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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404281

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404281

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024 M. A B, représenté par Me Hagège, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant deux ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation

de signature ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que le requérant ne représente aucune menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 25 juillet 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Rennes a mis fin à la rétention de M. B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire et le protocole relatif à la gestion concertée des migrations du 28 avril 2008, publiés par décret n° 2009-905 du 24 juillet 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Bonniec a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né en 1992, est entré irrégulièrement en France en avril 2021, selon ses déclarations. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire depuis lors, le

6 mars 2023, il a été interpelé par les forces de l'ordre dans le département des Hauts-de-Seine et placé en garde-à-vue, alors qu'il conduisait un véhicule sans permis, en faisant usage d'un faux document administratif, obtenu de manière frauduleuse. Par un arrêté du 6 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Alors que cette première mesure n'était pas exécutée, à la suite de son interpellation par la gendarmerie, le 20 juillet 2024, le préfet de la Sarthe, par un second arrêté en date du 21 juillet 2024, dont M. B demande l'annulation, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Sarthe a placé le requérant en rétention administrative, mesure annulée par le juge des libertés et de la détention par une ordonnance du 25 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux du 21 juillet 2024 a été signé par M. C D, sous-préfet de l'arrondissement de Mamers, qui par un arrêté du préfet en date du 17 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe du même jour, a reçu délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, et interdisant le retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, qui en manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe aurait entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen complet de la situation de M. B. A cet égard, si l'arrêté attaqué fait état des infractions commises par l'intéressé, il prend également en considération la situation personnelle et professionnelle du requérant, notamment la circonstance qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il ne justifie pas de l'existence de liens personnels et familiaux en France d'une particulière intensité, qu'il a vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de 29 ans, que dès lors il ne peut se prévaloir d'une résidence stable et régulière sur le territoire français, alors qu'au surplus il ne ressort pas qu'il dispose d'un droit au séjour, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire et n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'il pourrait être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Tunisie. Il suit de là que le moyen tiré d'une erreur de droit résultant de l'examen insuffisant de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes :1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les E 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (). ". Aux termes de l'article L. 251-3 du livre II du même code portant " DISPOSITIONS APPLICABLES AUX CITOYENS DE L'UNION EUROPÉENNE ET AUX MEMBRES DE LEUR FAMILLE (E200-1 à L.286-2) " : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ". Il ressort des pièces du dossier que M. B n'est ni citoyen de l'Union européenne ni membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne, catégories de personnes à qui les dispositions précitées s'appliquent. Ainsi, en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, ainsi que le moyen d'erreur de droit à son appui sont inopérants à l'encontre de la décision attaquée.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour fonder sa décision, le préfet de la Sarthe a tenu compte, en application des dispositions précitées, d'une part, de la circonstance que M. B ne peut justifier être entré régulièrement en France, qu'il est constant qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et qu'il n'a pas sollicité une régularisation de sa situation administrative au regard du droit au séjour. D'autre part, le préfet a pris en compte la circonstance que M. B n'a pas exécuté une précédente mesure d'obligation de quitter le territoire français, ni contesté la légalité de cette mesure dans les délais de recours. Dès lors, le préfet de la Sarthe pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur de qualification juridique des faits, obliger M. B à quitter le territoire français, sur le fondement des articles précités. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que développés au point 3, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que développés au point 4, le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits en méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant à l'encontre de la décision attaquée.

9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". En outre, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour (); 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement () ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement (); 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document 5) ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux E 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. Pour contester le refus du préfet de lui accorder un délai de départ volontaire,

M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'il n'y aurait aucune urgence à l'éloigner du territoire français, celui-ci ne représentant aucune forme de menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que pour fonder sa décision, le préfet a tenu compte de la circonstance que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu de façon irrégulière sans solliciter la régularisation de son séjour, qu'il n'a pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet des Hauts-de-Seine, qu'il fait l'objet d'une inscription au fichier des personnes recherchées en raison de l'existence d'un mandat d'arrêt émis par les autorités allemandes pour falsification de documents administratifs, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de détention et d'obtention frauduleuse de documents administratifs, qu'il ne justifie pas d'une résidence stable et permanente dans un local affecté à son habitation principale et qu'il contrevient donc à plusieurs dispositions de l'article L. 612-3 précité, notamment ses alinéas 1°, 3°, 5°, 7° et 8°. Dès lors, le préfet de la Sarthe pouvait, sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation, décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. B, pour exécuter l'obligation qui lui ai faite de quitter le territoire français. Les deux moyens ne peuvent donc qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

11. En huitième lieu, pour les motifs développés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le moyen d'erreur de droit à son appui sont inopérants à l'encontre de la décision attaquée.

12. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux E 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. En l'espèce, M. B, qui ne s'est pas vu accorder un délai de départ volontaire, entre dans les prévisions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui disposent que le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de cinq ans. Eu égard à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, à la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de détention et d'obtention frauduleuse de documents administratifs, et qu'il fait l'objet d'un mandat d'arrêt des autorités allemandes pour falsification de documents administratifs, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B contre l'arrêté du 21 juillet 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

15. L'Etat n'ayant pas la qualité de perdante dans le cadre de la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à sa charge au titre des frais engagés par M. B non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Le BonniecLe président,

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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