mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 juin et 31 juillet 2024, la société immobilière Pencastel Chauchir, représentée par Me Delalande, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan-Vannes Agglomération (GMVA), sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
- de déposer une demande au titre des articles R. 214-1 et suivants et R. 214-133 du code de l'environnement, sous la rubrique 3.2.6.0 de la nomenclature IOTA (Installations, Ouvrages, Travaux, Aménagements) portant sur la digue de Bourgogne, située sur les parcelles cadastrées section AM n° 37 et 45 de la commune du Tour-du-Parc en vue de devenir titulaire d'une autorisation préfectorale ;
- de conclure la convention qu'elle a proposée ;
- de lui communiquer les éléments relatifs au coût de la remise en état de la digue de Bourgogne ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan-Vannes Agglomération la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir : elle justifie être propriétaire de la digue de Bourgogne et le devenir de cet ouvrage conditionne celui des marais de Bourgogne dans son ensemble ;
- la condition d'urgence est satisfaite : elle est placée dans une situation inextricable dès lors qu'elle est obligée d'assurer l'absence du sur-aléa au terme de la fin de validité de l'autorisation préfectorale accordée le 4 septembre 2014, ce qu'elle n'est pas en mesure de faire ; les risques pour les populations, qui ont fondé le classement de cette digue, sont toujours présents ;
- les mesures sollicitées ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
- les mesures sollicitées sont utiles :
- seule GMVA peut et doit prendre les décisions et mesures en vue d'assurer la protection des populations avec les moyens dont l'agglomération dispose, dans le cadre de sa compétence en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations ;
- l'autorisation préfectorale qui lui a été attribuée est devenue caduque au 1er juillet 2024 et la convention la liant à GMVA est également arrivée à échéance et seule une demande déposée par GMVA afin que la digue de Bourgogne fasse l'objet d'une autorisation au sens de la police spéciale des articles R. 214-1 et R. 214-133 du code de l'environnement permet d'assurer la cohérence du système contre le risque de submersion marine ; être titulaire d'une autorisation préfectorale et répondre de ses prescriptions n'empêche pas la collectivité de réaliser des études sur les meilleurs moyens de défense à l'encontre des risques de submersion marine ; une autorisation IOTA étant par nature temporaire, GVMA pourra demander à ne plus être gestionnaire ultérieurement ;
- la réalisation d'une digue de ceinture est bien plus coûteuse, longue et délicate ;
- les modalités d'intervention du GMVA sur les marais de Bourgogne ne sont assurées ni par des dispositions contractuelles ni par des régimes de servitudes relevant de l'article L. 566-12-2 du code de l'environnement et il est nécessaire d'encadrer les modalités d'intervention de GMVA par la conclusion d'une convention entre elles et sa proposition ne fait que rejoindre le sens et la finalité de cet article du code de l'environnement ;
- elle n'a eu qu'une communication partielle de l'étude permettant de connaître le coût d'une remise en état de la digue de Bourgogne ou le coût d'une autre solution.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan-Vannes Agglomération conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable : la société immobilière ne démontre ni son existence, ni sa capacité à ester en justice, ni qu'elle dispose du pouvoir de représentation nécessaire pour présenter une requête, ni la preuve de la propriété qu'elle invoque ;
- à titre subsidiaire, les conditions d'urgence et d'utilité des mesures ne sont pas réunies et ces mesures se heurtent à une contestation sérieuse :
- le statut de la digue n'est pas incertain et GMVA n'a pas vocation à devenir gestionnaire de l'ensemble des digues présentes sur le territoire de l'agglomération et seuls les systèmes d'endiguement qui seront définis comme servant l'intérêt général et sa mission de protection des inondations le seront ; c'est la société requérante qui, en ne signant pas la convention d'accès qui lui a été proposée en mars 2024, retarde la réalisation d'une étude complémentaire permettant de finaliser le scénario de système d'endiguement le plus adapté au secteur de Pen Cadenic ;
- la mesure sollicitée vient interrompre la procédure d'élaboration d'une décision administrative ;
- les mesures sollicitées contreviennent à l'exercice même de sa compétence en lui demandant de prendre en charge la gestion directe de la digue de Bourgogne et en signant la convention telle que modifiée par la société ;
- elle ne s'oppose pas à communiquer le rapport permettant d'établir l'estimation du coût des travaux de remise en état de la digue de Bourgogne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 4 septembre 2014, le préfet du Morbihan a autorisé la digue de Bourgogne implantée sur la commune du Tour-du-Parc au lieudit Pencadenic au droit du marais de Bourgogne au titre de la rubrique 3.2.6.0. de la nomenclature de l'article R. 214-1 du code de l'environnement concernant les ouvrages construits ou aménagés en vue de prévenir les inondations et les submersions, l'a classée en catégorie C au titre de l'article R. 214-113 du même code concernant la sécurité des ouvrages hydrauliques et a fixé plusieurs prescriptions tenant à sa surveillance et à son entretien par la société Pencastel Chauchir, propriétaire. Le 1er janvier 2018, la compétence gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (GEMAPI) a été transférée à la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan-Vannes Agglomération (GMVA). Par une délibération du 25 juin 2020, le conseil communautaire de GMVA a décidé de réaliser une étude de définition des systèmes d'endiguement sur les communes de Sarzeau, du Tour-du-Parc et de Larmor-Baden. Une convention d'accès a ainsi été signée avec la société Pencastel Chauchir afin de définir les modalités d'intervention sur la digue de Bourgogne afin que GMVA puisse réaliser les études préalables nécessaires à la définition du système d'endiguement. Une première étude a été réalisée entre 2020 et 2023. En mars 2024, GMVA s'est de nouveau rapprochée de la société Pencastel Chauchir afin de signer une seconde convention l'autorisant à accéder au site afin de réaliser une étude géotechnique complémentaire sur la digue de ceinture des marais. Dans ce contexte, la société Pencastel Chauchir saisit le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative afin qu'il soit enjoint à GMVA d'une part de déposer une demande d'autorisation pour la digue de Bourgogne, d'autre part de signer avec elle une convention lui confiant la gestion de cette digue, enfin de lui communiquer les éléments relatifs au coût de la remise en état de cette digue.