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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403857

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403857

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSEMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Semino demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de le transférer à destination des autorités allemandes ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de 45 jours ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'autoriser à solliciter l'asile en France et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile sous procédure normale dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté portant transfert est insuffisamment motivé, est entaché d'une erreur de droit et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ; il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations pertinentes et utiles sur ses problèmes de santé, sur la demande d'asile qu'il a présenté en Allemagne et sur la mesure d'éloignement qui le vise dans ce pays et par suite, l'autorité administrative n'a pas pu examiner de manière complète et sérieuse sa situation ; le préfet n'a pas cherché à savoir auprès des autorités allemandes si la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en Allemagne était exécutoire ;

- il n'est pas démontré qu'il a été destinataire des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dans une langue qu'il comprend et dès l'introduction de sa demande d'asile ;

- il n'est pas établi qu'il a bénéficié d'un entretien individuel dans les conditions prévues à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, assuré par un agent qualifié et assisté d'un interprète, entretien au cours duquel il aurait été interrogé sur les conditions de son parcours migratoire, sur son état de santé et sa vulnérabilité ;

- l'acceptation préalable par les autorités allemandes de la requête aux fins de reprise en charge n'est pas établie et par suite le préfet a méconnu les articles 22 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles 3.2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013, le droit constitutionnel d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas compétent pour l'assigner à résidence dans le département du Morbihan.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asiles et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Sémino, représentant M. B, qui a fait valoir à l'audience que le nombre de pages des brochures remises à M. B ne figure pas sur les documents produits par l'administration, que les questions posées à M. B lors de l'entretien individuel ne figurent pas sur le résumé de cet entretien, que l'arrêté du 10 mai 2019 qui n'est pas signé par le ministre de l'intérieur constitue une subdélégation de pouvoirs illégale et qu'en tout état de cause une telle délégation devient caduque lorsque le délégant n'est plus en poste ;

- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine ;

- les explications de M. B, assisté d'une interprète, qui a indiqué avoir " un problème aux poumons " et que " les personnes LGBT ont des problèmes en République démocratique du Congo ".

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né en 1993, est entré irrégulièrement en France le 12 avril 2024. Le 16 avril 2024, il a sollicité l'asile auprès des services de la préfecture du département de l'Essonne. La consultation du fichier Eurodac a toutefois fait ressortir qu'il avait déjà demandé l'asile auprès des autorités allemandes. Les autorités françaises ont alors saisi leurs homologues allemandes d'une demande de reprise en charge de l'intéressé sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Le 5 juin 2024, les autorités allemandes ont accepté de le reprendre en charge sur le fondement du d) du 1 de l'article 18 de ce règlement. Par le premier arrêté attaqué du 5 juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer M. B à destination de l'Allemagne. Par le second arrêté attaqué, du même jour, il a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. M. B justifie du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté de transfert :

3. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer M. B à destination des autorités allemandes. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de sa motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable () ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune () / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () / Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement. ". Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 16 avril 2023, jour du dépôt de sa demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Essonne, la brochure A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", la brochure B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ainsi que le guide du demandeur d'asile, en langue Lingala, qu'il déclare comprendre et lire. Ces documents, dont il n'est ni établi ni même soutenu que les exemplaires remis auraient été incomplets, comportent l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et M. B en a ainsi été destinataire en temps utile pour lui permettre de faire valoir des observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

