mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Vaillant, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, ainsi, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Berre, conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Berre,
- les observations de Me Vaillant, représentant M. A, qui souhaite insister sur le défaut d'examen dès lors que le requérant est entré régulièrement en France et qu'il a eu plusieurs titres de séjour jusqu'en 2023. Par ailleurs, M. A aurait déposé une demande de titre de séjour et n'aurait jamais eu connaissance de l'OQTF dont il a fait l'objet le 21 juillet 2023. L'avocate du requérant indique également que M. A a des problèmes de santé et que son frère est présent en France ; à cet égard, sa tumeur à la nuque rendrait ses obligations de pointage difficiles. Enfin, Me Vaillant précise qu'elle se désiste du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte,
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine qui affirme qu'aucun élément ne prouve que la demande de titre de séjour était complète. Par ailleurs, il rappelle que la mesure d'assignation à résidence est une mesure d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français laquelle a été notifiée à l'adresse connue par les services de l'État qui figure sur ses bulletins de salaire. Enfin, il précise que l'intéressé n'a pas respecté ses obligations de pointage jusqu'à présent.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 janvier 1996, est entré sur le territoire français en 2015. Entre 2015 et 2023, l'intéressé a bénéficié de plusieurs titres de séjour pour raisons médicales. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris un arrêté à son encontre, daté du 21 juillet 2023, portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours. Le 18 juillet 2024, M. A a été assigné à résidence par un nouvel arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette décision.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statuée. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté comporte la mention des circonstances de droit et de fait qui fondent la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Le moyen doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, si M. A se prévaut d'une erreur de fait dès lors le préfet n'aurait pas mentionné qu'il serait entré régulièrement sur le territoire français et que, par ailleurs, il aurait déposé une demande de titre de séjour, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dans la mesure où il est établi que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 21 juillet 2023 et que l'arrêté du 18 juillet 2024 portant assignation à résidence constitue une mesure d'application de cette décision. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant était en situation régulière à la date d'édiction de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Eu égard à ces éléments, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 622-1 ; 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français. L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article. ".
7. M. A affirme qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et donc d'une assignation à résidence en raison du fait qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce produite à l'instance que l'intéressé aurait transmis un dossier complet aux services de l'État qui aurait été en cours d'instruction à la date de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Par conséquent, M. A qui était en situation irrégulière le 21 juillet 2023 pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français puis d'une assignation à résidence.
8. En cinquième lieu, si le requérant indique qu'il n'a jamais reçu l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté a été dûment notifié à l'adresse administrative connue par les services de l'État qui figure également sur les bulletins de salaire de l'intéressé. Le moyen doit être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. L'arrêté attaqué astreint M. A à se présenter les mardi et jeudi à 16 heures, sauf les jours fériés ou chômés, à la Direction Zonale de la Police aux frontières à Saint-Jacques-de-la-Lande pour une durée de quarante-cinq jours. En dehors de ces obligations, il est loisible à M. A de circuler librement. En ce sens, l'arrêté portant assignation à résidence n'empêche nullement l'intéressé d'avoir une vie privée et familiale. Enfin, si M. A affirme que ses problèmes de santé et, plus spécifiquement ses douleurs à la nuque, l'empêche de respecter ses obligations de pointage, il n'apporte aucun élément de nature à justifier une telle impossibilité. Par conséquent, ni les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont été méconnues et le moyen doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de sa demande présentée sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.
La magistrate désignée,
signé
A. Le BerreLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026