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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404260

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404260

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNOHE-THOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2024 et le 25 septembre 2024, Mme G E C, représentée par Me Nohe-Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine au commissariat de Brest ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, l'ensemble sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui accorder une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation et méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en fixant la Tunisie comme pays d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de se présenter au commissariat :

- elle se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est inutile et il n'existe aucun risque de fuite ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme E C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Radureau a été entendu au cours de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C, ressortissante comorienne née le 29 novembre 1994 déclare être entrée en France le 10 novembre 2021. Elle a signé le 24 avril 2023 un pacte civil de solidarité avec M. D F, titulaire d'une carte de résident, et de cette union est né un enfant à Paris le 18 juillet 2023. Elle a sollicité, le 4 janvier 2024, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ainsi que son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 1er juillet 2024, le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera, le cas échéant, renvoyée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de tenir compte des justifications apportées devant lui, dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision critiquée, même si ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle se prononce.

3. Pour fonder l'arrêté attaqué le préfet du Finistère a retenu que l'ancienneté de la communauté de vie de ce couple n'était établie que depuis le mois d'octobre 2023 et que Mme E C pourrait reconstituer sa famille aux Comores, dès lors que son compagnon, M. F D, n'établit " pas vivre ni participer à l'éducation de ses deux enfants français ". A ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier de relevés bancaires antérieurs à la décision attaquée que M. F D verse chaque mois des sommes destinées à l'entretien de ses deux filles de nationalité française. En outre, Mme B, mère des deux enfants de M. F D, certifie qu'il participe à leur éducation et verse une pension alimentaire chaque mois. Ainsi, contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Finistère, M. F D, participe à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles et ne pourrait, sans rompre ce lien, rejoindre la requérante pour s'établir aux Comores. Dans ces conditions, le refus de séjour et la mesure d'éloignement dont il a été assorti sont susceptibles d'avoir pour effet de séparer le très jeune enfant de Mme E C de l'un de ses parents. Dans les circonstances de l'espèce, alors que le préfet n'aurait pas pris la même décision s'il n'avait pas retenu la possibilité pour ce couple de se reformer aux Comores, cette situation doit être regardée comme traduisant un défaut d'examen de la situation de Mme E C susceptible d'avoir affecté l'appréciation portée sur sa demande de titre de séjour.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que les décisions subséquentes prises par l'arrêté du 1er juillet 2024 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique que le préfet du Finistère réexamine la situation de Mme E C, ainsi que la délivrance à l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir le jugement d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par Mme E C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er juillet 2024 du préfet du Finistère est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de réexaminer la situation administrative de Mme E C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressée, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller ;

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

C. Radureau

L'assesseur le plus ancien,

signé

T. Grondin La greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404260

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