vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | REDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 et le 30 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Chloé Redon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et lui fait l'obligation de remettre son passeport et de se présenter deux fois par semaine aux services de police de Lorient ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
l'arrêté est entaché d'incompétence ;
* la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation en raison d'erreurs de fait et d'omissions ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision illégale lui refusant un titre de séjour ;
- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la décision fixant le délai de départ pour quitter le territoire français :
- se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision illégale lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
* la décision fixant le pays d'éloignement :
- se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision illégale lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'illégalité externe et interne ce qu'elle ne tient pas compte de la réalité et de l'intensité de ses liens personnels en France ;
- a fait l'objet d'une motivation insuffisante et d'un défaut d'examen ;
* la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire :
- se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision illégale lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- a fait l'objet d'une motivation insuffisante et d'un défaut d'examen au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la mesure de remise du passeport et de présentation au commissariat :
- se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision illégale lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'illégalité externe et interne ce qu'elle ne tient pas compte de la réalité et de l'intensité de ses liens personnels en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu :
- le jugement n° 1301096 du 7 novembre 2013 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand;
- le jugement n° 1601417 du 9 juin 2016 du tribunal administratif de Grenoble ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Radureau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais, est arrivé irrégulièrement en France le 8 avril 2009 alors qu'il était mineur. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Il a obtenu un titre de séjour " étudiant " lui permettant de se maintenir en France jusqu'en 2012. Il a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié mais par un arrêté en date du 10 juin 2013, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté cette demande avec obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1301096 du 7 novembre 2013 le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. B dirigée contre cet arrêté. Sa demande de titre de séjour présentée en 2013, au titre de vie privée et familiale et à titre exceptionnel, a été rejetée par un arrêté du 18 décembre 2015 du préfet de l'Isère lui faisant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1601417 du 9 juin 2016 du tribunal administratif de Grenoble puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 16 mars 2017. Se maintenant sur le territoire M. B a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La commission du titre de séjour réunie le 28 mars 2024 a émis un avis défavorable à cette demande. Par l'arrêté attaqué du 29 mai 2024, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident () ". Aux termes de l'article L. 432-13 de ce code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Aux termes de l'article L. 432-14 du même code : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci () ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet (). Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet () ". Aux termes de l'article L. 432-15 de ce code : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. / Il peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, cette faculté étant mentionnée dans la convocation. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par le président de la commission. / Les conditions dans lesquelles l'étranger est autorisé à séjourner en France jusqu'à ce que l'autorité administrative ait statué sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 432-6 dudit code : " Le préfet () met en place la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 par un arrêté : /1° Constatant la désignation des élus locaux mentionnés au 1° du même article ; / 2° Désignant les personnalités qualifiées mentionnées au 2° du même article ; / 3° Désignant le président de la commission ". Aux termes de l'article R. 432-7 du code précité : " L'autorité administrative compétente pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 est le préfet () / La demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article R. 432-10 : " Le président fixe la date des réunions de la commission du titre de séjour. Les membres de celle-ci sont avisés de cette date et de l'ordre du jour au moins quinze jours à l'avance par une lettre à laquelle sont annexés les documents mentionnés à l'article R. 432-7 ". Aux termes de l'article R. 432-11 : " L'étranger est convoqué devant la commission du titre de séjour dans les délais prévus au premier alinéa de l'article L. 432-15 par une lettre qui précise la date, l'heure et le lieu de réunion de la commission et qui mentionne les droits résultant pour l'intéressé des dispositions du même alinéa. / A sa demande, le maire de la commune dans laquelle réside l'étranger concerné, ou son représentant, est entendu. ".
3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
4. Le préfet du Morbihan a produit à l'instance la copie de l'avis de la commission du titre de séjour réunie le 28 mars 2024 portant le nom et la signature des trois membres la composant. En dépit d'une mesure d'instruction, le préfet du Morbihan n'a pas produit l'arrêté fixant la composition de la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées de l'article R. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il n'apporte aucun élément permettant d'identifier la qualité des membres de la commission qui étaient présents pour statuer le 28 mars 2024 sur le cas du requérant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le secrétariat de la commission du titre de séjour aurait adressé une convocation au moins quinze jours à l'avance aux membres de la commission pour les aviser de la date de sa réunion et qu'ils auraient disposé des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, pour se prononcer notamment sur la menace à l'ordre public que représenterait la présence du requérant sur le territoire national. Il n'est pas plus établi que M. B aurait été convoqué dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en particulier qu'il aurait été informé qu'il pouvait se faire assister d'un conseil ou de toute personne de son choix. Dès lors, le préfet du Morbihan n'établit pas que les exigences fixées par les dispositions précitées ont été respectées et en particulier celles relatives à la composition de la commission et aux modalités de convocation de ses membres et de l'étranger. Cette méconnaissance de la procédure et des garanties qu'elle prévoit pour l'étranger lorsque la commission du titre de séjour doit se prononcer sur sa situation, a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise par le préfet du Morbihan.
5. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet du Morbihan rejetant la demande de titre de séjour de M. B doit être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique uniquement que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Morbihan procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par le requérant.
Sur les frais liés aux litiges :
7. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 mai 2024 du préfet du Morbihan est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Blanchard, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
C. Radureau
L'assesseur le plus ancien,
signé
A. Blanchard La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403687
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026