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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404937

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404937

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL ARES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme D B, étudiante en L.AS 2-3, qui contestait son non-admission en deuxième année de médecine pour la rentrée 2024. La requérante demandait notamment la communication du mode de calcul de sa note harmonisée, la convocation de nouveaux étudiants à un oral et le respect du nombre de 80 admis en L.AS. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, Mme B ayant attendu le 22 août 2024 pour saisir le tribunal alors qu'elle connaissait sa non-admission depuis mai 2024, et qu'elle était inscrite en filière pharmacie. Par ailleurs, aucun moyen soulevé n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, l'interclassement des étudiants de différentes L.AS étant conforme au principe d'égalité et aux dispositions de l'arrêté du 4 novembre 2019.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2024, Mme D B, demande au juge des référés de prendre les mesures pour que le mode de calcul de sa note harmonisée soit expliqué et chiffré, que de nouveaux étudiants de L.AS 2-3 soient convoqués à un oral afin de respecter le fonctionnement annoncé en début d'année (classement des élèves selon la réussite aux écrits et à l'oral), que le nombre d'admis de L.AS 2-3 en seconde année de médecine soit respecté, à savoir 80 et non 75 et, enfin qu'elle soit admise en seconde année de médecine.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée car la rentrée en deuxième année de médecine est le 1er septembre 2024 ;

- elle a été lésée par la mise en œuvre de l'harmonisation des notes ;

- le mode de calcul semble ne reposer que sur le rang de l'étudiant au sein de la licence ; il lui a été indiqué que le résultat aurait été différent si elle avait choisi une autre mineure ;

- le nombre d'étudiants de L.AS 2-3 reçus en deuxième année de médecine 2024-2025 est moindre que celui qui avait été annoncé ; les places restantes ont été attribuées aux étudiants PASS ;

- les modalités d'évaluation entre les L.AS divergent et sont inéquitables : pour certaines, les évaluations sont sous forme de QCM, parfois à points négatifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, l'université de Rennes, représentée par la Selarl Ares, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que :

* elle ne précise pas son fondement juridique ;

* la requête en annulation n'est pas jointe au dossier ;

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : l'intérêt public justifie de ne pas suspendre l'exécution d'une décision de non-admission en deuxième année de médecine dès lors qu'une telle suspension aurait pour conséquence d'affecter la situation des étudiants déjà limitativement admis en deuxième année de médecine et de rendre nécessaire l'organisation de nouvelles épreuves orales, dont il résulterait un nouveau classement, alors que la rentrée a déjà eu lieu ; Mme B ne peut se prévaloir de l'imminence de la rentrée universitaire, dès lors qu'elle a eu connaissance de la décision d'ajournement en mai 2024 et a attendu le 22 août 2024 pour saisir le juge des référés ; Mme B a été admise en filière pharmacie, ce qui préserve ses chances d'intégrer ultérieurement médecine, dans le cadre du dispositif de passerelle, outre qu'il s'agit d'une filière qu'elle a choisie ; son inscription a été validée le 22 août 2024 et elle s'était désistée de sa candidature dans les autres filières ;

- Mme B ne soulève aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision qu'elle conteste ; en particulier :

* le Conseil d'État a considéré que les étudiants issus de différentes L.AS constituent un même groupe de parcours, alors même que les disciplines évaluées sont différentes, ce qui ne méconnaît pas le principe d'égalité ;

* la sélection s'est faite selon l'interclassement par ordre de mérite mis en place par l'université ; cet interclassement ne peut être utilement contesté au contentieux ; les modalités de cet interclassement sont appliquées pour tous les étudiants, à l'identique ; l'harmonisation des notes ne peut donc être contestée ;

* les dispositions de l'article 12 de l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de santé prévoient que le jury fixe les notes minimales permettant l'accès direct en deuxième année et l'accès au second groupe d'épreuves ; dès lors que le nombre d'étudiants en L.AS ayant atteint ces seuils étaient inférieurs au nombre de places attribuées en L.AS, celles-ci ont été réattribuées à des candidats provenant de PASS, ayant atteint les seuils requis.

Vu :

- la requête au fond n° 2403771, enregistrée le 5 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 9 mars 2018 relatif au cadre national sur les attendus des formations conduisant à un diplôme national relevant du ministère chargé de l'enseignement supérieur ;

- l'arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l'accès aux formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Mme D B et de Mme A B, sa mère, qui concluent aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et précisent notamment que :

* les modalités d'harmonisation des notes pour permettre l'interclassement des étudiants provenant de cohortes différentes ne sont pas cohérentes, dès lors que les majorations accordées sont différentes selon les étudiants, sans rapport avec leurs notes et leur classement respectif, ce qui a pour effet de réduire ou creuser les écarts, sans explications ;

* la formule d'harmonisation n'est pas publiée ni accessible ;

