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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404742

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404742

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. A B, représenté par Me Potin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du président de l'université de Bretagne occidentale (UBO) du 24 octobre 2023, confirmée le 21 février 2024, portant refus de requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée ;

2°) d'enjoindre à l'UBO de transformer son contrat en contrat à durée indéterminée en qualité d'enseignant à compter du 1er septembre 2022 et d'ordonner la poursuite de sa relation contractuelle pour l'année universitaire 2024/2025, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'UBO la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle et financière ; elle le prive, à compter du 31 août 2024, des ressources financières lui permettant d'assumer les charges incompressibles de son foyer, s'élevant à la somme de 1 235 euros, hors dépenses courantes, notamment alimentaires ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* à titre principal, elle est entachée d'erreur de droit : il occupe des fonctions d'enseignant au sein de l'UFR des sciences du sport et de l'éducation puis du service universitaire des activités physiques et sportives de l'UBO depuis le 1er septembre 2016, de sorte qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2022 ;

* à titre subsidiaire, elle est entachée d'un défaut de motivation en droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, l'université de Bretagne occidentale (UBO), représentée par la Selarl Coudray - Urbanlaw, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête en annulation est irrecevable en tant qu'elle est tardive ; un refus de transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée a été opposé à M. C le 24 octobre 2023 ; l'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision le 22 décembre 2023, qui a été rejeté le 21 février 2024 ; le recours en annulation, enregistré le 23 juillet 2024, est tardif ;

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : M. B demande la suspension de l'exécution du refus de passage en contrat à durée indéterminée et non de la décision de non-renouvellement de son contrat à durée déterminée ; il n'y a pas de lien de causalité entre la décision qu'il conteste et les préjudices, notamment financiers, qu'il évoque ; la réalité et la gravité du préjudice financier allégué ne sont pas établies, M. B ne donnant aucun élément quant à l'existence d'éventuels autres revenus au sein du foyer, alors même que son épouse est professeur des écoles ; M. B est à l'origine de la situation qu'il invoque, dès lors qu'il a attendu plus de cinq mois pour saisir le tribunal administratif de la décision qu'il conteste, et alors même qu'il avait été informé dès le mois de mai 2023 de ce que son contrat serait renouvelé une dernière fois jusqu'au 31 août 2024 ;

- M. B ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :

* les dispositions du code général de la fonction publique invoquées par M. B à l'appui de sa demande de passage en contrat à durée indéterminée ne sont pas applicables aux enseignants recrutés sur le fondement des dispositions de l'article L. 954-3 du code de l'éducation ;

* la décision est suffisamment motivée.

Vu :

- la requête au fond n° 2404291, enregistrée le 23 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juillet 1999 ;

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- l'arrêté du 26 décembre 2008 fixant la liste des établissements publics bénéficiant des responsabilités et compétences élargies en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines prévues aux articles L. 712-9, L. 712-10 et L. 954-1 à L. 954-3 du code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 août 2024 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Me Potin, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et précise notamment que :

* la requête n'est pas tardive, dès lors que la décision en litige ne comportait pas les voies et délais de recours ;

* la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que M. B sera privé d'emploi et de toutes ressources à compter du 1er septembre 2024 ; le délai de saisine du tribunal s'explique par le fait qu'il a tenté de trouver une solution amiable ;

* les dispositions de la loi n° 2005-843 s'appliquent aux contrats conclus en application des dispositions de l'article L. 954-3 du code de l'éducation, de sorte que son dernier contrat doit être requalifié en contrat à durée indéterminée ;

- les observations de Me Emelien, représentant l'université de Bretagne occidentale, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que :

* les fonctions d'enseignement qu'exerçait M. B ont été confiées à un enseignant titulaire ;

* la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ; la situation financière n'est pas suffisamment étayée pour que soit retenue une atteinte significative aux intérêts de M. B, outre que la perte de revenus procède davantage du non-renouvellement de son contrat que du refus de sa transformation en contrat à durée indéterminée ; M. B percevra une allocation d'aide au retour à l'emploi ; ses charges peuvent également être assumées par son épouse, professeur des écoles ; aucune tentative de médiation ou négociation préalable n'est établie ; M. B a toujours été informé que le contrat conclu en septembre 2023 serait le dernier ; il n'a entamé aucune démarche pour trouver un emploi, de sorte que l'atteinte éventuelle à sa situation ne procède que de son imprudence, voire de sa négligence ;

* aucune disposition législative ou réglementaire n'impose qu'un contrat d'enseignement au sein d'une université soit transformé en contrat à durée indéterminée au-delà de six ans.

