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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405012

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405012

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante n° 2405012 :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2024, et des mémoires, enregistrés les 7 octobre et 7 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Florian Douard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine pris le 2 août 2024, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant la Guinée comme pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui interdisant le retour en France pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine :

- à titre principal, de lui délivrer, dans un délai d'un mois, un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" ;

- à défaut, de prendre une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de cette décision et dans un délai de trois jours, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Douard en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté formalisant l'obligation de quitter le territoire français a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- cette mesure a été prise sans que le préfet ait procédé à un véritable examen de la situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est intervenue en méconnaissance de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations du paragraphe 1er de 1'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations du paragraphe 1er de 1'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'interdiction de retour pendant une durée d'une année sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue le 26 novembre 2024 en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

II - Vu la procédure suivante n° 2405922 :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Florian Douard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision, opposée par le préfet d'Ille-et-Vilaine le 5 octobre 2023, refusant d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à l'examen de cette demande et de lui délivrer, dans l'attente de la décision issue de cet examen et dans un délai de sept jours, un récépissé de dépôt d'une demande de titre de séjour lui permettant de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Douard en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'acte formalisant la décision attaquée a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- il ne mentionne pas la qualité de la signataire en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée repose sur un motif tiré du caractère prématuré de la demande qui est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.

Il soutient que l'acte attaqué ne constitue pas une décision susceptible de recours dès lors que le dossier de la demande de titre de séjour était incomplet.

Par un mémoire, enregistré le 7 novembre 2024, Mme A, représentée par Me Douard, conclut aux mêmes fins que sa requête.

Elle reprend les mêmes moyens et soutient en outre que la décision attaquée lui fait bien grief de sorte que la fin de non-recevoir sera écartée.

La clôture de l'instruction est intervenue le 26 novembre 2024 en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 novembre 2024 à partir de 9h15 :

- les rapports de M. C,

- et les observations de Me Douard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est une ressortissante guinéenne qui est née le 1er janvier 1988. Elle est entrée en France le 22 janvier 2020 en compagnie de sa fille née le 23 novembre 2012. Sa demande d'asile a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 19 novembre 2020. Le recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 avril 2021. Le 31 mai 2021, Mme A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Cette mesure n'a pas été exécutée et le 28 mars 2023, Mme A a sollicité le réexamen de sa situation au titre de l'asile. Cette demande a été rejetée comme irrecevable par le directeur général de l'OFPRA le 30 mars 2023. Le 16 août 2023, elle a saisi le préfet d'Ille-et-Vilaine d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en invoquant le bénéfice de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012. Le 5 octobre 2023, l'autorité préfectorale a refusé d'enregistrer cette demande. Le 15 février 2024, la CNDA a rejeté le recours que Mme A a formé contre la décision de rejet de sa demande de réexamen de sa situation au titre de l'asile. Le 2 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé à l'encontre de Mme A une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée comme pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pendant une durée d'une année. Par ses deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre, Mme A demande l'annulation, d'une part, de la décision du 5 octobre 2023 refusant l'enregistrement de sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale", d'autre part, des décisions précitées prises par le préfet d'Ille-et-Vilaine le 2 août 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'enregistrement de la demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" :

2. Le préfet d'Ille-et-Vilaine soutient que le refus d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme A ne lui fait pas grief dès lors que le dossier de cette demande n'était pas complet. Toutefois, il ressort de la lecture du courrier formalisant l'acte attaqué que le refus d'enregistrer cette demande n'est pas fondé sur le caractère incomplet du dossier déposé mais sur un autre motif. Ainsi, par l'argumentation qu'il développe dans son mémoire en défense, le préfet d'Ille-et-Vilaine doit être regardé comme demandant au tribunal qu'il substitue au motif de l'acte attaqué un autre motif et non pas comme opposant aux conclusions tendant à l'annulation du refus d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme A opposé par le courrier du 5 octobre 2023 une fin de non-recevoir.

3. Les dispositions législatives et règlementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixent la procédure de dépôt, d'instruction et de délivrance des différents titres autorisant les personnes de nationalité étrangère à séjourner en France. Ainsi, selon l'article R. 431-10 de ce code : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". En outre, selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", lequel dresse une liste de pièces pour chaque catégorie de titres de séjour.

4. Il ressort de la motivation du courrier du 5 octobre 2023 que, pour refuser d'enregistrer la demande tendant à la délivrance à Mme A d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale", le préfet d'Ille-et-Vilaine a estimé qu'il appartenait à l'intéressée d'attendre la décision que la CNDA était appelée à rendre sur le recours qu'elle avait formé le 30 juin 2023 à l'encontre de la décision du directeur général de l'OFPRA rejetant, comme irrecevable, sa demande de réexamen de sa situation au titre de l'asile.

5. Toutefois, il résulte des dispositions précitées, fixant les conditions de dépôt des demandes de titre de séjour afin qu'elles soient enregistrées en vue de leur instruction, que l'autorité préfectorale est tenue de procéder à l'enregistrement d'une demande de titre de séjour sauf si le dossier de cette demande ne comporte pas l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou l'une des pièces mentionnées à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, à la condition que l'absence de cette pièce rende impossible l'instruction de la demande. Il ne résulte pas de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire, que l'autorité préfectorale disposerait du pouvoir de refuser l'enregistrement d'une telle demande au motif qu'elle serait prématurée au regard de l'instruction en cours d'un recours formé devant la CNDA. Ainsi, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision, qui lui fait grief, par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de procéder, pour ce motif, à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

6. Dans son mémoire en défense, le préfet d'Ille-et-Vilaine fait valoir que le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée par Mme A est fondé sur le caractère incomplet de cette demande, l'intéressée n'ayant pas justifié de son identité, ni de sa nationalité. L'autorité préfectorale doit être ainsi regardée, comme cela a été déjà indiqué au point 2, comme sollicitant du juge de l'excès de pouvoir qu'il procède à une substitution de motif du refus en litige.

