mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404684 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, et un mémoire enregistré le 12 août 2024, Mme A B, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour à son encontre d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision ne fixant pas de délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant une interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ambert, conseiller, en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- les observations de Me Le Strat, représentant Mme B, qui expose les moyens développés dans la requête et soutient en outre qu'il y a une contradiction entre la décision ne fixant pas de délai de départ volontaire, fondée notamment sur une absence de garanties de représentation et l'arrêté portant assignation à résidence qui indique que Mme B est hébergée chez son frère et justifie d'une résidence stable, effective et permanente, et que l'arrêté portant assignation à résidence est également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui expose les arguments en défense développés dans les écritures,
- et les explications D B, assistée d'une interprète en albanais.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Mme B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris la décision attaquée. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Si Mme B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, conformément à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de cet article. Le moyen tiré du vice de procédure est inopérant et doit ainsi être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
6. En l'espèce, l'arrêté attaqué mentionne que Mme B, née le 18 août 1965 en Albanie, déclare être entrée en France en 2018, être divorcée, être mère de deux enfants majeurs et avoir sa mère et son frère présents en France. Il indique également que, par une décision du 7 juin 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, et que son recours à l'encontre de cette décision a été rejeté par une décision du 15 novembre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. L'arrêté attaqué relève que Mme B n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Albanie. L'arrêté attaqué précise que Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 22 janvier 2020, qui n'a pas été exécutée et se maintient sur le territoire français sans avoir obtenu la délivrance d'un titre de séjour et se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour. L'arrêté attaqué mentionne également que Mme B déclare souffrir de problèmes cardiaques pour lesquelles elle serait suivie et qu'elle a présenté une ordonnance du 1er juillet 2024 et déclare ne pas avoir déposé de demande de titre de séjour pour raisons de santé. Les éléments de fait mentionnés dans l'arrêté attaqué permettent d'apprécier que la situation du requérant a fait l'objet d'une vérification du droit au séjour en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort ainsi ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation D B. Au regard de ces éléments, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation et de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 24 août 2018, est divorcée et mère de deux enfants majeurs. Il ressort des pièces du dossier que sa mère et son frère sont présents en France. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que ses deux enfants majeurs seraient présents sur le territoire français. Mme B est bénévole auprès d'une association de distribution alimentaire depuis septembre 2022 et dispose d'une promesse d'embauche à temps partiel de la part d'une société de nettoyage. Au regard de ce qui précède, l'éloignement de la requérante ne porte pas, au regard des seuls éléments produits au dossier, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Ainsi qu'il a été dit au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux enfants majeurs D Mme B seraient présents sur le territoire français. Son maintien en France ne garantirait ainsi pas nécessairement sa présence continue à leurs côtés. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'aurait pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ses enfants en décidant de l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit ainsi être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de la décision ne fixant pas de délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 2, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
13. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés au point 6, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
15. Si Mme B indique être hébergée chez son frère, présent à l'audience, et justifier ainsi de garanties de représentation, il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 22 janvier 2020 qui n'a pas été exécutée. Si Mme B argue du contexte sanitaire international imposant des restrictions de déplacement afin de justifier cette non-exécution, les restrictions de déplacement ont toutefois été levés depuis de nombreux mois avant l'édiction de la décision attaquée. Le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait ainsi seulement se fonder sur le 5° de l'article L. 612-1 et sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile afin d'édicter la décision ne fixant pas de délai de départ volontaire. En édictant la décision ne fixant pas de délai de départ volontaire, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a ainsi pas méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit ainsi être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision ne fixant pas de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 2, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
18. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés au point 6, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.
19. En troisième lieu, les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination en conséquence de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
21. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
22. Mme B soutient que son retour en Albanie l'expose à un traitement inhumain ou dégradant dès lors qu'elle souffre de problèmes cardiaques et qu'elle a quitté l'Albanie en raison de craintes pour sa sécurité. Toutefois, en se bornant à joindre au dossier une ordonnance médicale du 1er juillet 2024, elle n'établit pas ses allégations et ne justifie notamment pas que les médicaments qu'elle prend ne seraient pas disponibles en Albanie. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la fixation de l'Albanie, pays dont elle possède la nationalité, comme pays de destination, méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de la décision fixant une interdiction de retour :
24. En premier lieu, pour les motifs énoncés au point 2, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
25. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés au point 6, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.
26. En troisième lieu, les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant une interdiction de retour en conséquence de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
27. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
28. En cinquième lieu, pour les motifs énoncés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
29. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".
30. Il ressort des pièces du dossier que Mme B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Sa situation relève ainsi de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne s'applique que lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du même code, est ainsi inopérant et doit être écarté.
31. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant une interdiction de retour doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
32. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () ".
33. Il ressort des pièces du dossier que Mme B fait l'objet d'un arrêté du 31 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire assortie d'une interdiction de retour d'un an. Le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait ainsi assigner à résidence Mme B pour une durée de quarante-cinq jours aux fins d'organiser l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet. Il n'a ainsi pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit être écarté.
34. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
35. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
36. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête D B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. AmbertLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026