vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL SMETH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin et 20 août 2024, Mme B A, représentée par la SELARL Smeth, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera, le cas échéant, renvoyée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de faire procéder à l'effacement de la mention de sa non-admission dans le système d'information Schengen et, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, à défaut pour le préfet de justifier d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration régulier ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de prolongation de visa de court séjour ;
- elle établit l'existence de raisons humanitaires et d'une force majeure justifiant la prolongation de son visa de court séjour ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation.
Des pièces, enregistrées le 16 juillet 2024, ont été présentées par le préfet des Côtes-d'Armor.
Par une lettre, enregistrée le 16 juillet 2024, Mme A a accepté de lever le secret médical.
Le dossier médical de Mme A, produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a été communiqué aux parties.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire de visas ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme René a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante congolaise née le 4 août 1969, est entrée en France le 24 janvier 2023 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 23 décembre 2022 au 20 juin 2023. Le 14 septembre 2023, elle a déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 mai 2024 dont la requérante demande l'annulation, le préfet des Côtes-d'Armor a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être le cas échéant éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ressort des décisions attaquées portant à Mme A refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qu'elles comportent de manière non stéréotypée et suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, notamment s'agissant de la situation administrative et personnelle de Mme A en France et de son état de santé. Si le préfet des Côtes-d'Armor s'est seulement prononcé sur la demande de titre de séjour présentée le 14 septembre 2023 par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans mentionner ni examiner la demande de prolongation de visa qui avait initialement été transmise pour la requérante par courriel adressé aux services de la préfecture le 5 juin 2023, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose en tout état de cause au préfet d'instruire conjointement une demande de prolongation de visa et une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'y statuer par une seule et même décision. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisamment motivé de ces décisions doit être écarté.
3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation des décisions attaquées, que le préfet des Côtes-d'Armor a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle de la requérante. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R.425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". En outre, il est prévu à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions, d'une part, que l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) " mentionne les éléments de procédure " et, d'autre part, qu'il est émis " conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais recodifié à l'article L. 425-9 du même code : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale () sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, composé de trois médecins, s'est prononcé par un avis du 8 février 2024 sur la demande de Mme A et disposait d'un rapport rédigé le 29 décembre 2023 par un quatrième médecin qui n'a pas siégé au sein du collège. Il ressort des pièces du dossier que cet avis, signé par les trois médecins composant le collège, a été rendu après la délibération de ce collège. Mme A n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la procédure n'aurait pas respecté les modalités prévues par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des arrêtés 27 décembre 2016 et du 5 janvier 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour attaquée aurait été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière en raison des vices relatifs à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 33 du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire de visas : " 1. La durée de validité et/ou la durée de séjour prévue dans un visa délivré est prolongée si les autorités compétentes de l'État membre concerné considèrent que le titulaire du visa a démontré l'existence d'une force majeure ou de raisons humanitaires l'empêchant de quitter le territoire des États membres avant la fin de la durée de validité du visa ou de la durée du séjour qu'il autorise. La prolongation du visa à ce titre ne donne pas lieu à la perception d'un droit. / 2. La durée de validité et/ou la durée de séjour prévue dans un visa délivré peut être prolongée si son titulaire démontre l'existence de raisons personnelles graves justifiant la prolongation de la durée de validité ou de séjour. La prolongation du visa à ce titre donne lieu à la perception d'un droit de 30 EUR. () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut refuser de prolonger un visa lorsque la situation du demandeur ne relève d'aucun des trois motifs prévus relatifs à l'existence d'une force majeure, de raisons humanitaires ou de raisons personnelles graves.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose au préfet d'instruire conjointement une demande de prolongation de visa et une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'y statuer par une seule et même décision. Il s'ensuit que dès lors que le préfet des Côtes-d'Armor n'a statué dans l'arrêté attaqué que sur la demande de titre de séjour que la requérante admet avoir déposée le 14 septembre 2024 en raison de son état de santé, le moyen tiré de l'erreur de droit à ne pas avoir examiné l'existence d'une force majeure ou de raisons humanitaires justifiant la prolongation du visa de Mme A doit être écarté.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle établit l'existence de raisons humanitaires et d'une force majeure justifiant la prolongation de son visa de court séjour.
9. En dernier lieu, pour l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
10. Reprenant le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet des Côtes-d'Armor s'est fondé, pour rejeter la demande de titre de séjour déposée par Mme A, sur le motif que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cette appréciation, la requérante se borne à faire valoir que son état de santé nécessite des soins, qu'elle est soignée auprès de sa fille et que les soins qui lui sont nécessaires ne sont pas accessibles au Congo. Au regard des éléments mentionnés dans le rapport médical du 29 décembre 2023 qui ne fait état d'aucun traitement médical mais d'un simple suivi gynécologique de surveillance tous les six mois et dès lors que les pièces médicales et justificatifs de consultations produites par Mme A ne permettent pas d'infirmer l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 février 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale de la requérante entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
13. Si Mme A fait valoir qu'elle ne souhaite pas vivre en France de manière durable et que la décision l'obligeant à quitter le territoire français peut avoir pour conséquence de l'empêcher d'effectuer des séjours ultérieurs en France pour rendre visite à sa fille et pour bénéficier de consultations médicales en raison de refus de visa que pourraient lui opposer les autorités françaises, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige n'a pas pour objet ni pour effet de faire obstacle à la délivrance ultérieure de visas. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 à 10 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
15. Il est constant que Mme A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne menace pas l'ordre public. Entrée récemment en France le 24 janvier 2023 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 23 décembre 2022 au 20 juin 2023, elle a entrepris des démarches afin de prolonger son visa avant l'expiration de sa validité puis a déposé une demande de titre de séjour dès le 14 septembre 2024 à la suite de plusieurs échanges de courriels avec les services de la préfecture. En outre, elle a une fille qui réside de manière régulière en France et il est constant que son conjoint et ses cinq autres enfants se trouvent en République démocratique du Congo. La décision en litige l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an fera obstacle à ce qu'elle obtienne pendant cette période un visa pour revenir sur le territoire, notamment pour rendre visite à sa fille. Dans ces circonstances particulières, il ressort des pièces du dossier que cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation et porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 31 mai 2024 en litige doit être annulé en tant seulement qu'il prévoit une interdiction de retour de Mme A sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de Mme A à fin d'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination, ne nécessite aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions de la requérante aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie pour l'essentiel perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet des Côtes-d'Armor du 31 mai 2024 interdisant le retour de Mme A sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à B A et au préfet des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Poujade, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
A. Poujade
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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03/08/2026
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03/08/2026