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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404394

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404394

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme B, ressortissante comorienne, qui contestait l'arrêté du préfet du Morbihan du 23 février 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, dès lors que sa fille n'ayant plus la nationalité française, elle ne remplissait plus les conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code, de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, et de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Le Verger, doit être regardée comme demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 du préfet du Morbihan portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation et lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- les décisions sont insuffisamment motivées et souffrent d'un défaut d'examen ;

- elles ont été prises en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée

et familiale ;

- l'intérêt supérieur de ses enfants n'a pas été pris en compte ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il méconnait l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- et les observations de Me Zaegel, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est une ressortissante comorienne née en 1979. Entrée en France, en

mai 2016, elle a obtenu trois cartes de séjour temporaires successives " parents d'enfant français " du 17 novembre 2017 au 30 mai 2023. Elle sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, Mme B ne remplit plus les conditions prévues par cet article car si l'intéressée est mère d'un enfant, D C, née le 8 juillet 2016 à Pontoise, cette dernière ne possède plus la nationalité française. En effet, le tribunal judiciaire de Créteil a annulé la reconnaissance de l'enfant souscrite le 1er juin 2016 par M. E C en faveur de l'enfant dont Mme B était enceinte, mention inscrite sur l'acte de naissance de l'enfant, qui porte désormais le nom de sa mère, B. Par arrêté du 23 février 2024, le préfet du Morbihan a donc rejeté sa demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des motivations de l'arrêté contesté que le préfet du Morbihan mentionne les considérations de droit fondant ses décisions. Le préfet précise que Mme B ne remplit plus les conditions prévues par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile du fait que son enfant D C ne possède pas la nationalité française. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et, en particulier, du courrier de demande de titre de séjour du 27 avril 2023, que l'intéressée a seulement demandé la délivrance, d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " au motif " parents d'enfant français " et non une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité d'étranger malade. Mme B n'est en conséquence pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et souffre d'un défaut d'examen au motif qu'il ne fait aucunement mention de son état de santé alors qu'elle n'établit pas avoir mentionné son suivi pour diabète aux services de la préfecture. Au regard de l'ensemble de ces éléments et alors même qu'il n'ait également pas fait état des bulletins de salaire de Mme B attestant de périodes d'intérim, le préfet du Morbihan a suffisamment motivé l'arrêté attaqué du 23 février 2024 et le moyen doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de Mme B, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté, aurait entaché ses décisions litigieuses d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Par ailleurs, la requérante ne se prévaut d'aucun élément de sa situation qui n'aurait pas été examiné par le préfet et qui serait susceptible d'influencer le sens de la décision litigieuse.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas

dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine.

L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme B se prévaut de sa présence en France depuis cinq années, d'une activité professionnelle de 8 mois sur les 24 derniers mois et du fait que sa fille est scolarisée en France depuis plus de trois ans. Toutefois, l'intéressée, qui a bénéficié d'un titre de séjour l'autorisant à travailler ne justifie pas d'une particulière intégration. Elle travaille sur des missions courtes et ponctuelles en tant qu'agent d'entretien ou d'ouvrière de production. Par ailleurs, la déclaration anticipée de paternité de M. E C ayant permis à sa fille de bénéficier de la nationalité française a été annulée et, en dehors de sa fille, Mme B ne justifie pas d'autres liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français, ni d'une insertion quelconque, hormis la scolarisation de sa fille, malgré un temps de présence en France de plusieurs années. En outre Mme B ne produit aucune pièce de nature à démontrer une insertion professionnelle ou associative, et ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, si elle se prévaut de son état de santé et de son suivi pour diabète, alors qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour pour raisons de santé, elle ne justifie toutefois, par les pièces qu'elle produit, être dans l'impossibilité de poursuivre son traitement dans son pays d'origine.

Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaqués porteraient à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte excessive en méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point 4 ci-dessus. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de sa fille. En outre, l'intéressée n'établit pas qu'elle ne pourrait pas reconstituer la cellule familiale avec sa fille dans son pays d'origine. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, ni méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au points 5, en estimant que la situation de la requérante ne constituait pas un motif exceptionnel de nature à justifier une admission au séjour, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, Mme B n'est pas fondée, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français qui lui ont été faites.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points5 et 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement au conseil de Mme B d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Le Bonniec, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. Descombes

L'assesseur le plus ancien,

signé

P. Le Roux

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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