vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403836 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BATON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, à 11 h 56, et un mémoire complémentaire enregistré le 11 juillet 2024, M. B C actuellement au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, représenté par Me Bâton, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a fixé le pays à destination duquel il doit être renvoyé en exécution d'une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans, prononcée le 14 juin 2023 par le tribunal correctionnel de Tours ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Bâton au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive dès lors que les voies et délais de recours ne lui ont pas été notifiés valablement avec l'arrêté attaqué le 19 juin 2024 et qu'il n'a été en mesure d'exercer effectivement son droit au recours qu'une fois arrivé au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande ;
- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;
- il n'a pas été mis à même de présenter des observations ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un retour en Iran l'expose à des risques de traitements inhumains et dégradants ; il a d'ailleurs déposé une demande d'asile le 10 juillet 2024 ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a de graves problèmes de santé pour lesquels il ne serait pas pris en charge médicalement en Iran.
Le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas produit d'observations en réponse à la requête.
Vu l'ordonnance du 8 juillet 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention a ordonné la prolongation du maintien en rétention administrative de M. C pour une durée de 28 jours à compter du 8 juillet 2024 à 8 h 35.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les observations de Me Bâton, représentant M. C, qui a abandonné le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;
- M. C, assisté d'un interprète, n'a pas désiré s'exprimer.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant iranien né en 1990, a été condamné le 14 juin 2023, par le tribunal correctionnel de Tours, à une peine de 18 mois d'emprisonnement, assortie d'une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Par l'arrêté attaqué du 19 juin 2024, le préfet d'Eure-et-Loir a fixé le pays dont M. C a la nationalité, ou à défaut le pays qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité, ou encore tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, comme pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de cette interdiction prononcée par l'autorité judiciaire.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en raison de l'urgence, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté attaqué :
3. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, () du code pénal. ". Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " () / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / () ".
4. Aux termes de l'article L. 723-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe () le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;
3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible.
Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
5. Il résulte des dispositions précitées qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En premier lieu, la désignation du pays de renvoi, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police soumise notamment aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et devant être motivée en application du 1° de l'article L. 211-2 de ce même code.
7. L'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Eure-et-Loir a procédé à la fixation du pays à destination duquel M. C doit être éloigné. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
9. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté fait état d'une lettre sollicitant des observations de M. C sur le pays de renvoi, ainsi que d'observations que celui-ci aurait présentées. Il comporte également des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Toutefois, M. C conteste avoir été mis à même de présenter des observations avant l'édiction de l'arrêté attaqué et fait valoir qu'il ne comprend pas la langue française et parle le kurde. Cette dernière circonstance est confirmée par les modalités de la notification de l'arrêté de placement en rétention administrative du 6 juillet 2024 qui a été effectuée par le truchement d'un interprète en langue kurde. Par ailleurs, le requérant a produit le courrier daté du 3 juin 2024 qui lui a été adressé au centre de détention de Châteaudun, où il était alors incarcéré, afin de l'inviter à produire des observations. Or, alors que ce courrier indique que M. C a attesté ne pas comprendre, ne pas lire et ne pas écrire le français, il ressort des autres mentions y figurant qu'il lui a été lu par l'agent notificateur sans qu'un interprète soit présent. Les seuls visas et motifs de l'arrêté attaqué, ne permettent pas de regarder comme établi que M. C a pu effectivement présenter des observations sur le pays à destination duquel il doit être renvoyé. Par suite, le requérant est fondé, pour ce motif, à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure méconnaissant les droits de la défense.
11. Toutefois, en se bornant à faire valoir en des termes généraux qu'il a été militant au sein du parti démocratique kurde et exerçait le métier de chanteur, qu'il a été emprisonné à deux reprises en Iran et qu'il risque la peine de mort en cas de retour dans ce pays, alors qu'il n'a pas, jusqu'à l'introduction de sa requête, fait état des risques qu'il invoque désormais et n'a déposé une demande d'asile que le 10 juillet 2024, soit postérieurement à l'introduction de sa requête, bien qu'il soit présent en France depuis le mois de mars 2023, M. C n'établit pas qu'il disposait d'éléments à communiquer à l'administration qui aurait pu avoir une influence sur le sens de l'arrêté attaqué. Par suite, la circonstance que le requérant n'aurait pas été mis à même de présenter des observations est sans influence sur la légalité de cet arrêté.
12. En troisième lieu, pour les motifs énoncés au point précédent, M. C n'établit pas que l'arrêté attaqué l'expose à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaîtrait ainsi les dispositions, citées au point 4, du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit doit être écarté.
13. En quatrième lieu, si M. C soutient qu'il souffre de graves problèmes cardiaques pour lesquels il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge médicale en Iran, il ne produit aucun élément et ne fait état d'aucune circonstance permettant de regarder comme établi l'état de santé qu'il invoque à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
14. En sixième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué et des autres pièces du dossier que cet arrêté a été précédé d'un examen suffisant de la situation de M. C.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du 19 juin 2024 doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
16. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur leur fondement par M. C.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet d'Eure-et-Loir et à Me Bâton.
Lu en audience publique le 12 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
E. AlbouyLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026