mercredi 21 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 août 2024, M. A B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, ainsi que ses modalités ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat de la somme de 1500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision d'assignation à résidence est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une violation de son droit au maintien sur le territoire garanti par l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les mesures d'accompagnement de la décision portant assignation à résidence sont entachées d'un défaut d'examen et d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pottier, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pottier ;
- les observations de Me Louis, représentant M. B, qui reprend et développe les moyens tirés du défaut d'examen et de motivation et qui soutient que M. B n'a pas reçu notification de la décision de 'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 15 mai 2023.
- et les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui relève que M. B a déclaré vivre dans une tente, que l'assignation à résidence dans un hôtel paraît préférable à la situation de vulnérabilité qu'il fait valoir, et qu'en outre il peut demander des dérogations aux mesures d'accompagnement de l'assignation à résidence pour raisons médicales.
La clôture de l'instruction a été prononcée à la fin de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien né le 14 décembre 1960, a déposé une demande d'asile le 22 juin 2021 rejetée par une décision du 10 novembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile notifiée le 15 novembre 2022. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet de la Haute-Loire du 1er décembre 2022, assortie d'une interdiction de retour d'un an sur le territoire français. Il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été placée en procédure accélérée le 11 mai 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 5 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B a déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen :
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 733-1 dudit code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Et aux termes son article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
4. La décision portant assignation à résidence énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment l'obligation de quitter le territoire français du 1er décembre 2022 sur laquelle elle est fondée, le parcours administratif et la situation familiale du requérant. Le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'était pas tenu de faire référence, de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, a ainsi suffisamment motivé sa décision, sans que l'absence de mention de pathologies que le requérant a mentionnées lors de son audition le 5 août 2024 par les services de la police aux frontières révèle un défaut d'examen. En outre, ni le choix de la durée d'assignation à résidence ni l'obligation de présentation périodique aux services de police ou de gendarmerie ne sont soumis à une obligation de motivation spécifique. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent dès lors être écartés.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du droit au maintien du requérant sur le territoire :
5. Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ". Aux termes de l'article L. 531-42 du même code : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. / L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision. /() Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 1er décembre 2022, le préfet de Haute-Loire a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et lui a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Si, postérieurement à la notification de cette obligation de quitter le territoire français, l'intéressé a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, il ressort des pièces du dossier que ladite demande de réexamen a été placée en procédure accélérée le 11 mai 2023 par l'OFPRA, qui a rejeté cette demande pour irrecevabilité en application des dispositions précitées des articles L. 521-32 et L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par une décision du 25 mai 2023. Cette décision a été notifiée à l'intéressé le 3 juillet 2023 selon la mention figurant au fichier TelemOfpra, dont il n'est pas établi qu'elle serait erronée. Par conséquent, le requérant qui s'est ainsi vu notifier une décision d'irrecevabilité de sa demande de réexamen placée en procédure accélérée, avait, en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, perdu le droit de se maintenir sur le territoire français. Le préfet pouvait par suite, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 542-1, ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, considérer que M. B avait perdu, depuis la notification de la décision de l'OFPRA, le droit au maintien sur le territoire.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation soulevé contre l'assignation à résidence ainsi que les mesures qui l'accompagnent :
7. Enfin, s'il fait valoir qu'il est atteint d'hépatite C et bénéficie à ce titre d'un suivi au centre hospitalier universitaire de Rennes, toutefois, M. B en produisant des certificats médicaux faisant état de la nécessité d'un suivi médical et de sa particulière vulnérabilité, n'établit pas que la décision d'assignation à résidence serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, alors qu'au surplus, cette décision d'assignation à résidence lui permet d'être hébergé dans un logement alors qu'il a déclaré, lors de son audition par les services de police, vivre habituellement de façon précaire sous une tente dans un parc.
8. Par ailleurs si le requérant soutient que les mesures portant obligation de pointage les mardi et jeudi, sauf les jours fériés et chômés, à dix-sept heures à la direction de la police de l'air et des frontières à Saint-Jacques-de-La-Lande, interdiction de sortir de la commune de Rennes sauf exceptions, et astreinte de demeurer à l'adresse à laquelle il est hébergé à Rennes entre dix-huit heures et vingt-et-une heures chaque jour y compris les week-ends et jours fériés sont disproportionnées au regard de son état de santé, il n'établit toutefois pas que ces mesures feraient obstacle à sa prise en charge médicale alors qu'il est soigné à Rennes et qu'il n'apporte pas la preuve d'une contrainte particulière qui l'empêcherait de satisfaire à ces obligations de présentation pour lesquelles il lui est en outre loisible de demander une dérogation. Par conséquent, les mesures d'accompagnement de la décision d'assignation ne présentent pas de caractère disproportionné ni ne sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 5 août 2024 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à la charge de l'État la somme que M. B demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2024.
La magistrate désignée,
signé
F. PottierLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026