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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405084

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405084

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024, M. B D, représenté par Me Maral, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 mai 2024 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a déposée au bénéfice de ses enfants E et C D ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite : il est séparé de ses enfants depuis le début de l'année 2019, il a déposé sa demande de regroupement familial une fois sa situation administrative régularisée et sa situation professionnelle et sociale améliorée et la décision le prive de vivre une vie familiale normale ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que ne sont prises en compte ni sa situation particulière, ni ses ressources ni les conditions de son logement ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, qui lui permet d'assumer le quotidien de sa famille en France et si ses revenus sur la période de référence sont légèrement inférieurs au minimum requis, cette circonstance ne saurait justifier un refus de regroupement familial ; par ailleurs, son épouse a des perspectives d'embauche ; la condition de logement est remplie et il se conforme en tous points aux principes essentiels régissant la vie familiale en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que, compte tenu du statut de réfugiée de sa plus jeune fille née en 2020, il n'a pas d'autre choix que de rester en France et, en ne permettant pas à ses deux ainés de rejoindre leurs parents, le préfet a porté une atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant, la cellule familiale ne pouvant pas se reconstituer dans leur pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : M. D a quitté sa famille en 2009, n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation avant le mois de décembre 2020 et n'a formé sa demande de regroupement familial qu'en 2023 ; le requérant ne justifie d'aucun lien avec ses deux aînés et il lui est loisible ainsi qu'à la mère des enfants, qui sont tous les deux titulaires de titres de séjour valables dix ans, d'effectuer des voyages dans leur pays d'origine pour se rapprocher de leurs enfants le temps qu'une décision soit prise au fond sur la légalité de la décision ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle reprend la base légale de son fondement ainsi que les éléments de la situation de l'intéressé et est suffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle procède à un examen de la situation personnelle de M. D ;

- elle ne méconnaît pas les dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : M. D n'établit pas avoir perçu sur la période de référence des ressources suffisantes ;

- elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention européenne relative aux droits de l'enfant : M. D ne justifie pas de l'existence d'une cellule familiale ni de lien avec ses aînés et il peut se rendre dans son pays d'origine pour visiter ses enfants le temps de l'examen d'un nouveau dossier.

Vu :

- la requête au fond n°2404097 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Delilaj, substituant Me Maral, représentant M. D, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur l'urgence dès lors que le requérant ne pouvait pas demander le regroupement familial au bénéfice de ses enfants avant d'avoir régularisé sa propre situation administrative et de disposer des ressources suffisantes.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcé à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant malien a déposé, le 16 octobre 2023, une demande de regroupement familial au bénéfice de ses enfants E et C, nés respectivement les 6 août 2006 et 29 août 2008. Sa demande a été enregistrée le 14 décembre 2023 et il s'est vu remettre une attestation de dépôt le même jour. Par une décision du 17 mai 2024, le préfet du Finistère a rejeté sa demande. M. D demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. D justifiant avoir déposé le 27 août 2024 une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

6. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. D soutient qu'elle préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'il est entré irrégulièrement en France le 4 avril 2009 et que sa compagne, Mme A, l'a rejoint le 1er janvier 2019. Il est ainsi constant que M. D vit séparé de ses deux enfants aînés restés au Mali, nés en 2006 et 2008, depuis plus de quinze ans et ne justifie pas, par les quelques pièces qu'il produit, entretenir des liens réguliers avec eux. Par suite, et alors qu'il ne démontre pas davantage son incapacité à pouvoir rendre visite à ses enfants, à tout le moins dans l'attente du jugement au fond de sa requête, il n'établit pas que la décision en litige affecte de manière suffisamment grave et immédiate sa situation personnelle pour caractériser une situation d'urgence.

7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête.

Sur les frais liés au litige :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1erer : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. PlumeraultLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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