vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404152 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SAGLIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Saglio, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 du préfet du Finistère portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de police ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant 2 ans est manifestement disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de police est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les pièces produites par M. A, représenté par Me Saglio, enregistrées le 9 octobre 2024, soit postérieurement à la clôture d'instruction intervenues trois jours francs avant l'audience, n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouju,
- et les observations de Me Saglio, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité marocaine, a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 18 juin 2024, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant 2 ans et l'a obligé à remettre son passeport et à se présenter une fois par semaine aux services de police.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Par un arrêté du 26 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 29-2024-024 du 1er mars suivant, le préfet du Finistère a donné délégation à M. Drapé, secrétaire général de la préfecture de ce département et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer en toutes matières, en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, tous les actes relevant des attributions de ce dernier, à l'exception de décisions aux nombres desquelles ne figurent pas les décisions relatives au séjour et les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 de ce code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales fait obstacle au prononcé d'une mesure lorsqu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.
4. Entré irrégulièrement une première fois en France en 2010, M. A y a séjourné, en bénéficiant, entre le 26 novembre 2012 et le 5 mai 2015, d'un titre de séjour obtenu en sa qualité de père d'un enfant français, laquelle a été finalement remise en cause par l'autorité judiciaire qui a, par un jugement du tribunal de grande instance de Brest du 24 septembre 2015, annulé sa reconnaissance de paternité. Il a regagné son pays d'origine le 10 juillet 2015. Malgré un refus de visa opposé en septembre 2015, il est de nouveau entré irrégulièrement sur le territoire, en octobre 2015 selon ses déclarations. Il s'y est maintenu alors que sa demande de titre de séjour du 1er février 2016 avait donné lieu à un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français notifié le 24 juin 2016, décision qui, contrairement à ce que soutient le requérant, a produit des effets jusqu'à ce qu'il se soit vu délivrer le premier des récépissés, autorisant provisoirement son séjour, à la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour en 2021. S'il se prévaut de la présence en France de son frère et de son oncle, d'une relation amicale avec un couple et de bonnes relations avec le voisinage de son logement qu'il occupe depuis 2014, M. A, qui est célibataire et sans enfant, n'apparaît pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent notamment ses parents. Son entreprise individuelle, créée en 2012 et active depuis 2014 pour la fabrication et la vente ambulante de plats cuisinés orientaux, ne lui a permis, au regard de ce qui résulte de ses propres déclarations sociales et fiscales, de dégager un chiffre d'affaires et des revenus significatifs qu'à partir de l'année 2023, soit depuis une période récente à la date de l'arrêté en litige. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Finistère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne caractérisait pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale, ni commis une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :
5. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme étant entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :
6. Aux termes de l'article L. 612-8 : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "
7. Ainsi qu'il été précédemment exposé, M. A est entré et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré une précédente obligation de quitter le territoire français notifiée en 2016 qui a produit des effets pendant près de cinq années. Dans ces conditions et alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, les seules relations familiales et amicales dont il se prévaut et l'activité qu'il exerce sous le statut d'entrepreneur individuel ne sont pas suffisantes pour considérer que le préfet, en interdisant le retour de l'intéressé en France pendant une durée de deux ans, aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et, par suite, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter une fois par semaine aux services de police :
8. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. "
9. En se bornant à faire état du caractère coercitif, humiliant et stressant des mesures l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter une fois par semaine aux services police, M. A n'établit pas que le préfet aurait entaché ces décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, où siégeaient :
M. Labouysse, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Bouju Le président,
signé
D. Labouysse
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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