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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404262

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404262

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. C, ressortissant albanais, contestant l'arrêté préfectoral du 12 juin 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la décision ne méconnaissait pas l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, les enfants pouvant poursuivre leur scolarité en Albanie, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, la cellule familiale pouvant se reconstituer dans le pays d'origine. Il a également jugé que les moyens tirés de la violation des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas fondés. Par conséquent, la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2024, M. D C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an, portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision viole l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision viole l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité du refus de séjour entache cette décision d'illégalité ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il n'a commis aucun trouble à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- et les observations de M. C.

Le préfet du Morbihan n'était présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais, né en 1990, déclare être entré régulièrement en France le 3 octobre 2018, accompagné de son épouse, Mme A C. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 août 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 10 janvier 2020. Il n'a pas déféré à l'arrêté du 2 novembre 2020 pris à son encontre par le préfet du Morbihan portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ de 30 jours. M. C a ensuite déposé une première demande de titre de séjour 2 août 2019 fondée sur son état de santé qui n'a pas été instruite par manque d'éléments produits. Le 28 février 2022 l'intéressé a déposé une autre demande de titre fondée sur l'état de santé de sa fille B, cette demande n'a toutefois pas abouti faute d'éléments suffisants. Par courrier du 30 janvier 2024, M. C a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3. M. C est parent de trois enfants nés en France, en 2018, 2020, et 2023 et scolarisés à l'école primaire publique Brizeux à Vannes. Néanmoins, eu égard à leur âge, aucune circonstance alléguée ne s'oppose à ce qu'ils poursuivent leur scolarité dans le pays d'origine de leurs parents dont ils ont la nationalité. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Albanie, les moyens tirés de la violation des stipulations rappelées au point précédent et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. M. C se prévaut de sa présence en France depuis plus de cinq années, de son employabilité effective, de la circonstance que ses enfants soient nés en France et qu'il a présenté une demande une promesse d'embauche pour occuper le poste de chapiste/carreleur en contrat à durée déterminée à temps plein qui est un métier en tension dans la région Bretagne. Outre que la durée de présence de M. C sur le territoire français découle de la durée de la procédure d'examen de sa demande d'asile et de ce qu'il n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire français ainsi qu'il a été dit au point 1, les éléments produits au dossier ne démontrent pas de la part de l'intéressé une particulière intégration notamment par le travail. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué qui lui refuse la délivrance de titre de séjour porterait atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, pour les mêmes motifs le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. M. C se prévaut de ce qu'il vit en France depuis 2018, et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche dans un secteur en tension.

9. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment l'essentiel du séjour de M. C s'est effectué dans des conditions irrégulières et résulte de l'instruction des différentes demandes de titre de séjour qu'il a présentées. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'intéressé ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même qu'il dispose d'une promesse d'embauche en qualité de chapeur-carreleur.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 2 à 9 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 2 à 10 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français qui lui ont été opposés.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

13. En l'absence de circonstance humanitaire ainsi qu'il résulte de tout ce qui a été dit précédemment, et malgré la circonstance que M. C n'aurait commis aucun trouble à l'ordre public, le préfet du Morbihan, constatant que M. C n'avait pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, a pu légalement et sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation prendre la mesure attaquée d'interdiction de retour sur le territoire français durant une année à l'encontre du requérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

P. Le Roux

Le président,

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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