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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403625

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403625

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVAILLANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à M. B C de quitter le lieu d'hébergement qu'il occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) situé au 6 bis rue Paul Féval, 1er étage à Fougères (35300) ;

2°) de l'autoriser, à défaut pour M. C de déférer à cette injonction, à faire procéder d'office à son expulsion, et en cas de besoin, à recourir à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux, passé un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ainsi qu'à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile donnent compétence au juge des référés du tribunal administratif pour prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, et sur sa saisine, une injonction de quitter les lieux à l'encontre de l'occupant irrégulier d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse :

- M. C se maintient illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile alors qu'il a été débouté du droit d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile ;

- la mesure sollicitée revêt un caractère urgent et remplit la condition d'utilité requise compte tenu du nombre des demandeurs d'asile en attente d'un hébergement ;

- M. C ne présente pas de situation de vulnérabilité exceptionnelle de nature à faire obstacle à son expulsion ; il est célibataire et sans enfant sur le territoire français ; si l'intéressé a introduit une demande de titre de séjour pour raisons de santé, il n'en demeure pas moins que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu un avis défavorable à son encontre ; la mesure sollicitée n'a ni pour objet, ni pour conséquence, d'empêcher le requérant d'avoir accès aux soins que son état de santé pourrait nécessiter ; une pathologie même sévère n'est pas de nature à faire obstacle à une expulsion du lieu d'hébergement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, M. C, représenté par Me Vaillant, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de rejeter la requête du préfet d'Ille-et-Vilaine ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet d'Ille-et-Vilaine, avant de procéder à son expulsion de réaliser toutes les diligences nécessaires pour sa mise à l'abri compte tenu de son état de vulnérabilité ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, de lui accorder plus larges délais afin qu'il puisse organiser sa sortie du lieu d'hébergement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ; l'autorité préfectorale a attendu deux mois avant de notifier une mise en demeure de quitter les lieux après avoir porté à sa connaissance son obligation de sortir d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile le 13 mars 2024 ;

- il présente une situation de vulnérabilité, en raison de sa situation médicale qui se caractérise par un trouble psychiatrique grave ;

- la possibilité de solliciter un délai d'un mois pour se maintenir dans le logement à compter de la fin de prise en charge ne lui a aucunement été indiquée dans le courrier qui lui a été notifié le 13 mars 2024 qui se borne à indiquer qu'il peut se maintenir dans le lieu d'hébergement jusqu'au 31 mars 2024 ;

- il a été tardivement informé de la faculté qu'il avait de solliciter de saisir l'OFII en vue d'obtenir une aide au retour et éventuellement une aide à la réinsertion dans son pays d'origine ;

- il est titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 2 septembre 2024 dès lors le préfet ne pouvait pas faire application des dispositions de l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il devrait être hébergé durant le réexamen de sa demande d'asile ;

- sa situation s'avère incompatible avec une expulsion du CADA qui conduirait à ce qu'il vive à la rue et en errance ;

à titre subsidiaire sur l'accès à un hébergement d'urgence :

- il doit pouvoir bénéficier d'un cadre sécurisé pour que sa pathologie psychiatrique ne s'aggrave pas davantage et qu'elle puisse se stabiliser ; en cas d'expulsion, il se retrouvera sans abri, et en situation de détresse médicale, psychique et sociale au sens des dispositions du code de l'action sociale et des familles précitées ; il doit donc bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Roux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 :

- le rapport de M. Le Roux,

- les observations de Mme A, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine,

- les observations de Me Vaillant, représentant M. C qui reprend oralement ses écritures et les développe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgences (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. M. C justifiant avoir introduit le 12 juillet 2024 une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. /La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

5. Aux termes de l'article R. 552-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement " et aux termes de son article R. 552-12 : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir ". Aux termes de l'article R. 552-13 : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite d'une durée de trois mois à compter de la date de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu qui prend toutes mesures utiles pour lui faciliter l'accès à ses droits, au service intégré d'accueil et d'orientation, ainsi qu'à une offre d'hébergement ou de logement adaptée ; cette période peut être prolongée pour une durée maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office ; 2° Dans les autres cas, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement pour une durée maximale d'un mois à compter de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu. Cette personne est informée par le gestionnaire de ce qu'elle peut, dans le délai de quinze jours à compter de la fin de sa prise en charge, saisir l'Office français de l'immigration et de l'intégration en vue d'obtenir une aide au retour et éventuellement une aide à la réinsertion dans son pays d'origine. Si elle présente une telle demande, elle peut, à titre exceptionnel, être maintenue dans un lieu d'hébergement pour une durée maximale d'un mois à compter de la décision de l'office ". Aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration () / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. M. C ressortissant congolais, né le 17 novembre 1990, est entré sur le territoire français le 23 février 2020. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et a bénéficié, à ce titre, à compter du 8 avril 2020 d'un hébergement au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 6 bis rue Paul Féval (1er étage) à Fougères géré par Coallia. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 23 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée par décision du 20 février 2024 de la Cour nationale du droit d'asile. L'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a signifié par courrier du 28 février 2024 la fin de sa prise en charge à compter du 31 mars 2024. L'intéressé se maintenant dans ce logement, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a mis en demeure sur le fondement des dispositions précitées, par courrier du 23 mai 2024, notifié le 29 mai 2024, de quitter et libérer leur lieu dans un délai de quinze jours à compter de cette notification. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande son expulsion sur le fondement des dispositions précitées.