La clôture de l'instruction a été différée en dernier lieu au 2 septembre 2024 à 16 h.

Un mémoire a été présenté pour l'université de Bretagne occidentale, enregistré le 30 août 2024, aux termes duquel elle persiste dans ses conclusions initiales.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par l'université de Bretagne occidentale (UBO) en qualité d'enseignant contractuel, par un premier contrat conclu du 1er septembre 2016 au 31 août 20217 à temps partiel (50 %), renouvelé du 1er septembre 2017 au 31 août 2018 pour la même quotité travaillée, puis du 1er septembre 2018 au 31 août 2021 (à temps plein à compter du 1er septembre 2020), puis de nouveau trois fois pour une durée d'un an, à compter du 1er septembre 2021. Informé de ce que son contrat ne serait pas renouvelé au-delà du 31 août 2024, M. B a sollicité, le 6 octobre 2023, la transformation de son contrat d'enseignement en contrat à durée indéterminée, rejetée par décision du 24 octobre 2023, confirmée sur recours gracieux par décision du 21 févier 2024. M. B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre ces décisions portant refus de requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, compte tenu de la succession de contrats de recrutement conclus par M. B avec l'UBO, le moyen tiré de ce qu'en application combinée des dispositions, d'une part, des articles 4 et 6 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, désormais codifiés aux articles L. 332-2 et L. 332-4 du code général de la fonction publique et, d'autre part, des articles L. 951-2, L. 952-1 et L. 954-3 du code de l'éducation, les contrats conclus après le 1er septembre 2022 ne pouvaient l'être que pour une durée indéterminée paraît propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du président de l'UBO du 24 octobre 2023, confirmée sur recours gracieux le 21 février 2024, portant refus de requalification de son contrat de travail en contrat à durée indéterminée.

4. En revanche, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. Pour établir l'existence d'une situation d'urgence, M. B soutient que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle et financière, qu'elle le prive, à compter du 31 août 2024, des ressources financières lui permettant d'assumer les charges incompressibles de son foyer, s'élevant à la somme de 1 235 euros, hors dépenses courantes, notamment alimentaires et que le délai mis à saisir le tribunal s'explique par la tentative de médiation qu'il a mis en œuvre, par l'intermédiaire d'un syndicat.

6. Pour autant, ainsi que le fait valoir l'UBO en défense, les seules pièces produites par M. B ne suffisent pas à établir la précarité de sa situation financière et l'impossibilité qui serait le sienne d'assumer les charges de son foyer, dès lors qu'il omet de prendre en considération les revenus de son épouse, professeur des écoles, ainsi que les allocations de retour à l'emploi qu'il est en droit de percevoir, alors même, au demeurant, que la perte de ses revenus n'est pas directement causée par la décision de ne pas requalifier son contrat de travail en contrat à durée indéterminée, mais par la seule décision de ne pas renouveler son contrat de recrutement, décision de rupture du lien contractuel, distincte de la décision en litige et qu'il ne conteste pas, que l'UBO aurait en tout état de cause pu prendre, compte tenu du motif fondant ce non-renouvellement, sous réserve toutefois de respecter la procédure adéquate de licenciement. Par ailleurs, M. B, qui a attendu le mois d'août 2024 pour contester la décision en litige, datant d'octobre 2023, peut, malgré les deux démarches dont il justifie pour retrouver un emploi, réalisées en mai et juillet 2024, et la tentative de discussion entamée par les syndicats et l'UBO sur sa situation, être regardé comme étant pour partie à l'origine de la situation d'urgence qu'il invoque. Ainsi, en l'état du dossier et de l'argumentation développée par M. B, la condition tenant à l'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas satisfaite. Les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de la décision du président de l'UBO du 24 octobre 2023, confirmée le 21 février 2024, portant refus de requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.

10. Par ailleurs, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'UBO au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à l'université de Bretagne occidentale.

Fait à Rennes, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

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