vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403732 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE BOURDAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 et le 5 juillet 2024, M. H C, représenté par Me Le Bourdais, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de lui allouer l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à son conseil sous réserve du renoncement de ce dernier à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen complet de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile son droit au séjour et est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire :
- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été communiquée au préfet d'Ille-et-Vilaine qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- le jugement n° 2301696 du 28 juin 2023 ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Radureau,
- et les observations Me Vaillant substituant Me Le Bourdais représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A I C déclare être né en 1999 et avoir la nationalité tunisienne. Il est connu du Fichier Automatique des Empreintes Digitales (FAED) et du fichier des personnes recherchées sous l'identité de M. B F, né en 2002 en Libye. L'intéressé est, selon ses déclarations, entré en France en 2014. Il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, par arrêté du 2 décembre 2020 du Préfet du Val-de-Marne, et par arrêté du 3 décembre 2021 du préfet d'Ille-et-Vilaine. M. A I C s'est toutefois maintenu de manière irrégulière en France. Par un arrêté du 27 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. La requête de M. C dirigée contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal du 28 juin 2023. Par l'arrêté attaqué du 1er juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et fixé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. C justifiant avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon arrêté du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme G E, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, référente régionale, et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
6. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, après avoir visé les textes applicables, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la situation administrative, familiale et personnelle de M. A I C. Elle énonce que l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et se fonde sur les paragraphes 1°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la décision attaquée mentionne l'ensemble des circonstances de fait et des motifs de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. A I C à quitter le territoire français. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.
7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'a pas à faire état de tous les éléments de la vie privée et familiale, a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle du requérant. Si M. A I C présente une copie d'un passeport établi à ce nom justifiant d'une entrée régulière sur le territoire le 21 décembre 2014, il n'établit pas qu'il aurait présenté ce passeport au préfet avant l'édiction de la décision attaquée. A supposer que le requérant soit effectivement entré régulièrement sur le territoire, le préfet d'Ille-et-Vilaine a également fondé sa décision sur l'existence d'une menace pour l'ordre public. Enfin les imprécisions ou insuffisances concernant la présence de membres de sa famille, à les supposer établies, n'ont pas été de nature à affecter l'appréciation portée par le préfet sur son droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant doit également être écarté.
8. En troisième lieu, la menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
9. En l'espèce, le requérant soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a été a fait l'objet que de deux condamnations entre 2021 et 2023, à savoir une condamnation par le tribunal correctionnel de Rennes le 15 octobre 2021 à 4 mois d'emprisonnement délictuel pour acquisition, offre ou cession, transport et détention non autorisée de stupéfiants et une au condamnation par ce même tribunal correctionnel le 9 novembre 2023 à 8 mois d'emprisonnement délictuel pour acquisition, offre ou cession, transport et détention non autorisée de stupéfiants. Toutefois ainsi que l'indique le préfet dans l'arrêté attaqué et que le tribunal a retenu dans son jugement du 28 juin 2023, qui est visé par le préfet d'Ille-et-Vilaine, M. A I C est connu du fichier automatique des empreintes digitales et du fichier des personnes recherchées sous une deuxième identité, qu'il a été condamné, sous l'identité B F, par le tribunal correctionnel de Rennes le 15 octobre 2021 à huit mois d'emprisonnement et à une interdiction de séjour dans le département d'Ille-et-Vilaine pendant trois ans notamment pour des faits d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants, qu'il a également fait l'objet d'un rappel à la loi ordonné par le parquet de Quimper le 19 janvier 2016 pour des dégradations et qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil le 18 mars 2021 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'outrage à personne chargée d'une mission de service public, dégradation de bien d'utilité publique et refus de relevés signalétiques. Enfin, M. A I C était présent dans le département d'Ille-et-Vilaine, en dépit de l'interdiction de paraître dans ce département dont il faisait l'objet, le 26 mars 2023, date à laquelle il a été interpellé pour des faits de violences dans un accès à un transport collectif. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur de droit en estimant qu'il constitue une menace pour l'ordre public doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () . Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. M. A I C soutient qu'il est présent sur le territoire français de manière ininterrompue depuis dix ans, où il vit avec sa famille et sa compagne de nationalité française et que l'ancienneté de ses liens avec la France est établie. Il indique avoir été recueilli par un oncle et une tante pendant un temps, et justifie que son oncle a obtenu une délégation de l'exercice de l'autorité parentale le 22 janvier 2016 et qu'il a ensuite été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance par le département d'Ille-et-Vilaine à compter du 25 janvier 2017 et ensuite en qualité de jeune majeur. Il présente une attestation de son oncle et une attestation de Mme D, au demeurant non datées, indiquant en substance que ce couple est hébergé depuis deux ans au domicile de M. C, son oncle résidant à Rezé. Toutefois ces éléments ne sont pas suffisants pour établir l'ancienneté de cet hébergement pas plus que celle de cette relation sentimentale. L'intéressé, célibataire et sans enfants, ne justifie d'aucune qualification professionnelle sanctionnée par un diplôme, d'aucune insertion et n'apporte pas d'éléments précis sur ses conditions d'existence sur le territoire depuis sa sortie du système scolaire en 2017. La seule circonstance que ses oncles, sa tante et ses cousins résideraient en France ne peut être regardée comme justifiant de l'existence de liens d'une particulière intensité avec la France. Par ailleurs, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait dépourvu de toute attache familiale ou personnelle dans son pays d'origine, quel qu'il soit. En outre, le requérant a fait l'objet de trois mesures d'éloignements auxquelles il n'a pas déféré. Enfin, ainsi qu'il a été exposé au point 9 du présent jugement, M. A I C représente une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de droit et de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A I C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ;/3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
14. Il ressort de ce qui précède et des pièces du dossier que M. A I C, présente un comportement qui constitue une menace pour l'ordre public qu'il s'est déjà vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et s'est déjà soustrait à l'exécution de mesures d'éloignement. Par suite, et alors que le requérant ne fait valoir aucun motif exceptionnel, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en va de même et pour les mêmes motifs du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
16. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires. Cependant et contrairement à ce qu'a retenu le préfet pour motiver sa décision le requérant a présenté, des éléments non contestés, justifiant d'une entrée régulière sur le territoire le 21 décembre 2014, attestant de sa prise en charge en qualité de mineur puis de jeune majeur par le département d'Ille-et-Vilaine ainsi que des pièces relatives à sa scolarité en France. Dans ces conditions en ne prenant pas en compte ces faits se rapportant à l'ancienneté des liens du requérant sur le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans doit être annulée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 1er juillet 2024 doit être annulé seulement en tant qu'il décide une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
18. Le présent jugement, qui fait droit aux seules conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A I C, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés aux litiges :
19. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de l'Etat, qui n'est pas pour l'essentiel la partie perdante, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées à ce titre doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A I C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 1er juillet 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A I C est rejetée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. H A I C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Blanchard, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre2024.
Le président-rapporteur,
signé
C. Radureau
L'assesseur le plus ancien,
signé
A. Blanchard La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026