mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404445 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, M. A C B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 8 jours à compter du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ne sont pas suffisamment motivées ; elles sont irrégulières dès lors que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne comporte pas l'ensemble des informations exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; les trois signataires de cet avis ne sont pas identifiés ; la situation de M. B n'a pas été sérieusement examinée préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. B, qui souffre d'une grave pathologie, ne peut pas accéder à des soins adaptés à son état de santé dans son pays d'origine ; le préfet a également violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant la Sierra Leone comme pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ; cette décision viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour d'un an doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des autres décisions ; elle est entachée de défaut d'examen et de défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Jouno et les observations de Me Louis, substituant Me Le Strat, représentant M. B, ont été entendus au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :
1. En premier lieu, la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
2. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que l'avis rendu par le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne comporterait pas les mentions prévues à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 manque en fait.
3. En troisième lieu, il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que l'avis émis par le collège médical précité a été signé par des personnes y étant habilitées, dont l'identité et la qualité sont clairement précisées.
4. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. Il ressort des termes de l'avis du collège médical de l'OFII daté du 30 mai 2023 que l'état de santé du requérant est tel qu'un défaut de prise en charge médicale n'est pas de nature à avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers la Sierra Leone, pays de renvoi. Or aucun des éléments invoqués par le requérant, qui ne révèle pas la nature de la pathologie dont il souffre, ne permet de remettre en cause cette appréciation. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni erreur de droit que le préfet a estimé que le requérant n'entrait pas dans les prévisions de l'article précité.
6. En cinquième lieu, le requérant, qui se prévaut, des mentions de la décision de la Cour nationale du droit d'asile le concernant est certes fondé à soutenir que le préfet s'est mépris en estimant qu'il ne démontrait pas être dépourvu d'attaches familiales en Sierra Leone. Toutefois, alors que, par elle-même, cette dernière circonstance n'est pas déterminante, il ne justifie par aucune pièce de la réalité et de l'intensité des liens personnels et familiaux qu'il est susceptible d'avoir noués sur le territoire français depuis qu'il y est entré, en août 2018. En particulier, s'il allègue qu'il vit en couple avec une ressortissante guinéenne titulaire d'une carte de résident depuis trois ans et que tous deux entendent conclure un mariage ou un pacte civil de solidarité, il ne produit aucun élément tangible de nature à étayer une telle allégation. Dans ces conditions, le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaqués ne portent pas aux droits que M. B tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée.
7. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier, de même que de ce qui précède, que l'autorité préfectorale a adopté l'arrêté litigieux après un examen complet de la situation du requérant. Par suite le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
9. En second lieu, le requérant soutient qu'il court le risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Sierra Leone, du fait de son état de santé dégradé, de son origine ethnique peule et des mauvais traitements qu'il a subis en 1998 durant la guerre civile qui sévissait dans son pays. Toutefois, les risques médicaux invoqués ne sont, pour les motifs mentionnés ci-dessus, pas établis. Par ailleurs, les risques liés à l'origine ethnique du requérant ne sont étayés que par des extraits de rapports ou d'articles de portée générale, lesquels ne révèlent pas des persécutions systématiques de tout Peul en Sierra Leone. Enfin, la circonstance que le requérant ait subi des mauvais traitements en 1998 dans son pays d'origine n'est pas de nature à révéler qu'il pourrait en subir à ce jour en cas de retour. Ainsi, le moyen tiré d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les (.) décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
12. Le préfet a pris à l'égard du requérant une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sur le fondement de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mais il ne l'a motivée en fait que par référence à des " circonstances propres au cas d'espèce " dont il n'a pas précisé la consistance. Ainsi, cette décision ne peut être regardée comme comportant l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement. Elle ne peut dès lors qu'être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur le surplus des moyens.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'annulation mentionnée au point précédent n'implique aucune mesure d'exécution. Ainsi, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, prise à l'encontre de M. B le 22 mars 2024, est annulée.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Le Strat et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
T. JounoL'assesseur le plus ancien,
signé
E. Albouy
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026