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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405072

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405072

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantRODRIGUES-DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, M. A C, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour à son encontre d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rodrigues Devesas d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour à son encontre d'une durée de deux ans :

S'agissant des moyens communs aux différentes décisions attaquées :

- il n'est pas établi que l'arrêté ait été signé par une autorité compétente ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours :

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas justifié de la nécessité d'une telle assignation, ni de ce qu'elle est adaptée à sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Moulinier,

- les observations de M. B représentant le préfet du Morbihan.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 9 août 2000 à Gabes, de nationalité tunisienne, qui déclare être entré irrégulièrement en France en novembre 2020, via l'Italie, a été interpellé par les services de la police nationale pour des faits de conduites sans permis et détention de stupéfiants. Le 26 août 2024, le préfet du Morbihan a adopté deux arrêtés à son encontre, le premier portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, assortie d'une interdiction de retour de deux ans et par le second, il l'a assigné à résidence pour une période de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et a prononçant une interdiction de retour à son encontre d'une durée de deux ans :

S'agissant des moyens communs aux différentes décisions attaquées :

3. En premier lieu, le préfet du Morbihan a donné délégation, selon un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à M. D, directeur de la citoyenneté et de la légalité, notamment les arrêtés d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté a été adopté sur le fondement de l'article L.611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permet d'édicter une obligation de quitter le territoire français à l'égard de l'étranger entré irrégulièrement sur le territoire français et qui s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Il ne ressort pas de l'ensemble des termes de l'arrêté que celui-ci aurait été adopté sur le fondement du 5° de ce même article. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce l'arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car M. C ne représente pas une menace pour l'ordre public doit être écarté comme inopérant.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français en novembre 2020, il est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence en France de sa sœur, des cousins ainsi que des amis en France, il n'établit pas l'intensité des relations qu'il entretient avec eux. Si pour louables que soient les efforts d'intégration du requérant par le travail, justifié par les feuilles de paye produites et les attestations versées au dossier, il est toutefois constant que M. C n'a jamais été autorisé à travailler en France. Dans ces conditions et au regard de son arrivée en France, il y a moins de quatre ans, alors même que le requérant y est arrivé à l'âge de vingt ans après avoir vécu en Tunisie, où il n'établit pas ne plus disposer d'attache, le préfet du Morbihan n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". En outre, l'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

8. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

9. L'arrêté attaqué comporte l'indication des considérations de droit et de fait fondant, tant en son principe qu'en sa durée, la décision de son auteur de faire interdiction au requérant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Cette motivation, qui permet au requérant à sa seule lecture de comprendre les motifs de cette interdiction, atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que la décision portant interdiction de retour est régulièrement motivée.

10. Aucune circonstance humanitaire ne ressortant du dossier, les dispositions du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obligation au préfet de faire interdiction au requérant de retourner sur le territoire français.

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé irrégulièrement en France, à une date dont il ne justifie pas. Il n'a engagé aucune diligence quant à sa situation de séjour sur le territoire français. Comme mentionné au point 7 du présent jugement, M. C ne justifie pas de liens personnels forts et anciens en France et n'établit pas l'intensité des liens qui l'unit avec les quelques membres de sa famille en France. Il ne justifie d'aucune nécessité objective, opposable aux tiers, de séjourner en France pendant la durée de deux ans de l'interdiction de retour qu'il conteste. Si la décision attaquée ne retient pas qu'il constituerait une menace pour l'ordre, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a néanmoins été interpellé en possession de produits stupéfiants alors qu'il conduisait un véhicule sans permis de conduire valide. Il en résulte que son comportement menace l'ordre public. Dès lors, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour, le préfet du Morbihan, qui n'a pas commis d'erreur d'appréciation, ne s'est pas livré à une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas pour les mêmes motifs méconnus les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou adopté une mesure disproportionnée.

12. Dès lors que l'arrêté attaqué est bien fondé au regard des lois et règlements au vu desquels s'apprécie sa légalité, le moyen tiré d'un " défaut d'examen ", qui se rapporte à ce bien fondé, ne peut qu'être écarté.

Sur l'arrêté du 26 août 2024 portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours :

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, notamment l'article L. 731-1. Il rappelle que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire le 26 août 2024, assortie d'une interdiction de retour de deux ans et qu'il déclare être domicilié 9 place de l'église à Plaudren, qu'il n'a pas remis son passeport aux autorités de police et qu'il est nécessaire de solliciter la délivrance d'un laissez-passer. Les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Et aux termes son article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

15. L'arrêté attaqué fait obligation à M. C de se présenter tous les jours à 9 heures sauf les week-ends ou jours fériés, aux services de la gendarmerie de Saint-Avé, en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement et lui fait interdiction de sortir du territoire de cette commune sans autorisation. Cette mesure d'assignation vise à assurer l'exécution de la mesure d'éloignement dont l'intéressé fait l'objet dès lors que les conditions seront réunies, M. C ne produit aucun élément laissant supposer que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Il ne démontre pas davantage que cette obligation d'assignation et les modalités d'application mises en œuvre pour en assurer le respect, prévues uniquement sur un créneau horaire d'une heure en début de journée, seraient incompatibles avec l'ensemble de ses obligations professionnelles, alors même qu'il n'est pas autorisé à les exercer. Les mesures prononcées par l'arrêté litigieux apparaissent ainsi nécessaires et adaptées et ne présentent pas un caractère disproportionné au regard de l'objectif poursuivi par la mesure. Il s'ensuit également que M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Morbihan aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 26 août 2024.

Sur les frais liés au litige :

17. L'État n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu, de faire droit aux conclusions de M. C tendant à la mise en œuvre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991

D É C I D E :

Article 1er: M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Morbihan

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

Y. Moulinier La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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