jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GOZLAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, sous le n° 2403969, M. A B, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Morbihan du 27 mai 2024, portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans le délai de quinze à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui accorder une autorisation provisoire de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du refus de séjour :
- le préfet a rejeté sa demande au titre de l'accord franco-algérien sans étudier sa situation au regard de la circulaire Valls, alors qu'il remplit les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour au regard de sa vie privée et familiale ;
- il est marié depuis plus de trois ans avec une ressortissante française et peut justifier d'une vie commune de plus de 18 mois avec son épouse ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire contrevient donc à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas évoqué son intégration professionnelle alors qu'il aurait pu également se voir délivrer un titre de séjour salarié au regard de la circulaire Valls.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que par une décision du 5 juillet 2024 il a retiré la mesure contestée.
II. Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, sous le n° 2404005, M. A B, représenté par Me Gozlan, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de constater que l'arrêté du préfet du Morbihan du 5 juillet 2024, qui retire l'arrêté du 27 mai 2024 ne porte pas délivrance d'un titre de séjour et de dire par conséquent qu'il n'y a pas non-lieu dans la requête n°2403969 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans le délai de quinze à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui accorder une autorisation provisoire de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du refus de séjour :
- le préfet a rejeté sa demande au titre de l'accord franco-algérien sans étudier sa situation au regard de la circulaire Valls, alors qu'il remplit les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour au regard de sa vie privée et familiale ;
- il est marié depuis plus de trois ans avec une ressortissante française et peut justifier d'une vie commune de plus de 18 mois avec son épouse ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire contrevient donc à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas évoqué son intégration professionnelle alors qu'il aurait pu également se voir délivrer un titre de séjour salarié au regard de la circulaire Valls.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que par une décision du 5 juillet 2024 il a retiré la mesure contestée.
III. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 30 juillet et 29 août 2024, sous le n° 2404517, M. A B, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Morbihan du 8 juillet 2024, portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans le délai de quinze à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui accorder une autorisation provisoire de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du refus de séjour :
- le préfet a rejeté sa demande au titre de l'accord franco-algérien sans étudier sa situation au regard de la circulaire Valls, alors qu'il remplit les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour au regard de sa vie privée et familiale ; il semble sous-estimer la difficulté d'un visa " conjoint de français " auprès du consulat de France en Algérie ;
- il est marié depuis plus de trois ans avec une ressortissante française et peut justifier d'une vie commune de plus de 18 mois avec son épouse ;
- de même, il avait au moment de l'édiction de l'arrêté attaqué, 5 ans de présence sur le territoire français et 8 fiches de paie à temps plein, de sorte qu'il remplissait largement les conditions pour prétendre à un titre de séjour salarié au titre de la Circulaire Valls ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire contrevient donc à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas évoqué son intégration professionnelle alors qu'il aurait pu également se voir délivrer un titre de séjour salarié au regard de la circulaire Valls.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience
Le rapport de M. Descombes a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né en janvier 1990 à Bir Kasbali (Algérie), est entré irrégulièrement en France en mai 2018. Le 21 octobre 2019, il a déposé un dossier en mairie de Lorient afin de se marier avec Mme C de nationalité française. Le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lorient a pris une décision d'opposition à ce mariage le 6 février 2020, mais la mainlevée de cette décision a été prononcée par un jugement du tribunal judiciaire de Lorient le 20 mai 2020. Le couple s'est donc marié le 9 avril 2021 en mairie de Lorient. M. B a alors déposé le 15 avril 2021 une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais le préfet du Morbihan a pris à son encontre, un arrêté portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français, validé par le tribunal administratif de céans le 30 septembre 2021, auquel il s'est soustrait. Le 4 novembre 2023, M. B a sollicité à nouveau un titre de séjour " vie privée et familiale " en tant que conjoint de français, et à titre subsidiaire son admission exceptionnelle au séjour. Le préfet du Morbihan a alors édicté à son encontre le 27 mai 2024, un arrêté portant refus d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de 30 jours, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois. C'est l'arrêté dont M. B demande l'annulation dans la première requête enregistrée sous le n° 2403969. Par la suite par un arrêté en date du 5 juillet 2024, le préfet du Morbihan procédé au retrait de l'arrêté du 27 mai 2024 contesté. Par la deuxième requête enregistrée sous le n° 2404005, M. B conteste le non-lieu soulevé par le préfet dans la première requête. Le 8 juillet 2024, le préfet du Morbihan a pris un nouvel arrêté à l'encontre de M. B portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois. C'est l'arrêté dont M. B demande l'annulation dans la troisième requête enregistrée sous le n° 2404517. Il y a lieu de joindre ces trois requêtes qui concernent un même requérant et présentent des questions similaires à juger.
Sur les requêtes nos 2403969 et 2404005 :
2. En l'espèce, postérieurement à l'introduction de la 1ère requête de M. B enregistrée sous le n° 2403969, le préfet du Morbihan a retiré l'arrêté du 27 mai 2024 en litige. Si dans sa deuxième requête enregistrée sous le n° 2404005, M. B conteste le non-lieu soulevé par le préfet dans la première requête, il ne demande pas l'annulation de cet arrêté préfectoral de retrait et, en tout état de cause, le préfet du Morbihan a, par une décision du 8 juillet 2024 statuant sur la même demande, pris de nouveau une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B. Dès lors, cette décision s'est substituée à la décision du 27 mai 2024 et il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2403969, tandis que les conclusions de la deuxième requête n° 2404005, qui ne contestent au principal que le non-lieu à statuer sollicité en défense doivent donc être rejetées.
Sur la requête n° 2404517 :
S'agissant des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
3. M. B soutient, d'une part que le préfet qui a rejeté sa demande au titre de l'accord franco-algérien dispose d'un pouvoir gracieux pour étudier son cas au regard de la circulaire Valls. Il fait valoir qu'en effet, il réside en France depuis plus de 5 ans, est marié depuis plus de trois ans avec une ressortissante française et peut justifier d'une vie commune avec son épouse depuis septembre 2019. Il soutient, d'autre part, qu'il aurait pu également se voir délivrer un titre de séjour salarié au regard de la même circulaire Valls. Il fait valoir qu'en effet, il a été embauché par contrat à durée indéterminée et à temps plein au sein de la société AOS Construction du 1er juillet 2022 au 31 novembre 2023. Toutefois, la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne comporte que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui ne sont pas utilement invocables à l'appui d'un recours dirigé contre une décision portant refus de titre de séjour. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de cette circulaire. Dès lors, par les seuls moyens qu'il soulève, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre en litige.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est marié depuis le 9 avril 2021 avec une ressortissante française et justifie de la communauté de vie avec son épouse depuis le mois de juillet 2020. Ainsi, eu égard à l'intensité de la vie privée et familiale de M. B en France, la décision contestée a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et a méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu de prononcer l'annulation de la décision du 8 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois sera annulée.
S'agissant des conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision portant refus du titre de séjour n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B.
S'agissant des frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2403669 de M. B.
Article 2 : La requête n° 2404005 de M. B est rejetée.
Article 3 : Dans la requête n° 2404517 de M. B, l'arrêté du préfet du Morbihan du 8 juillet 2024 est annulé en tant seulement qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2404517 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
G. Descombes
L'assesseur le plus ancien,
signé
P. Le Roux
La greffière,
signé
L. Garval
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026