mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404353 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SAGLIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Saglio, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 du préfet du Finistère portant refus de renouvellement d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et mise en place de mesures de surveillance ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 € par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour " salarié " ou " travailleur temporaire " ou à tout le moins, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement de son signalement dans l'espace Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur le refus de renouvellement du titre de séjour :
- il est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense ;
- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour soulevée par la voie de l'exception ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est entachée d'une d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale à raison des illégalités du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, soulevées par la voie de l'exception.
Sur les mesures de surveillance :
- elles portent atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
- elles sont disproportionnées et entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale le 26 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel,
- les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :
1. Par un arrêté 26 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement ".
3. Les efforts d'insertion et les diverses propositions d'embauche ne sont pas au nombre des critères à prendre en compte pour délivrer, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ". Par suite, le moyen tiré ce qu'en tenant pas compte de ces éléments, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de cet article doit être écarté.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né en 2002 et de nationalité guinéenne est entré en France en tant que mineur non accompagné. Il a été pris en charge par le service d'accueil à l'enfance des mineurs isolés du département du Finistère et a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " du 28 décembre 2022 au 27 décembre 2023. Si M. A a fait des efforts d'insertion en apprenant le français, en suivant un baccalauréat professionnel, en validant une habilitation d'électricien et en effectuant des démarches pour trouver un emploi ou suivre une nouvelle formation " prépa apprentissage industrie ", il est toutefois célibataire et sans enfant et ne justifie pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet du Finistère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen présenté en ce sens doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 1, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
6. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour et n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que soit prise la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré du droit à être entendu doit être écarté.
8. M. A n'établissant pas l'illégalité du refus du renouvellement du titre de séjour, le moyen soulevé par la voie de l'exception de l'illégalité de ce refus à l'appui des conclusions d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. Pour les motifs exposés au point 4, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'autre part, de ce que le préfet a manifestement mal apprécié les conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A, doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le préfet du Finistère aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet du Finistère a interdit à M. A de retourner en France pendant un an compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire national, de l'absence de lien privé ou familial et de sa tentative d'obtention frauduleuse d'un titre de séjour. Cependant, outre que le dernier critère ne figure pas au nombre ceux à légalement retenir pour prendre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, compte tenu de la durée de six ans de présence de M. A en France, de l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de trouble à l'ordre public, le préfet a par ailleurs commis une erreur d'appréciation en prenant la décision contestée. Il s'ensuit, que cette dernière décision doit être annulée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. M. A n'établissant pas l'illégalité du refus de renouvellement du titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen soulevé par la voie de l'exception de l'illégalité de ces décisions à l'appui des conclusions d'annulation de celle fixant le pays de destination ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la remise du passeport et l'obligation de présentation :
14. Il résulte des articles L. 721-7 et L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. A ayant fait l'objet d'un délai de départ volontaire pouvait se voir astreinte à remettre son passeport et à se présenter aux services de police. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de police à Brest serait disproportionnée dans son principe et dans sa fréquence. En outre, M. A ne saurait utilement faire valoir que ces mesures ont un caractère humiliant et stressant, sont particulièrement coercitives et portent atteinte à sa liberté d'aller et venir. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet du Finistère du 18 juin 2024 doit être annulé en tant seulement qu'il interdit M. A de retour sur le territoire français pendant un an.
Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :
16. Le présent jugement implique seulement l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, correspondant à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français annulée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Finistère de faire procéder à l'effacement de ce signalement, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
17. L'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie essentiellement perdante, les conclusions présentées par M. A au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Finistère du 18 juin 2024 est annulé en tant seulement qu'il interdit M. A de retour sur le territoire français pendant un an.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de faire procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, où siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le président rapporteur,
Signé
N. Tronel L'assesseur le plus ancien,
Signé
F. Terras
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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