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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403934

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403934

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantDELILAJ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes annule l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Morbihan avait imposé une obligation de quitter le territoire français (OQTF) à M. D A, ressortissant vénézuélien. Le juge retient que l'exécution de cette mesure aurait des conséquences disproportionnées sur la situation personnelle du requérant, dont l'épouse est en instance d'examen de sa demande d'asile, constituant une erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour au requérant. La décision s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. B F D A, représenté par Me Delilaj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet a méconnu son droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à être entendu ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dans l'attente de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sur la demande d'asile de son épouse ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision d'interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. D A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Delilaj, représentant M. D A, qui reprend ses écritures et se désiste du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté.

Le préfet du Morbihan n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré, enregistrée le 30 août 2024, a été produite pour M. D A.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. D A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté :

2. M. D A, de nationalité vénézuélienne, est entré irrégulièrement en France en août 2023 selon sa déclaration et a demandé l'asile. Par décision du 26 janvier 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par décision du 19 juin 2024, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D A est marié à Mme E D et parent de deux enfants. Son épouse est entrée après lui sur le territoire national et sa demande d'asile est actuellement instruite par les instances de l'asile. Dans ces conditions, l'exécution du présent arrêté aurait des conséquences sur sa situation personnelle telles, tant qu'il n'a pas été définitivement statué sur cette demande, que le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. Il résulte de tout ce qui précède que M. D A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique la délivrance à M. D A d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer cette autorisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. M. D A a été admis de façon provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Delilaj, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Delilaj de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : M. D A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 2 juillet 2024 du préfet du Morbihan faisant à M. D A obligation de quitter le territoire français est annulé.

Article 3 : le préfet du Morbihan est enjoint de délivrer à M. D A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Delilaj la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, à Me Delilaj et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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