jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | GOMMEAUX JULIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de refus.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ou à tout le moins d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ayant subordonné l'admission exceptionnelle au séjour à des conditions qui ne sont pas prévues par les dispositions des articles L. 435-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 9 septembre 2024, le Groupe d'information et de soutien des immigrés (GISTI) et l'association Emmaüs France, représentés par Me Gommeaux, demandent que le tribunal fasse droit aux conclusions de M. A.
Ils font valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour le préfet de s'être prononcé sur les critères adéquats, et d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
27 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes,
- et les observations de Me Le Bihan, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
Sur les interventions du GISTI et de l'association Emmaüs France :
1. Eu égard à l'objet de leurs statuts, le GISTI et l'association Emmaüs France justifient d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien des conclusions de M. A. Leurs interventions sont par suite recevables.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Il ressort des motivations de l'arrêté contesté que M. A, de nationalité ivoirienne, né en décembre 1999, est entré en France en octobre 2019, qu'il a fait l'objet d'une remise
aux autorités espagnoles en août 2020, mais est ensuite revenu irrégulièrement en France le
17 septembre 2020 où il a été accueilli par la communauté d'Emmaüs, qu'il a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que toutefois n'ayant aucune compétence professionnelle dans le domaine de la couverture il ne peut justifier de ses perspectives d'intégration, qu'il est célibataire sans enfant à charge et n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Côte d'Ivoire où résident sa mère et ses huit frères et sœur et où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à 1a Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme en cas de retour dans son pays d'origine.
3. Aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les organismes assurant l'accueil ainsi que l'hébergement ou le logement de personnes en difficultés et qui ne relèvent pas de l'article L. 312-1 peuvent faire participer ces personnes à des activités d'économie solidaire afin de favoriser leur insertion sociale et professionnelle. () " Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. En l'espèce, il n'est pas contesté que l'association Emmaüs est un organisme mentionné à l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles qui ne relève pas des dispositions de l'article L. 312-1 du même code. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que M. A a œuvré pour cette structure sans interruption depuis le 17 septembre 2020, qu'il a fait preuve de polyvalence en occupant plusieurs emplois et qu'il a obtenu après entretien une promesse d'embauche avec l'entreprise Texeira Construction en tant qu'aide couvreur en contrat à durée indéterminée à temps complet. Le requérant pourra d'ailleurs bénéficier d'un logement mis à sa disposition par son employeur. Ainsi, et alors même qu'il ne disposerait pas d'une formation préalable dans cet emploi d'aide couvreur qui est accessible sans diplôme et peut donc s'apprendre directement par la pratique, comme de nombreuses missions qui ont été confiées à
M. A depuis plusieurs années au sein de la communauté Emmaüs, il justifie donc d'une perspective professionnelle sérieuse au sens des dispositions précitées. En outre, il ressort également de ces pièces, et notamment du rapport cosigné par l'intervenante sociale de communauté Emmaüs de Vannes, le responsable de la communauté de Vannes et le président de l'association Emmaüs de Vannes, que l'intéressé, qui participe à des activités bénévoles et est bien inséré socialement. Enfin, il ne ressort pas des pièces produites que M. A vivrait en état de polygamie sur le territoire français ou qu'il constituerait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet du Morbihan a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2024 par laquelle le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Par voie de conséquence, les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées.
Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :
6. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Par une décision du 27 juin 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Bihan, avocat de M. A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Bihan de la somme de 1 500 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les interventions du GISTI et de l'association Emmaüs France sont admises.
Article 2 : L'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. A une carte de séjour en application de titre de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 500 euros à Me Le Bihan, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Le Bihan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au Groupe d'information et de soutien des immigrées, à l'association Emmaüs France, à Me Le Bihan et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
G. Descombes
L'assesseur le plus ancien,
signé
P. Le Roux
Le greffier,
signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026