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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405085

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405085

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAUBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août et 11 septembre 2024, la SAS Maricha, représentée par Me Aubret, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Bannalec du 18 novembre 2023 portant délivrance à A et Compagnie du permis de construire valant permis de démolir n° PC 29004 23 00020, pour la démolition d'un ensemble d'entrepôts et de ses annexes ou cuves, la construction d'un magasin et l'aménagement d'un parking et des espaces verts, sur un terrain situé rue Eugène Lorec ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bannalec la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la requête est recevable ; elle justifie de son intérêt à agir contre l'arrêté en litige, en sa qualité d'exploitante d'un commerce de détail implanté sur un terrain situé à moins de 50 mètres, en vis-à-vis, du terrain d'assiette du projet ; elle se prévaut d'un intérêt reposant sur des considérations urbanistiques ; l'implantation d'un nouveau supermarché est de nature à augmenter considérablement la circulation sur la rue Lorec et à porter atteinte à la sécurité des usagers de la route, de ses salariés et de ses clients ; le projet est susceptible de troubler les conditions de son exploitation ;

- la condition tenant à l'urgence est présumée et satisfaite ; les travaux ont démarré et leur poursuite est de nature à entraîner une pollution des sols et un risque pour la sécurité, la santé et la salubrité publiques ; le délai mis à saisir le juge des référés ne fait pas obstacle à ce que la condition tenant à l'urgence soit regardée comme satisfaite ; les huisseries ne sont pas réalisées, de sorte que le bâtiment n'est pas hors d'air ; en outre, les aménagements extérieurs ne sont pas réalisés et sont également contestés, s'agissant notamment des revêtements extérieurs compte tenu du risque de pollution des sols qu'ils engendrent ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* il n'est pas établi que le signataire du formulaire de demande de permis de construire est propriétaire, mandataire ou une personne autorisée à exécuter les travaux sur le terrain en litige ;

* le dossier de demande est entaché d'incomplétude, de contradictions et d'imprécisions :

* les documents graphiques d'insertion du projet offrent une vue très resserrée sur la construction projetée et ne permettent pas suffisamment d'apprécier l'impact de la construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, ni de bien visualiser le traitement des accès et du terrain ; il n'appartient pas au service instructeur de devoir rapprocher le document d'insertion des photographies de l'environnement proche et lointain pour tenter d'identifier l'impact du projet ; l'absence d'un visuel d'insertion ne peut être palliée par une description dans la notice architecturale ;

* les plans des façades Ouest et Est ne font état d'aucun mur plein, en contradiction avec le document de projection qui révèle l'existence de murs plus hauts que les passants, de respectivement 2,50 mètres et 5 mètres minimum ; ces murs auraient dû être matérialisés sur les plans de façade, qui peuvent être produits en deux versions ;

* le dossier ne comporte aucun plan de coupe, à l'exclusion d'un plan traversant le bâtiment en son milieu ; ce plan ne permet pas d'apprécier la hauteur des murs entourant le futur bâtiment ;

* le plan de masse est imprécis, n'étant accompagné d'aucune légende ; cette omission fait obstacle à ce que puisse être contrôlé le respect de certaines règles relatives aux surfaces, d'espaces libres et de pleine terre notamment ;

* le dernier propriétaire connu de la parcelle d'assiette du projet est la commune, de sorte que le dossier de demande doit comprendre une pièce exprimant son accord, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme ; la délibération décidant d'une vente ne vaut pas transfert de propriété, ni déclassement du domaine public, de sorte que l'accord prévu à l'article R. 431-13 était bien requis ;

* le dossier ne comporte pas l'attestation d'un contrôleur technique portant sur la prise en considération des règles parasismiques et para cycloniques, requise par le e) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ;

* le dossier ne comporte pas non plus de notice précisant la nature du commerce projeté et sa surface de vente, requise par les dispositions de l'article R. 431-27-1 du code de l'urbanisme ;

* le dossier ne comporte pas davantage la demande d'examen au cas par cas, requise en application du a) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ; le service instructeur n'a pas pu vérifier si le projet est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision du préfet de ne pas le soumettre à évaluation environnementale ;

* le dossier ne comporte pas non plus l'attestation d'un bureau d'études certifiant que les mesures de gestion de la pollution du site ont été prises en compte dans la conception du projet, requise en application du point n) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, dès lors qu'une installation classée pour la protection de l'environnement était antérieurement implantée sur le terrain ;

