mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. B C A, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai, d'un mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer dans l'attente et dans un délai de huit jours à compter du jugement, un récépissé de demande de délivrance d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, ou, à tout le moins, d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer dans l'attente et dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement un récépissé de demande de délivrance d'un titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État, si l'aide juridictionnelle lui est accordée, le versement à Me Le Bihan d'une somme de 1 800 euros en application l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et, si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée, le versement de cette même somme à son bénéfice sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- il appartient à l'administration d'établir que la procédure prévue par les articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été respectée et notamment que le médecin auteur du rapport n'a pas siégé au sein du collège ayant rendu l'avis, qu'un délai de trois mois a été respecté entre la transmission des éléments médicaux et la date à laquelle l'avis a été rendu et que les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont délibéré conformément aux dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son état de santé rend nécessaire une prise en charge médicale dont le défaut sera susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Angola ;
- cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il séjournait en France depuis plus de six ans à la date de l'arrêté attaqué et s'est intégré en France ;
- cette décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses graves problèmes de santé et son handicap constituant des considérations humanitaires justifiant l'application des dispositions de cet article ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi et la décision d'interdiction de retour doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;
- la décision d'interdiction de retour méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation a été appréciée au regard de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et non exclusivement au regard des critères fixés par ces textes ; ces critères n'étaient pas remplis en l'espèce et cette décision est à tout le moins entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les pièces produites par le préfet des Côtes-d'Armor, enregistrées le 30 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus à l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy, rapporteur,
- et les observations de Me Le Bihan, représentant M. A.
Vu la pièce produite en délibéré, enregistrée le 4 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant angolais né en 1982, est entré régulièrement en France le 22 février 2018, muni d'un visa de type C, délivré par les autorités portugaises et expirant le 1er mars 2018. Il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de cette dernière date et a déposé une demande d'asile le 17 décembre 2018. Cette demande a été rejetée définitivement par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 8 novembre 2019. Le préfet des Côtes-d'Armor avait pris un arrêté portant obligation de quitter le territoire à son encontre dès le 19 juin 2018. M. A a toutefois déposé, le 11 janvier 2019, une demande de titre de séjour en invoquant son état de santé, en réponse à laquelle l'autorité administrative lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable du 6 mai 2019 au 5 novembre 2019. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 16 septembre 2022. Une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " d'une durée de validité de neuf mois parvenant à son terme le 20 juillet 2023, lui a alors été délivrée. M. A a sollicité son renouvellement le 26 juin 2023. Par l'arrêté attaqué du 31 mai 2024, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
2. M. A justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, sur laquelle il n'a pas déjà été statué, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation :
3. Par un arrêté du 12 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Côtes-d'Armor du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à M. David Crochu, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions refusant un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, et interdisant le retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
5. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. / () / Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. " Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
6. En premier lieu, le préfet des Côtes-d'Armor a produit l'avis relatif à l'état de santé de M. A rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le 5 octobre 2023, ainsi que le bordereau de transmission de cet avis indiquant l'identité du médecin ayant établi le rapport au vu duquel l'avis a été rendu, la date de ce rapport et de sa transmission au collège de médecins. Il ressort de ces pièces que l'avis du 5 octobre 2023 a été rendu conformément aux prévisions des dispositions citées aux points 4 et 5 et notamment que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu cet avis et que ce rapport a été transmis à ce collège le 21 septembre 2023. Par ailleurs, les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions figurant à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, de procéder à des échanges entre eux. L'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Ainsi, la circonstance, au demeurant non établie, que l'avis n'aurait pas été rendu au terme d'une délibération collégiale ne peut qu'être sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité des modalités de consultation du collège de médecins de l'OFII et de l'avis qu'il a rendu doit être écarté.
7. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative la délivrance de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis, au vu, d'une part, du rapport médical établi par un médecin de l'OFII, et d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A se borne à faire valoir qu'il remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Angola, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays. À défaut d'avoir fait état, avant la clôture de l'instruction, d'éléments médicaux permettant au moins d'identifier la ou les pathologies dont il souffre, M. A ne conteste pas valablement l'appréciation portée par le préfet des Côtes-d'Armor et avant lui, au vu de son dossier médical, par le collège des médecins de l'OFII, selon laquelle si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, d'un traitement approprié. En l'absence de tout élément remettant en cause cette appréciation, il n'y a pas lieu de demander à l'OFII de produire le dossier médical au regard duquel l'avis du collège de médecin a été rendu.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
10. Si M. A peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dès lors que le préfet a examiné sa demande de titre de séjour sur le terrain des dispositions de cet article, il n'établit pas que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en faisant uniquement état de ce qu'il est arrivé en France le 22 février 2018 et est intégré sur le territoire national, sans produire la moindre pièce justifiant de la réalité de cette intégration et de ses caractéristiques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ainsi que celui tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise dans l'application de ces dispositions ne peuvent qu'être écartés.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État. ".
12. En se bornant à soutenir que le préfet des Côtes-d'Armor aurait dû estimer que ses graves problèmes de santé et son handicap constituaient des considérations humanitaires et pour ce motif qu'il aurait dû lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans plus de précision sur son état de santé et la nature du handicap dont il est atteint, M. A n'établit que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte des points 3 à 12 que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
15. M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de son but et qu'elle méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait également valoir que cette décision a pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et est, par suite, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ne développe toutefois à l'appui de ces moyens aucune argumentation autre que celle, largement insuffisante, dont il est fait état aux points 8, 10 et 12. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
16. Il résulte des points 3, 14 et 15 que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. M. A qui n'établit pas que la décision par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligé à quitter le territoire est illégale, ne peut valablement invoquer cette illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision fixant le pays de destination. Ces conclusions doivent donc être rejetées.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
18. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
19. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".
20. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
21. L'autorité administrative, qui n'a pas produit de mémoire en défense, a motivé l'interdiction de retour sur le territoire français dans l'arrêté attaqué en relevant que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, de son entrée en France récente, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré et nonobstant un comportement troublant l'ordre public, une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. A C B au regard de sa vie privée et familiale ". Ces motifs sont entachés d'une erreur de fait, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence en France représenterait une menace pour l'ordre public. Si M. A a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire, le 19 juin 2018, qu'il n'a pas respecté, il est toutefois constant qu'il a été ensuite, à compter du 6 mai 2019, titulaire d'un titre de séjour. La situation examinée par l'arrêté attaqué ne procède donc pas de son maintien irrégulier sur le territoire français. Par ailleurs, son entrée sur le territoire français en février 2018 ne peut être regardée comme récente et comme justifiant le prononcé d'une interdiction de retour. Par suite, et alors même que le requérant ne justifie pas de liens particuliers avec la France, les motifs invoqués par l'autorité compétente, pris dans leur globalité, ne sont pas de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour prise à l'encontre de M. A, qui est ainsi fondé à en obtenir l'annulation.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :
22. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête de M. A présentées aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
23. L'État ne pouvant pas être regardé comme la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par M. A sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à M. A à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 31 mai 2024, comprise dans l'arrêté attaqué, par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a interdit à M. A le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Le Bihan et au préfet des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026