vendredi 15 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404819 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BENGONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 août 2024, M. A B, représenté par Me Jeanne Bengono, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet du Morbihan pris le 18 mars 2024, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois ;
- à défaut, de prendre, dans un délai de quinze jours, une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de cette décision, un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Bengono en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté formalisant chacune des décisions attaquées a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- le refus de séjour a été opposé en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus opposé à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi seront annulées par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour et la décision fixant le pays de renvoi sera également annulée par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, le préfet du Morbihan demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 11 octobre 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 octobre 2024 à partir de 9h15.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est un ressortissant comorien qui est né le 4 mars 1980. Il indique qu'il séjourne en France depuis qu'il y est entré au cours du mois de novembre de l'année 2010. Il a saisi le préfet du Morbihan d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire en invoquant le bénéfice des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 mars 2024, le préfet du Morbihan a rejeté cette demande, assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ".
3. L'arrêté du 18 mars 2024 a été signé, non pas par le préfet du Morbihan, mais "pour le préfet", par Mme D C en qualité de cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité au sein de la préfecture de ce département. Cette autorité signataire bénéficiait, en vertu de l'article 3 de l'arrêté du préfet du Morbihan pris le 29 août 2022, publié le 31 août suivant au recueil des actes administratifs de ce même département, d'une délégation de signature. Cette délégation permet à Mme C de signer les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de l'arrêté formalisant le refus de séjour opposé au requérant doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an (). / Les liens () sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
5. M. B se prévaut de la durée de sa présence en France ainsi que de sa vie commune, et plus largement de sa relation, avec sa partenaire de pacte civil de solidarité, une ressortissante comorienne titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2033 et dont trois de ses cinq enfants, nés de précédentes relations, vivent encore auprès d'eux. Cependant, il ressort des pièces du dossier que leur pacte civil de solidarité n'a été conclu que le 8 septembre 2023, soit depuis seulement six mois à la date du refus de séjour en litige, à laquelle s'apprécie sa légalité. A supposer même que le courrier de la partenaire de M. B, produit à l'appui de la demande de titre de séjour, puisse suffire, par lui-même, à établir que la vie commune aurait débuté au cours du mois de novembre de l'année 2022, la durée de cette vie commune ne s'établirait alors qu'à dix-sept mois. Les seules attestations produites par la partenaire de M. B et par quatre de ses cinq enfants, dont certains évoquent un début de relation au cours de l'année 2020, ne sont pas suffisamment circonstanciées et ne sont pas assorties d'autres documents, tels que notamment des photographies et des témoignages précis de proches, permettant de corroborer les allégations du requérant relatives à la date du début de la relation qu'il invoque, qui serait antérieure de quatre années par rapport à la date du refus de séjour en litige. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu en France au-delà de la durée de validité du visa qui lui a été délivré pour entrer en France en vue d'y effectuer un court séjour et qu'il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français opposées par le préfet du Gard les 4 mai 2016 et 23 juillet 2019. M. B n'allègue pas, par ailleurs, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de 30 ans. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les liens personnels et familiaux du requérant avec la France ne sont pas tels que le refus de l'autoriser à y séjourner porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le refus de séjour en litige ne procède pas d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ".
7. Les énonciations invoquées de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ne constituent que des orientations générales destinées à éclairer l'autorité préfectorale dans la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces énonciations à l'appui de ses conclusions.
8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5 concernant les liens familiaux de M. B en France et alors qu'il se borne à indiquer qu'il apporte un soutien financier à sa partenaire, qui dispose de faibles salaires, par l'exercice d'activités professionnelles non déclarées, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de l'intéressé ne répondait à aucune considération humanitaire et ne se justifiait pas par des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, un refus de séjour ne peut être légalement opposé s'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'un ressortissant étranger et s'il méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5 concernant les liens personnels et familiaux de M. B en France, le moyen tiré de la méconnaissance, par le refus de séjour en litige, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de séjour opposé par l'arrêté du 18 mars 2024 pris par le préfet d'Ille-et-Vilaine.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, en vertu des articles R. 613-1 et R. 721-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de département est compétent pour prononcer une obligation de quitter le territoire français et pour fixer le pays de renvoi en cas d'exécution d'office d'une telle obligation.
13. La délégation de signature mentionnée au point 2 du présent jugement couvre également les décisions énonçant une obligation de quitter le territoire français et relatives au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de l'arrêté formalisant les décisions ayant cet objet, opposées à M. B, ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour opposé à M. B ayant été rejetées, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet doit être annulée par voie de conséquence. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette mesure d'éloignement doivent être également rejetées. Il en résulte que l'intéressé n'est pas davantage fondé, par son ultime moyen, à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure d'éloignement.
15. L'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B devant être rejetées, doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. David Labouysse, président,
M. David Bouju, premier conseiller,
Mme Catherine René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
D. E
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
D. Bouju
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026