8. En premier lieu, la circonstance que près de deux mois se sont écoulés entre le courrier du 13 mars 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine informant M. C de l'obligation de sortir d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile et la notification de la mise en demeure de quitter les lieux est sans incidence sur la condition d'urgence qui dépend de l'appréciation de la saturation des capacités d'hébergement de demandeurs d'asile et du nombre de demandes en attente d'un tel hébergement.

9. En deuxième lieu, à supposer même que M. C n'ait pas été informé, en vertu des dispositions de l'article R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la possibilité de solliciter un délai d'un mois pour se maintenir dans le logement à compter de la fin de sa prise en charge dans le courrier qui lui a été notifié le 13 mars 2024 et qui lui indique qu'il peut se maintenir dans le lieu d'hébergement jusqu'au 31 mars 2024, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il s'est maintenu dans les lieux au-delà de ce même délai d'un mois. Dans ces conditions, cette irrégularité, à la supposer établie, n'a privé l'intéressé d'aucune garantie, il en est de même de la circonstance qu'il aurait été tardivement informé de faculté qu'il avait de solliciter de saisir l'OFII en vue d'obtenir une aide au retour et éventuellement une aide à la réinsertion dans son pays d'origine.

10. En troisième lieu, si M. C est titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 2 septembre 2024, il n'est néanmoins pas titulaire d'un titre de séjour au sens des dispositions de l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine est fondé à faire application de ces dispositions.

11. En quatrième lieu, il est constant que M. C, débouté du droit d'asile comme il a été dit au point précédent, et alors même qu'il a formé une demande de réexamen de sa demande d'asile devant l'Ofpra, ne bénéficie plus du droit d'être hébergé dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile.

12. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que M. C présente un état psychiatrique " chronique sévère non stabilisé " selon les termes d'un certificat médical du 4 juin 2024 établi par un médecin psychiatre qui ajoute que la " menace d'expulsion dont il fait l'objet actuellement est un facteur d'aggravation majeur de son état de santé ". En outre, il est constant M. C a sollicité son admission au séjour pour raisons de santé. Néanmoins, ce certificat médical et l'ordonnance produite ne sont pas suffisamment circonstanciés pour établir une altération majeure de son état de santé et son incompatibilité avec une absence d'hébergement. Par ailleurs, le collège de médecins de l'OFII a estimé le 19 mars 2024 que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, toutefois, son défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Enfin, la sortie du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile n'a ni pour objet, ni pour effet, de faire obstacle ou mettre fin à sa prise en charge thérapeutique. Bien qu'incontestablement fragile, sa situation ne présente ainsi pas un degré de vulnérabilité tel qu'il constituerait, en l'espèce, des circonstances exceptionnelles justifiant son maintien dans le lieu d'hébergement spécialisé qu'il occupe.

13. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que la demande d'expulsion présentée par le préfet d'Ille-et-Vilaine ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

14. Il résulte, par ailleurs de l'instruction, qu'au 31 mai 2024, le département d'Ille-et-Vilaine dispose de 1359 places pour demandeurs d'asile, dont 920 places en CADA avec un taux d'occupation de 97,6 % et 439 places en HUDA/PRADHA avec un taux d'occupation de 93,4 %. À cette même date, ce sont 644 familles de demandeurs d'asile, dont 524 en procédure normale et 120 en procédure accélérée, qui sont en attente de places dans le dispositif d'accueil dans le département d'Ille-et-Vilaine et 959 familles au niveau régional. Ainsi, alors que le dispositif d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile est saturé en Ille-et-Vilaine et plus généralement en Bretagne où le taux d'occupation en CADA est de 97,5 %, le maintien dans les lieux de M. C fait obstacle à l'accueil d'autres personnes ayant vocation à bénéficier de ce dispositif. L'expulsion de l'intéressé présente, par suite, un caractère d'urgence et d'utilité.

15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet d'Ille-et-Vilaine tendant à ce que soit enjoint la libération par M. C du logement qu'il occupe 6 bis rue Paul Féval (1er étage) à Fougères. Faute pour l'intéressé et toute personne l'accompagnant ou en dépendant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C, à défaut pour celle-ci d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les conclusions reconventionnelles des défendeurs :

16. M. C, demande, par voie reconventionnelle, au juge des référés d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réaliser toutes les diligences nécessaires pour sa mise à l'abri compte tenu de son état de vulnérabilité. Ce disant, l'intéressé doit être regardé comme demandant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui proposer un hébergement d'urgence.

17. La procédure d'évacuation d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile est indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Si M. C estime être susceptible de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 de ce code, il lui appartient de mettre en œuvre ces dispositions, sans que son relogement effectif ne puisse conditionner l'exécution de la mesure d'expulsion sollicitée par l'État sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces conclusions ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. L'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions de M. C présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. C de libérer le logement CADA qu'il occupe 6 bis rue Paul Féval (1er étage) à Fougères et d'évacuer ses biens.

Article 3 : À défaut pour M. C de déférer à l'injonction prononcée à l'article 1er, le préfet d'Ille-et-Vilaine pourra faire procéder d'office à son expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance, passé un délai de six semaines à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 4 : Le préfet d'Ille-et-Vilaine est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C, à défaut pour celui-ci d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 5 : Les conclusions reconventionnelles de M. C et ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et M. B C.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 18 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

P. Le RouxLa greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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