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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404268

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404268

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDOLLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juillet et 10 septembre 2024, M. A C B, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux dès lors, d'une part, que l'arrêté mentionne à tort qu'il a retiré sa demande de titre de séjour en raison de son état de santé, et, d'autre part, que cet arrêté ne mentionne pas le recours gracieux exercé le 25 septembre 2023 et les pièces qui l'accompagnent ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision attaquée n'a pas été précédée de la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le médecin rapporteur de cet avis siégeait au sein du collège de médecins ;

- l'avis rendu le 18 mai 2022 était trop ancien au regard de la date de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale dès lors, admissible de plein droit au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale dès lors que le préfet des Côtes-d'Armor a méconnu l'étendue de sa compétence en retenant un délai de 30 jours sans examiner la possibilité de fixer un délai plus long ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'un retour en République centrafricaine l'expose à un risque de traitements inhumains et dégradants ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle n'est pas justifiée au regard de la situation personnelle du requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard ;

- et les observations de Me Dollé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant centrafricain, est entré en France le 4 juin 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 juillet 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 octobre 2018. Il a fait l'objet le 14 novembre 2018 d'un arrêté du préfet des Côtes-d'Armor lui faisant obligation de quitter le territoire français. Ses demandes de réexamen de sa demande d'asile ont été rejetées par l'OFPRA le 21 février 2020 et par la CNDA le 26 août 2020. Le 11 mars 2021, M. B a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé et a bénéficié, pour ce motif, d'une autorisation provisoire de séjour valable du 9 août 2021 au 9 février 2022. Le 1er mars 2022, M. B a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 25 août 2023, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 15 décembre 2023. En exécution de ce jugement, le préfet des Côtes-d'Armor lui a délivré une autorisation provisoire de séjour, valable du 29 mars au 28 juin 2024, et a réexaminé sa situation. Par arrêté du 20 juin 2024, il a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé le 1er mars 2022 le renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait sur le fondement de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que l'arrêté du 25 août 2023 du préfet des Côtes-d'Armor refusant le renouvellement de ce titre a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 15 décembre 2023, avec injonction au réexamen de la situation de M. B, le préfet des Côtes-d'Armor demeurait saisi de la demande de titre de séjour formée par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. L'administration fait cependant valoir que, dans un courrier de son avocat en date du 25 septembre 2023 intitulé " recours gracieux et demande de changement de statut ", M. B n'invoque que sa situation familiale, et notamment le pacte civil de solidarité conclu le 20 avril 2023 avec une personne de nationalité française, à l'exclusion de toute argumentation fondée sur sa pathologie. Il ne ressort toutefois pas des termes de ce courrier, au demeurant antérieur au jugement d'annulation du 15 décembre 2023, que le requérant aurait entendu ou même déclaré expressément abandonner sa demande de titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, la seule circonstance que le formulaire de demande de titre de séjour rempli en préfecture le 20 mars 2024 porte la mention " par rapport au PACS " ne suffit pas, faute d'indication explicite et dénuée d'ambiguïté, à établir que le requérant aurait renoncé à se prévaloir de son état de santé. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation en ce que la demande de M. B n'a pas été examinée au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit procédé au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. B présentée sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

M. Blanchard, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Blanchard

Le président,

signé

C. RadureauLa greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet du Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2404268

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