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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404446

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404446

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDAHI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a examiné la requête de Mme A, ressortissante sénégalaise, contestant l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision préfectorale était légalement justifiée. En conséquence, la demande d'annulation de l'arrêté et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, Mme D A, représentée par Me Dahi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou, à défaut, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dahi d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour n'est pas établie ;

- il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a effectivement examiné sa situation au regard des " deux branches " de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; alors qu'elle a fourni tous ses contrats de travail et bulletins de paie à l'appui de sa demande présentée sur le fondement de cet article, le préfet lui a opposé l'absence de présentation d'une autorisation de travail ; le préfet a ainsi commis deux erreurs de droit ;

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplissait les conditions pour se voir délivrer ce titre de séjour, aussi bien au titre de sa vie privée et familiale, qu'au titre du travail ;

- cette décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative au droit de l'enfant ;

- elle soulève par la voie de l'exception l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la compétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie ;

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale relative au droit de l'enfant ;

- la compétence du signataire de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas établie ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 18 septembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy, rapporteur,

- et les observations de Me Dahi, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née en 1993, est entrée régulièrement en France le 28 octobre 2014, munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 21 octobre 2015. Elle a obtenu par la suite le renouvellement de son titre de séjour jusqu'au 11 décembre 2022. S'étant maintenue en France postérieurement à cette date et à l'achèvement de ses études, elle a sollicité le 26 janvier 2023 des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 juin 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté cette demande, a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Sénégal comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Mme A justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, sur laquelle il n'a pas déjà été statué, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme C B, directrice des étrangers en France et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties d'une mesure d'éloignement, les obligations de quitter le territoire français, et les interdictions le retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément relatif à sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a examiné le droit au séjour de Mme A, au regard des dispositions des articles L. 423-23, L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'agissant de ce dernier article il a envisagé sur son fondement aussi bien la délivrance d'un titre de séjour comportant la mention " salarié " que celle d'un titre de séjour comportant la mention " vie privée et familiale ", alors même qu'il n'a pas réitéré à l'appui de cet examen l'ensemble des constatations de faits énoncées lors de l'examen effectué sur le fondement des deux premiers articles. Par ailleurs, l'autorité préfectorale a opposé à la requérante l'absence d'autorisation de travail uniquement lors de l'examen de sa demande sur le terrain de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme une condition à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis deux erreurs de droit doit être écarté.

6. Si Mme A fait valoir qu'elle séjourne en France depuis la fin du mois d'octobre 2014 et qu'elle a été jusqu'au 11 décembre 2022 titulaire d'un titre de séjour, il est constant que cette partie de son séjour résulte de la durée de ses études qui ne saurait caractériser, à elle seule, la constitution et l'existence de liens particuliers en France. La requérante établit avoir obtenu en 2018, une licence de sciences humaines et sociales, mention " administration économique et sociale " à l'université de Rennes 2, avoir été inscrite au titre de l'année universitaire 2019/2020 en MBA 2 à l'institut des hautes études comptables et financières de Bruz, en Ille-et-Vilaine, et avoir été admise au niveau " Diplôme universitaire Création et maintenance des sites internet ", au titre de la même année par l'institut Montpellier Management, puis avoir été inscrite du 22 février 2021 au 7 novembre 2022 à une formation à distance, relevant de la formation professionnelle continue, préparant au MBA " Comptabilité Finance ". Mme A démontre également avoir travaillé durant ses études essentiellement en tant qu'agent de service ou femme de chambre dans le secteur hôtelier, puis avoir travaillé du mois d'août au mois de décembre 2022 pour la société Arkéa Banque en tant qu'assistante de gestion de niveau 1 en contrat à durée déterminée, d'octobre à décembre 2023 en intérim en tant que comptable, puis dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de 6 mois, par un cabinet d'expertise comptable. Elle était en recherche d'un emploi de comptable à la date de l'arrêté attaqué. Mme A est mère d'un garçon, né le 3 février 2023, qui souffre de troubles neuromoteurs au titre desquels les conséquences d'une absence de prise en charge médicale ne sont pas établies. Il n'est pas davantage démontré qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé au Sénégal. À l'appui de sa demande de titre de séjour la requérante a soutenu ne plus avoir de nouvelles du père de l'enfant depuis la naissance de ce dernier. Dans sa requête, elle fait désormais valoir être à nouveau enceinte du père de son fils, sans toutefois l'établir, ni soutenir qu'il serait de nationalité française ou qu'il serait en France en situation régulière. Mme A a, par ailleurs, une sœur en France, qui était, à la date de l'introduction de la requête, en attente du renouvellement de son titre de séjour et un cousin qui réside à Toulouse et est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cours de validité. Il est constant que le reste de sa famille réside au Sénégal. Au vu de l'ensemble de ces éléments, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu estimer sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la situation de Mme A ne révélait pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant que lui soit délivré, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de motifs exceptionnels justifiant que sur le fondement du même article lui soit délivré un titre de séjour portant la mention " salarié ".

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Au regard des faits caractérisant sa situation, rappelés au point 6, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. La décision refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour n'a pas pour effet de l'éloigner de son fils. Par ailleurs, il n'est pas établi que celui-ci devrait impérativement rester en France pour des raisons médicales ou afin de conserver un lien, dont la matérialité n'est pas établie, avec son père. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt supérieur du fils de Mme A, en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.

10. Il résulte des points 3 à 9 que les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

12. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour le motif exposé au point 3.

13. En deuxième lieu, Mme A qui n'établit pas que la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour est illégale, ne peut valablement invoquer cette illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 8. Les circonstances de fait rappelées au point 6 n'établissent pas que l'exécution de la mesure d'éloignement aurait pour Mme A des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

15. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté pour les motifs exposés au point 9.

16. Il résulte des points 11 à 15 que les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant interdiction de retour doit être écarté pour le motif exposé au point 3.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

13. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

14. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

15. Le préfet d'Ille-et-Vilaine fait valoir, afin de motiver l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de Mme A, que, si sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et si elle ne s'est pas déjà soustraite à une mesure d'éloignement, la durée de sa présence en France est liée " aux délais d'examens de la présente demande de titre de séjour ", qu'elle ne justifie pas de l'ancienneté des liens avec la France et de liens familiaux et personnels en France autres que ceux évoqués lors de l'examen de sa demande de titre de séjour et que ces liens ne sont pas exclusifs de ceux qu'elle conserve dans son pays d'origine. De tels motifs, qui au demeurant sont erronés, en fait, en ce qu'ils attribuent la présence en France de la requérante depuis la fin du mois d'octobre 2014 à l'instruction d'une demande de titre de séjour présentée en janvier 2023, et qui sont insusceptibles de révéler le respect de l'un des critères posés par la loi, ne sont pas de nature à justifier le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'annuler l'interdiction de retour prévue par l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête de Mme A présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. L'État ne pouvant pas être regardé comme la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par Mme A sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à Mme A, à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 26 juin 2024, comprise dans l'arrêté attaqué, par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a interdit à Mme A le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Dahi et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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