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Aux termes du I de l'article L. 566-12-1 du code de l'environnement : " Les digues sont des ouvrages construits ou aménagés en vue de prévenir les inondations et les submersions () ". Aux termes de l'article R. 562-13 de ce code : " La protection d'une zone exposée au risque d'inondation ou de submersion marine au moyen de digues est réalisée par un système d'endiguement () ". Aux termes de l'article R. 562-14 du même code : " I. -Le système d'endiguement est soumis à une autorisation en application des articles L. 214-3 et R. 214-1, dont la demande est présentée par l'autorité désignée au II de l'article R. 562-12. () / VI.- Une digue établie antérieurement à la date de publication du décret n° 2015-526 du 12 mai 2015 mentionné au II du présent article n'est plus constitutive d'une digue au sens du I de l'article L. 566-12-1 si elle n'est pas incluse dans un système d'endiguement autorisé à l'une des deux dates suivantes : / 1° Le 1er janvier 2021, pour une digue qui protégeait plus de 3 000 personnes ; / 2° Le 1er janvier 2023, pour les autres digues. / Dans ce cas, l'autorisation dont bénéficiait l'ouvrage est réputée caduque. Le titulaire de cette autorisation devenue caduque neutralise l'ouvrage conformément aux dispositions des articles L. 562-8-1 et L. 181-23. / Les échéances prévues aux 1° et 2° sont toutefois reportées de dix-huit mois dans le cas où le préfet accorde la prolongation de délai prévue au 2° du II du présent article ". Il résulte de ces dispositions que l'autorisation dont bénéficiait les digues non intégrées à un système d'endiguement après les échéances règlementaires deviennent caduques.
4. Il appartient à GMVA, titulaire de la compétence GEMAPI, de définir le système d'endiguement le mieux adapté en fonction des enjeux de son territoire et de choisir, parmi les digues déjà existantes, celles qui doivent être régularisées par le dépôt d'une autorisation environnementale sur la base de la rubrique 3.2.6.0.. Il lui est ainsi loisible de neutraliser un ouvrage en le rendant transparent hydrauliquement si les enjeux à protéger sont sans rapport avec les investissements à consentir. La compétence GEMAPI n'implique ainsi pas obligatoirement une reprise d'une digue ou d'un ouvrage de protection et la communauté d'agglomération peut décider de mettre en transparence une digue dans le cadre d'un aménagement plus global,
5. En l'espèce, il résulte de l'étude de définition des systèmes d'endiguement diligentée par GMVA que la digue de Bourgogne n'est pas entretenue et que son état structurel est en très mauvais état et ne constitue pas un ouvrage hydraulique de protection contre les submersions. Cette même étude évalue les travaux de remise en état consistant dans le confortement et la consolidation de la digue à enrochement et la création d'une digue à fonction hydraulique de la digue en pierres sèches entre 650 000 et 750 0000 euros hors taxes. Il est en outre constant que la digue de Bourgogne, propriété de la société Pencastel Chauchir, à défaut d'avoir été reprise dans des systèmes d'endiguement autorisés, a perdu, le 1er juillet 2024, son classement et, en l'état de l'instruction, toute reconnaissance dans la fonction de prévention des inondations. Il appartient dès lors en principe à la société requérante, titulaire de l'autorisation devenue caduque de neutraliser l'ouvrage en s'assurant qu'il ne génère pas de sur-aléa.
6. Dans ces conditions, les mesures sollicitées tendant à ce qu'il soit enjoint à GMVA de déposer une demande au titre des articles R. 214-1 et suivants et R. 214-133 du code de l'environnement, sous la rubrique 3.2.6.0 de la nomenclature portant sur la digue de Bourgogne et de conclure la convention qu'elle lui a proposée, qui visent à confier la gestion de la digue de Bourgogne à GMVA dans le cadre de sa compétence GEMAPI, se heurtent, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, à une contestation sérieuse et ne peuvent qu'être rejetées.
7. La société Pencastel Chauchir demande également que lui soient communiqués les éléments relatifs au coût de la remise en état de la digue de Bourgogne. Il est constant que GVMA a communiqué, dans le cadre de la présente instance, l'extrait de l'état des lieux et du diagnostic effectué par le bureau d'études Anteagroup relatif à l'analyse de la digue de Bourgogne faisant apparaître l'estimation du coût global des travaux de remise en état. Il n'est pas établi qu'il existerait un autre document plus précis. Dès lors, la mesure sollicitée par la société requérante se heurte à une contestation sérieuse et ne peut également qu'être rejetée.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Pencastel Chaichir doit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par GMVA, être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de GMVA, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par la société Pencastel Chauchir au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Pencastel Chauchir est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société immobilière Pencastel Chauchir et à la communauté d'agglomération Golfe du Morbihan-Vannes Agglomération.
Fait à Rennes, le 25 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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