8. S'il ne résulte ni des dispositions citées au point précédent ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié le 16 avril 2024, d'un entretien individuel en étant assisté d'un interprète. Cet entretien a été mené par un agent de la préfecture de l'Essonne, qui est identifié sur le résumé qui en a été établi, par ses initiales. Ce résumé comporte également un cachet de la préfecture, la signature et le nom de la cheffe du bureau de l'asile. Au terme de cet entretien, le requérant a reconnu avoir été informé que sa demande d'asile était traitée conformément au règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et avoir compris la procédure engagée à son encontre. Si ce résumé ne précise pas la langue utilisée par l'interprète, cette seule circonstance ne permet pas de douter de ce que l'entretien a été effectivement mené en langue Lingala, qui est celle dans laquelle les brochures A et B lui ont été remises le même jour, dès lors, qu'aucun élément du dossier ne permet de douter de ce qu'il a parfaitement compris les propos de son interlocuteur, traduits par cet interprète, et qu'il a fait montre à l'audience d'un niveau de connaissance de la langue française qui lui aurait permis de formuler utilement son incompréhension. Au regard des mentions figurant sur ce résumé, le préfet d'Ille-et-Vilaine établit que cet entretien a été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions de son déroulement n'en ont pas garanti la confidentialité. Le résumé de l'entretien, qui est produit par le préfet, comporte, conformément aux dispositions du 6 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, les principales informations fournies à cette occasion par M. B. Contrairement à ce que soutient le requérant, son auteur n'était pas tenu de mentionner explicitement les différentes questions qui ont pu lui être posées et le détail de toutes les réponses apportées et il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités et le déroulement de cet entretien ont fait obstacle à ce que M. B fournisse l'ensemble des informations permettant de déterminer l'État membre responsable de sa demande d'asile en application des dispositions de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

10. En quatrième lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine ayant produit le document du 5 juin 2024 par lequel les autorités allemandes ont accepté de reprendre en charge M. B, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 22 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du parlement et du conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou apatrides : " () / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale est introduite est responsable de l'examen. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu de présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ".

12. Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par le présent règlement. ". Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, reprises à l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

13. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.

14. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté dès lors que M. B ne fait état d'aucun élément tendant à établir l'existence en Allemagne de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile.

15. Si M. B fait valoir qu'il a un rendez-vous avec un psychologue le 17 juillet 2024, qu'il souffre de douleurs dorsales, ainsi qu'à sa jambe droite, et s'il a indiqué à l'audience avoir " un problème au niveau des poumons ", il ne justifie que d'un rendez-vous le 8 juillet 2024 en consultation externe au service de médecine physique et de réadaptation du centre hospitalier universitaire de Rennes, qui ne permet pas d'identifier les pathologies dont il souffrirait. Il ne soutient pas que son état de santé fait obstacle à ce qu'il puisse voyager sans risque à destination de l'Allemagne et n'établit pas qu'il ne pourrait pas y bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée. Par suite, le moyen tiré de ce que, en raison de son état de santé, l'arrêté de transfert attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Il en est de même, pour le même motif, du moyen tiré de ce que, en raison de son état de santé, le préfet aurait dû mettre en œuvre la clause de souveraineté et les dispositions citées au point 12 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et, à défaut, a méconnu le droit constitutionnel d'asile.

16. M. B fait également valoir qu'un retour en Allemagne l'expose à être effectivement éloigné à destination de la République démocratique du Congo où il aurait subi de graves persécutions. Il a précisé succinctement à l'audience que les personnes LGBT " ont des problèmes dans son pays d'origine ". Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par le requérant a été rejetée par les instances allemandes de l'asile. Toutefois M. B n'établit ni même ne soutient que sa demande d'asile aurait été traitée par les autorités allemandes dans des conditions qui n'étaient pas conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il n'établit pas, par ailleurs, qu'il ne disposerait pas dans cet État membre de l'Union européenne de voies de recours lui permettant de contester l'obligation de quitter le territoire allemand dont il soutient faire l'objet, et de faire valoir utilement les risques qu'il prétend courir en cas de retour en République démocratique du Congo. Par suite, M. B n'établit pas que l'arrêté attaqué l'expose à des peines ou traitements prohibés notamment par l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et que pour ce motif le préfet était tenu de mettre en œuvre la clause de souveraineté et les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, citées au point 12.

17. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier et il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué a été précédé d'un examen complet de la situation de M. B. Le requérant qui n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son transfert à destination de l'Allemagne et qui a été clairement et complètement informé, lors de l'entretien individuel et par la remise des brochures A et B, de la procédure de détermination de l'État membre responsable de sa demande d'asile, ne peut valablement faire valoir qu'il n'a pas été invité à produire des éléments utiles relatifs notamment à son état de santé antérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il n'appartenait pas au préfet d'Ille-et-Vilaine de s'assurer auprès des autorités allemandes que M. B ne courrait aucun risque de renvoi en République démocratique du Congo. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en ne procédant pas à cette vérification le préfet aurait commis une erreur de droit, doit être écarté.

18. Il résulte des points 3 à 17 que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté de transfert du 5 juillet 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

19. Aux termes de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7. ". Aux termes de l'article L. 751-2 de ce code : " () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables. () ".

20. Aux termes de l'article R. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004, l'autorité compétente pour procéder à la détermination de l'État responsable de l'examen d'une demande d'asile et prendre une décision de transfert en application de l'article L. 572-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. ". Aux termes de l'article R. 751-1 du même code : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004, l'autorité compétente pour assigner à résidence un demandeur d'asile en application de l'article L. 751-2 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. / La même autorité est compétente pour faire conduire l'étranger assigné à résidence en vue d'assurer sa présentation aux convocations de l'autorité administrative et aux entretiens prévus dans le cadre de la procédure de détermination de l'État responsable de la demande d'asile et pour saisir le juge des libertés et de la détention aux fins de requérir les services de police ou les unités de gendarmerie en application de l'article L. 751-5. ". Il résulte de la combinaison de ces deux articles, que le préfet de département compétent pour procéder à la détermination de l'État responsable de l'examen d'une demande d'asile et prendre une décision de transfert en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en principe, également compétent pour, au besoin, assigner à résidence l'auteur de cette demande.

21. Aux termes de l'article 11-1 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements : " Le préfet du département est compétent en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière d'asile. En matière d'asile, un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'asile peut donner compétence à un préfet de département ou au préfet de police pour exercer ces missions dans plusieurs départements. ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) : " L'annexe II au présent arrêté fixe la liste des préfets compétents pour procéder à la détermination de l'État responsable de l'examen de la demande d'asile. / À cette fin, les préfets désignés sont compétents pour : / () / 3° Assigner à résidence le demandeur en application du I - 1° bis de l'article L. 561-2 du même code et, le cas échéant, prendre les mesures prévues au II de l'article L. 561-2 et aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 742-2 du code précité. / Cette annexe précise en outre les départements dans lesquels chacun de ces préfets est compétent. ". En vertu de l'annexe II à cet arrêté le préfet d'Ille-et-Vilaine est compétent pour les demandes d'asile concernant des demandeurs domiciliés dans un département de la région Bretagne ".

22. Les dispositions citées ci-dessus de l'arrêté du 10 mai 2019, prises pour application des dispositions de l'article 11-1 du décret du 29 avril 2004, ne constituent pas des délégations de pouvoirs données aux préfets concernés. Par suite, la circonstance que cet arrêté soit signé pour le ministre de l'intérieur par le secrétaire général du ministère de l'intérieur et le directeur général des étrangers en France, tous deux titulaires d'une délégation de signature, est sans influence sur sa légalité et sa validité n'est pas subordonnée au maintien en poste de ses signataires. Dès lors, en vertu des dispositions citées aux points 20 et 21, le préfet d'Ille-et-Vilaine était territorialement compétent pour assigner à résidence M. B dans le département du Morbihan, à l'adresse, à Lorient, à laquelle il a déclaré résider.

23. Il résulte des points 19 à 22 que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des arrêtés attaqués, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter également les conclusions présentées aux fins d'injonction.

Sur les frais d'instance :

25. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter la demande présentée sur leur fondement par M. B.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet d'Ille-et-Vilaine et à Me Sémino.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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