce-jointe correspondant à la désignation des rapporteurs pour l'analyse des dossiers et, enfin, le procès-verbal du comité de sélection du 17 mai 2024.

10. Les conclusions tendant à la communication de ces documents ont ainsi également perdu leur objet, à l'exclusion de celles tendant à la transmission de la fiche des critères d'évaluation des candidatures jointe au courriel du 23 avril 2024, de la déclaration sur l'honneur de l'un des membres du comité de sélection relative à son déport, de tout document précisant nominativement les votes des membres du comité de sélection et permettant d'identifier leur choix et, enfin, de tout document justifiant que les modifications de la composition du comité de sélection ont bien été précédées d'une consultation du CSP-R, qui n'ont effectivement pas été communiqués.

En ce qui concerne les conclusions restant en litige :

11. En premier lieu, en prévoyant la communication des documents administratifs, le législateur n'a pas entendu porter atteinte au principe d'indépendance des jurys ni au secret de leurs délibérations et, par suite, permettre la communication tant des documents de leurs délibérations que de ceux élaborés préalablement par les jurys en vue de leurs délibérés.

12. Il en résulte qu'à supposer qu'il existe ou qu'il soit susceptible d'être reconstitué sur la base des notes des membres du jury prises pendant les auditions, tout document demandé par la requérante, précisant nominativement les votes des membres du comité de sélection et permettant d'identifier leur choix respectif, ne saurait relever des documents communicables, une telle communication portant par définition atteinte au secret des délibérations du jury. Les conclusions tendant à la communication d'un tel document se heurtent par suite à une contestation sérieuse.

13. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la fiche jointe au courriel du 23 avril 2024 porte sur les critères de sélection que les membres du comité de sélection devaient déterminer, en vue de leurs délibérations. Le secret des délibérations du jury fait ainsi obstacle à la communication de cette grille d'appréciation, de sorte que les conclusions tendant à sa communication se heurtent également à une contestation sérieuse.

14. En troisième lieu et en l'état de l'instruction, la communication des autres pièces ou informations demandées par Mme B, portant sur la déclaration sur l'honneur de l'un des membres du comité de sélection relative à son déport, à supposer ce document communicable, et tout document justifiant que les modifications de la composition du comité de sélection ont bien été précédées d'une consultation du CSP-R, n'apparaissent pas nécessaires pour l'introduction du recours qu'envisage de former l'intéressée. Dans ces circonstances, la mesure sollicitée tendant à la communication n'apparaît ni urgente, ni utile. Il appartiendra, le cas échéant, au juge de l'excès de pouvoir, dans l'exercice de ses pouvoirs de direction de l'instruction, d'ordonner le versement au dossier desdites pièces ou informations.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B et ayant conservé un objet doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que l'ENSAB demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B, à l'exclusion de celles tendant à la communication de la fiche des critères d'évaluation des candidatures jointe au courriel du 23 avril 2024, de la déclaration sur l'honneur de l'un des membres du comité de sélection relative à son déport, de tout document précisant nominativement les votes des membres du comité de sélection et permettant d'identifier leur choix respectif et de tout document justifiant que les modifications de la composition du comité de sélection ont bien été précédées d'une consultation du CSP-R.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'ENSAB au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à l'École nationale supérieure d'architecture de Bretagne.

Fait à Rennes, le 5 août 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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