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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404832

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404832

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOZLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 août et 9 septembre 2024, M. F A, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ; les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ne mentionnent pas ses attaches familiales sur le territoire français ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaissent les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme René a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, ressortissant algérien né le 8 février 1987 est entré en France le 20 juin 2023. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 9 août 2024 dont il demande l'annulation, le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C. Par un arrêté du 29 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à M. B E, directeur de la citoyenneté et de la légalité et, en cas d'absence et d'empêchement de ce dernier, à Mme D C, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, à l'effet de signer notamment les décisions d'obligation de quitter le territoire français avec et sans délai, les décisions de fixation du pays de destination, ainsi que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté en litige que les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, y compris s'agissant des attaches familiales dont se prévaut le requérant en France. Ainsi le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation des décisions en litige, que le préfet du Morbihan doit être regardé comme ayant procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle de M. A. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'un examen particulier et sérieux de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990, stipule : " I - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. / Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". Les articles R. 621-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que la déclaration obligatoire mentionnée à l'article 22 de la convention de Schengen est souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne et qui est en provenance directe d'un État partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. Selon l'article R. 621-2 du même code, la déclaration est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale contre remise d'un récépissé.

6. Le moyen, soulevé dans la requête, tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier de bien-fondé. A supposer que M. A ait entendu soutenir que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur de droit en relevant dans l'arrêté attaqué qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il disposait d'un visa délivré par les autorités espagnoles et d'un billet d'avion, ces circonstances ne le dispensaient pas de souscrire une déclaration dans les conditions prévues par les dispositions citées au point précédent. En lui opposant son entrée irrégulière sur le territoire français, le préfet n'a dès lors pas commis d'erreur de droit.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

8. Si M. A, à l'appui de son moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fait valoir que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort de la motivation de cette décision que cette dernière n'est pas fondée sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur le 3° du même article qu'elle vise. Le préfet, qui n'a ainsi pas retenu la menace à l'ordre public que le comportement du requérant constituerait, s'est seulement fondé, pour le priver d'un délai de départ volontaire, sur l'entrée irrégulière de l'intéressé en France, son maintien irrégulier sur le territoire français et sa déclaration selon laquelle il ne voulait pas retourner dans son pays d'origine, ainsi qu'il ressort de son procès-verbal d'audition établi le 9 août 2024 en gendarmerie. Dans ces conditions, le moyen énoncé ci-dessus doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due au droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. A, qui est arrivé très récemment en France le 29 juin 2023, est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence régulière sur le territoire français de son frère et de sa sœur, il ne justifie pas de ces liens familiaux et ne démontre pas l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec ces derniers, lesquels résidaient au demeurant, lors de la délivrance de leurs titres de séjour, respectivement dans les départements du Rhône et de la Seine Saint-Denis. Il ne justifie par ailleurs d'aucune autre attache personnelle et familiale sur le territoire français, ni n'établit percevoir des revenus stables de son activité professionnelle qui est en tout état de cause récente. Dans ces conditions, et à supposer même qu'il n'aurait pas maintenu de liens avec son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions obligeant M. A à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire porteraient au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ".

12. Le requérant n'apporte pas d'éléments précis et concordants de nature à établir l'existence de la discrimination qu'il invoque. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est d'ailleurs pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut dès lors qu'être écarté.

13. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que " l'interdiction de retour n'est pas justifiée ", M. A n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande de verser à son avocat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

D. LabouysseLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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