7. Une autorité administrative peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif différent de celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la personne ayant saisi le juge d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Si, comme cela a été rappelé au point 5, un refus d'enregistrer une demande de titre de séjour peut être légalement fondé sur le motif tiré du caractère incomplet du dossier de demande en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'enregistrement de la demande de titre de séjour d'une personne de nationalité étrangère ayant présenté une demande d'asile qui n'a pas été définitivement rejetée ne peut être refusé au motif de l'absence de production des documents mentionnés à cet article, c'est-à-dire de ceux justifiants de son état civil et de sa nationalité. Or, Mme A a sollicité l'asile par une demande qui n'avait pas encore été définitivement rejetée à la date du dépôt de sa demande de titre de séjour. Il suit de là que le nouveau motif invoqué par le préfet d'Ille-et-Vilaine dans son mémoire en défense pour justifier le refus d'enregistrement de cette demande ne peut légalement fonder ce refus. Dès lors, il n'y a pas lieu d'accueillir sa demande de substitution de motif.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation du refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour présentée le 16 août 2023 qui lui a été opposée par le préfet d'Ille-et-Vilaine le 5 octobre 2023. Il n'est pas nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de la décision fixant le pays de renvoi et de l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé () et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage d'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1 ".

11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ", c'est à dire d'un titre de séjour, ou d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour.

12. En application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale peut prendre directement une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'une personne ayant sollicité l'asile mais à laquelle la reconnaissance de la qualité de réfugiée ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée, dans les conditions prévues par ces dispositions, sous réserve de vérifier, à partir des éléments sur la situation de cette personne dont il dispose, qu'elle ne peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour. Il lui appartient également, lorsque l'intéressée a, à la date à laquelle l'autorité préfectorale prend sa décision, régulièrement déposé une demande de titre de séjour sur un autre fondement, d'examiner cette demande avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence du rejet définitif de la demande d'asile.

13. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que la demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" présentée par Mme A le 16 août 2023 a été régulièrement déposée auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Le refus d'enregistrer cette demande, opposée par cette autorité le 5 octobre 2023, est annulé par le présent jugement. En conséquence, ce refus doit être regardé comme n'ayant pas existé à la date à laquelle a été prononcée l'obligation de quitter le territoire français en litige de sorte qu'à cette même date, le préfet d'Ille-et-Vilaine ne peut être considéré comme ayant examiné la demande de titre de séjour présentée par Mme A. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en édictant à son encontre cette mesure d'éloignement, le préfet d'Ille-et-Vilaine a entaché cette décision d'une erreur de droit.

14. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, opposée à Mme A par l'arrêté du 2 août 2024 pris par le préfet d'Ille-et-Vilaine, doit être annulée. Il n'est pas nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.

15. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation d'une décision administrative emporte l'annulation, par voie de conséquence, des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de la décision annulée.

16. La décision fixant le pays de renvoi prise, en application de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, afin d'assurer l'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français, et l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an, fondée sur l'article L. 612-8 du même code en vertu duquel une telle mesure peut assortir une obligation de quitter le territoire français, n'auraient pu légalement être prises en l'absence de cette mesure d'éloignement. Par suite, l'annulation de cette mesure emporte l'annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi de Mme A et l'interdiction de retour en France pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Selon l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".

18. Le présent jugement n'annule aucune décision impliquant nécessairement que le préfet d'Ille-et-Vilaine délivre à Mme A un titre de séjour. En revanche, l'annulation du refus d'enregistrement de sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" et celle de l'obligation de quitter le territoire français impliquent nécessairement que le préfet d'Ille-et-Vilaine instruise cette demande, après l'avoir enregistrée, et procède plus largement à un nouvel examen de sa situation pour prendre une décision relative au séjour de l'intéressée. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique également que Mme A soit munie d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité préfectorale ait pris cette décision. Il y a lieu en conséquence d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de prendre une décision relative au séjour de Mme A dans un délai qu'il y a lieu de fixer à quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761 1 du code de justice administrative :

19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a lieu, en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle uniquement dans l'instance n° 2405922.

20. Sous réserve de l'admission définitive de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans cette même instance, l'Etat, partie perdante, versera à Me Douard, avocat de la requérante, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme qu'il y a lieu de fixer à 1 000 euros hors taxe au titre de cette instance. Conformément à cet article 37, ce versement vaudra renonciation de Me Douard à la perception de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle accordée à la requérante.

21. Le rejet des conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans l'instance n° 2405012 entraîne celui des conclusions présentées, dans cette même instance, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de l'instance n° 2405922.

Article 2 : La décision du 5 octobre 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme A le 16 août 2023 est annulée.

Article 3 : L'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi et l'interdiction de retour en France pendant une durée d'un an, opposées par l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine pris le 2 août 2024 à l'encontre de Mme A, sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de d'Ille-et-Vilaine de délivrer à Mme A, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour et de prendre, dans un délai de quatre mois à compter de cette même date, une décision relative au séjour après, en particulier, un examen de la demande de titre de séjour évoquée à l'article 2.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de l'instance n° 2405922, l'Etat versera la somme de 1 000 euros hors taxe à Me Douard en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 6 : L'ensemble des autres conclusions présentées par Mme A est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet d'Ille-et-Vilaine et à Me Florian Douard.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. David Labouysse, président,

M. David Bouju, premier conseiller,

Mme Catherine René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

D. C

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. Bouju

La greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2405012 et 240592

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