vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SAGLIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Saglio, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a obligé à remettre son passeport et à se présenter une fois par semaine au commissariat de police de Brest ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- le préfet du Finistère a entaché la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour lui délivrer un titre de séjour ; c'est à tort que le préfet a estimé, dans le cadre de son examen à ce titre, que son métier ne correspondait pas à un métier en tension ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard du droit d'être entendu avant l'édiction de toute mesure individuelle défavorable ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée pour défaut de base légale en raison de l'annulation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- les décisions portant obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine au commissariat sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne signé le 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- et les observations de Me Saglio, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 14 avril 1994, est selon ses déclarations entré en France en 2019. Par courrier du 30 novembre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ainsi que son admission au séjour en vertu du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont dispose le préfet. Par un arrêté du 18 juin 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a obligé à remettre son passeport et à se présenter une fois par semaine au commissariat de police de Brest.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 26 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er mars suivant, le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture de ce département et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 du même accord stipule que " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3, que " le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
4. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, comme celles du protocole relatif à la gestion concertée des migrations du 28 avril 2008, n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2019. Célibataire et sans enfant, il ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France et il ne conteste pas avoir des membres de sa famille résidant dans son pays d'origine. Il établit travailler depuis décembre 2019 et justifie, après une activité professionnelle discontinue et principalement exercée en intérim jusqu'au début de l'année 2021, de trois contrats à durée indéterminée conclus en 2021 et 2022 en qualité d'agent de quai dans deux sociétés de transport, puis en 2023 en qualité de technicien dans une entreprise de bâtiment et de nettoyage industriel. A cet égard, si les avis d'impôt sur le revenu qu'il produit font apparaître, au titre des salaires, des montants limités à 1 600 euros pour l'année 2019, à 5 249 euros pour l'année 2020 et à 13 235 euros pour l'année 2021, il ressort des bulletins de paie produits pour l'année 2022 qu'il a, au cours de cette année, perçu la somme totale de 18 694,68 euros nets et il a déclaré, ainsi que cela ressort de son avis de situation déclarative établi en 2024, un montant de 31 506 euros au titre des salaires perçus au cours de l'année 2023. Toutefois, et en dépit du caractère croissant de ses revenus, l'insertion professionnelle de M. B était encore relativement récente au 18 juin 2024, date de l'arrêté en litige. Enfin, si le requérant fait valoir que l'emploi qu'il occupait à cette même date était au nombre des métiers en tension figurant dans l'annexe I à l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat parti à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, il ne ressort pas, en tout état de cause, des pièces du dossier, notamment du contrat à durée indéterminée conclu le 2 mai 2023 et de la demande d'autorisation de travail établie par l'employeur de M. B, que ce dernier occupait effectivement le métier en tension de technicien du bâtiment et des travaux publics au sens de cette annexe. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage de ces mêmes pièces, et n'est même pas allégué, que ce métier serait inscrit sur la liste figurant à l'Annexe I du protocole franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations signé le 28 avril 2008. Il résulte de l'ensemble de ces considérations que le préfet du Finistère n'a pas entaché la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour contestée d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour délivrer un titre de séjour.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement et alors même qu'il parlerait parfaitement la langue française, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B, dont ni les parents, ni les neuf frères et sœurs résident en France, porterait, à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé dans une certaine mesure par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été précédemment relevé aux points 2 à 7, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour en litige ne peut être regardée comme entachée d'illégalité. Par conséquent, le moyen tiré de ce que l'illégalité de cette décision priverait de base légale la décision obligeant M. B à quitter le territoire français doit être écarté.
9. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2 du présent jugement.
10. En troisième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont fait partie le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Lorsqu'il demande la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
11. En l'espèce, M. B n'établit, ni même n'allègue, avoir été empêché de présenter ses observations écrites ou orales complémentaires aux services de la préfecture du Finistère lors de l'instruction de sa demande de délivrance d'un titre de séjour, ni qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et qu'il n'est pas même allégué que M. B ne pourrait pas retrouver un emploi similaire en Tunisie, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
14. Les circonstances invoquées par M. B tirées de ce qu'il réside dans un appartement, dont il n'allègue au demeurant pas être le propriétaire, et qu'il a un emploi ne constituent pas des circonstances suffisamment particulières de nature à justifier une prolongation au-delà de trente jours du délai de départ volontaire. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité du préfet l'octroi d'un délai supérieur à trente jours pour exécuter volontairement son obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas un tel délai.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".
16. Si M. B n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement avant l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 18 juin 2024, il réside de manière irrégulière en France depuis 2019, soit depuis environ cinq ans à cette même date. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, le requérant, s'il travaille, ne se prévaut de la présence d'aucun membre de sa famille, ni d'aucun autre proche sur le territoire français. Au regard de ces éléments, et alors même que la présence de l'intéressé ne représente pas de menace à l'ordre public, le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en interdisant le retour de M. B sur le territoire français et en fixant la durée de cette interdiction à un an.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
17. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français en litige ne peuvent être regardées comme entachées d'illégalité. Par conséquent, le moyen tiré de ce que l'illégalité de ces décisions priverait de base légale la décision fixant le pays de renvoi de M. B doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de remise de son passeport et de se présenter une fois par semaine au commissariat :
18. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter () aux services de police () pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Selon l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. ".
19. M. B s'étant vu accorder un délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français, il pouvait se voir astreindre à se présenter aux services de police et à remettre son passeport. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette double obligation serait disproportionnée dans son principe. L'obligation de présentation hebdomadaire mise à sa charge n'est pas davantage disproportionnée dans sa fréquence. En outre, ces mesures, eu égard à leur nature, n'ont pas un caractère humiliant et stressant, ne sont pas particulièrement coercitives et ne portent pas une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de ces mesures doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, ne nécessite aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. B.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Labouysse, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
D. Labouysse
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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