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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404794

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404794

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGOBA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B, ressortissant comorien, qui contestait l'arrêté du préfet du Morbihan lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée et que, bien que le préfet ait commis une erreur de droit en estimant qu'un membre de la famille ne pouvait être un tiers de confiance, ce motif n'était pas déterminant. En effet, M. B ne justifiait pas suivre une formation depuis au moins six mois, condition requise par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Par conséquent, les moyens soulevés, y compris la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, et un mémoire enregistré le 28 août 2024, M. A B, représenté par Me Goba, demande, dans le dernier état de ses écritures, au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de territoire à son encontre d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

S'agissant de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les articles L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le motif tiré de ce que le tiers de confiance auquel M. B a été confié ne pouvait être sa sœur est erroné mais qu'il pouvait se fonder uniquement sur les autres motifs afin d'édicter la décision lui refusant un titre de séjour et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ambert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien né le 28 janvier 2006, est entré en France le 26 décembre 2022 sous couvert d'un visa de type C. Il a été placé sous tutelle auprès de sa sœur jusqu'à sa majorité. Le 29 mars 2024, M. B a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 juillet 2024, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de territoire à son encontre d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Morbihan a pris la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été confié à l'âge de dix-sept ans le 30 janvier 2023 à sa sœur jusqu'à sa majorité. Le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour en estimant notamment que le tiers de confiance mentionné à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être un membre de sa famille. Ainsi que le préfet du Morbihan le reconnaît lui-même dans son mémoire en défense, il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le tiers de confiance ne puisse pas être choisi parmi un membre de la famille. Le préfet du Morbihan fait valoir qu'il pouvait se fonder sur les seuls autres motifs de sa décision afin de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été inscrit aux cours en apprentissage à compter du 4 décembre 2023 afin de préparer un certificat d'aptitude professionnelle de boulanger mais sa formation a été interrompue le 29 février 2024. M. B ne justifie ainsi pas suivre une formation depuis au moins six mois à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. M. B soutient que deux demandes d'autorisation de travail le concernant ont été effectuées et qu'il bénéfice d'une promesse d'embauche. Il indique avoir effectué des stages de boulanger en mai 2024 et juillet 2024. Ces seuls éléments ne suffisent néanmoins pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit ainsi être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 26 décembre 2022 à l'âge de seize ans et onze mois et a été placé sous tutelle auprès de sa sœur jusqu'à sa majorité. Il est célibataire et sans enfant à charge et indique avoir également une autre sœur présente en France. Au vu de ces seuls éléments, le refus de délivrance d'un titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent ainsi être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions en annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

10. Pour les motifs énoncés aux points 2 et 8, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions en annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. B n'est assortie d'aucune motivation spécifique alors d'une part, que s'agissant d'une interdiction de retour édictée sur le fondement de l'article L. 613-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne s'agit que d'une faculté pour le préfet et, alors d'autre part, que l'article L. 613-8 de ce code impose que les motifs des décisions relatives aux interdiction de retour soient indiqués. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit ainsi être accueilli.

14. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 26 décembre 2022 sous couvert d'un visa de type C et a été placé sous tutelle auprès de sa sœur jusqu'à sa majorité. Le 29 mars 2024, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été rejetée par l'arrêté litigieux. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement sur le territoire français et n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement précédente. Il n'est pas même allégué qu'il constituerait une menace à l'ordre public. Par suite, le préfet du Morbihan a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

15. Il résulte de ce qui précède que l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui fait droit aux seules conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2024 du préfet du Morbihan est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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