* l'ensemble des places prévues n'ont pas été attribuées aux étudiants de L.AS 2-3 ;

* tous les étudiants convoqués à l'oral, au second groupe d'épreuves, ont été admis ; l'oral n'a donc aucunement permis une sélection ; d'autres étudiants auraient pu et dû être convoqués, dont elle, compte tenu de son classement ;

- les observations de Me Kerrien, représentant l'université de Rennes, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que :

* Mme B est inscrite en pharmacie et pourra rejoindre le parcours médecine par une passerelle ;

* la méthode d'interclassement mise en œuvre procède d'une formule mathématique complexe, qui permet de classer les étudiants provenant de multiples filières, aux effectifs différents, et dont les compétences sont appréciées par des méthodes ou types d'épreuves différentes ;

* le jury a fixé la note seuil permettant d'accéder au second groupe d'épreuves, en filière médecine, que Mme B n'a pas obtenue ; elle ne pouvait donc prétendre être sur liste complémentaire ;

* les épreuves entre les différentes L.AS peuvent être très variées, sans que cela n'induise une rupture d'égalité entre les étudiants, devant être interclassés ;

- les explications de M. E, représentant le directeur des études, et de Mme C, directrice des affaires juridiques de l'université de Rennes, qui précisent les modalités selon lesquelles l'harmonisation des notes et l'interclassement sont réalisés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Inscrite en deuxième année de licence mathématiques, option accès santé, au cours de l'année universitaire 2023/2024 à l'université de Rennes, Mme B a, après harmonisation de ses notes et interclassement avec les autres étudiants de L.AS 2, été ajournée pour le recrutement en filière de médecine, sans être convoquée aux épreuves orales du second groupe. Demandant au juge des référés de prendre les mesures pour que le mode de calcul de sa note harmonisée soit expliqué et chiffré, que de nouveaux étudiants de L.AS 2-3 soient convoqués à un oral afin de respecter le fonctionnement annoncé en début d'année (classement des élèves selon la réussite aux écrits et à l'oral), que le nombre d'admis de L.AS 2-3 en seconde année de médecine soit respecté, à savoir 80 et non 75 et, enfin qu'elle soit admise en seconde année de médecine, Mme B doit être regardée comme demandant au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la délibération du jury L.AS L2-L3, session 2023-2024, de l'université de Rennes, en tant qu'elle l'a ajournée dans la filière médecine.

Sur les conclusions en suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Le nombre d'étudiants admis en deuxième année des études de santé (dit numerus apertus) fixé par l'université de Rennes est limitatif, de sorte que la suspension de l'exécution d'une décision de non-admission d'un étudiant et son éventuelle admission en filière médecine auront nécessairement pour conséquence d'affecter la situation d'un étudiant admis dans cette filière et ayant commencé à en suivre les enseignements, alors même, au demeurant, que Mme B demande également que soient convoqués d'autres étudiants ajournés aux épreuves orales du second groupe, en nombre suffisant par rapport aux places à pourvoir, ce qui aurait pour conséquence d'obliger l'université à organiser de nouvelles épreuves, d'établir éventuellement un nouveau classement et d'affecter potentiellement la situation d'un nombre important d'étudiants admis et ayant commencé leur cursus en filière médecine, ce qui perturberait significativement l'organisation de la filière santé de l'université de Rennes.

5. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme B a été admise en deuxième année du diplôme de formation générale en sciences pharmaceutiques, a confirmé son inscription et y a réalisé sa rentrée, début septembre 2024. À supposer que cette filière ne constitue que son second choix voire un choix par défaut, l'intéressée ne peut sérieusement soutenir qu'elle n'avait pas connaissance et conscience de ce que la confirmation de son inscription en filière pharmacie impliquait nécessairement désistement de sa candidature dans les autres filières de santé, notamment la médecine, la candidature à plusieurs filières restant une faculté des étudiants inscrits en licence accès santé, qui peuvent n'en choisir qu'une et renoncer à toutes les autres dans l'hypothèse où une seule les intéresse. Dans ces circonstances, Mme B ne peut être regardée comme étant privée, par l'effet de la délibération du jury qu'elle conteste, de la possibilité de continuer ses études, n'étant pas même privée de toute possibilité d'intégrer ultérieurement la filière médecine, en usant des possibilités de passerelles entre les filières santé que propose l'université.

6. Dans ces circonstances, il ne peut être tenu pour établi que la décision en litige affecte la situation personnelle de Mme B de manière suffisamment grave et immédiate pour que soit caractérisée une situation d'urgence, alors même, à l'inverse, qu'il existe un intérêt public suffisant pour s'opposer à ce que soit ordonnée la suspension de son exécution. Eu égard à la balance des intérêts en litige, la condition tenant à l'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de Mme B présentées à ce titre ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que l'université de Rennes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'université de Rennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et à l'université de Rennes.

Fait à Rennes, le 16 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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