* ces imprécisions, contradictions et omissions ont empêché le service instructeur d'apprécier la régularité du projet au regard des règles d'urbanisme applicables ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, ainsi que celles de l'article G.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ; il prévoit deux accès, par le Nord, via la rue de la gare, et par le Sud-Ouest, via la rue Lorec ; le plan de masse est trop imprécis pour établir que l'accès des poids lourds, prévu par l'entrée Est, est sécurisé ; il est prévu que les poids lourds rejoindront la zone de déchargement en marche arrière, ce qui implique des manœuvres dangereuses, sur la voie publique ; les accès sont en outre situés en vis-à-vis, en amont d'un virage, avec une visibilité très réduite ;

* le projet méconnaît l'article 2.2.2 des dispositions relatives à la zone urbaine du plan local d'urbanisme intercommunal, qui limitent à 0,80 mètre la hauteur des clôtures pleines en limite des voies et emprises publiques ; le photomontage matérialise une clôture pleine au droit de la rue Eugène Lorec, dépassant 0,80 mètre ; le plan de masse matérialise un mur, qualifié de mur de soutènement sur toute la longueur de la façade Ouest, qui n'est pas reporté sur le plan de façade, de sorte que le respect de ces dispositions n'est pas contrôlable ; le plan de coupe des façades Nord et Est matérialisent un mur de soutènement respectivement d'un mètre et de cinq à six mètres ; les plans et projections visuelles ne corroborent pas les allégations selon lesquelles il s'agirait de murs de soutènement ; le terrain ne présente aucun dénivelé qui justifierait la réalisation d'un tel mur de soutènement et le document d'insertion confirme l'absence de différence de hauteur entre le sol du parking et le trottoir ;

* le projet méconnaît également l'article 2.3 des dispositions applicables à la zone urbaine du plan local d'urbanisme intercommunal ; elles obligent à préserver les éléments paysagers existants, que le dossier de demande ne renseigne qu'insuffisamment ; le dossier ne renseigne pas l'état de l'existant ni les plantations à réaliser ; il n'est ainsi pas établi que les obligations en termes de plantations seront respectées, à raison d'un arbre de haute tige pour 200 m² d'espaces libres non bâtis ni occupés ; il n'est pas davantage établi que le projet prévoit de maintenir 30 % de la superficie du terrain d'assiette en pleine terre ; le plan de masse, non légendé, ne permet pas de vérifier la réalité de l'indication qu'il comporte, faisant mention de 1 992 m² de surfaces perméables, y compris espaces verts ; le dossier inclut dans ces espaces verts les places de stationnement, devant être qualifiés d'espaces imperméabilisés, étant réalisés en pavés drainants.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 et 12 septembre 2024, A et Compagnie, représentée par Me Robert-Védie, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Maricha la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la SAS Maricha est dépourvue de tout intérêt à agir contre l'arrêté en litige ; à défaut de consultation de la commission d'aménagement commercial, l'arrêté ne vaut qu'autorisation d'urbanisme ; il appartient donc à la SAS Maricha de justifier de son intérêt à agir, au regard des dispositions de l'article L. 600-2-1 du code de l'urbanisme ; le seul intérêt commercial ne saurait suffire pour établir l'intérêt à agir d'un propriétaire ou exploitant d'un établissement commercial ; la société requérante ne justifie pas de son intérêt à agir à un autre titre, dès lors qu'elle ne se prévaut que de sa seule qualité de concurrent situé à proximité du terrain d'assiette du projet ; celui-ci n'emporte aucune atteinte à un intérêt urbanistique de la société requérante ; l'hypothétique afflux et augmentation du trafic routier ne suffit pas pour établir l'existence d'un trouble dans la jouissance et l'exploitation commerciale ; l'augmentation alléguée, tant de la circulation que des risques d'accident, n'est au demeurant pas établie ; le projet emporte diminution du trafic des poids lourds, au regard de l'existant ; l'augmentation alléguée du niveau de pollution et des nuisances sonores n'est pas établie ;

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : la présomption légale est simple et réfragable ; les travaux ont démarré en mars 2024 et sont quasiment achevés ; les travaux de gros œuvre ont été réalisés et le bâtiment est hors d'eau et hors d'air ; les bardages en métal et les éléments de bois composant la façade sont en cours de pose ; il n'existe aucun risque sanitaire ou de salubrité, dès lors que la parcelle d'assiette du projet n'est pas référencée comme présentant un sol pollué sur la base de données Géorisques ; aucun intérêt public ne justifie la suspension de l'exécution de l'arrêté ; une suspension porterait gravement atteinte à ses intérêts financiers ;

- la SAS Maricha ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

* A et Compagnie a attesté de sa qualité pour déposer le dossier de demande de permis de construire, conformément aux dispositions de l'article R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

* le dossier de demande comportait l'ensemble des informations et précisions, ainsi que les documents, permettant au service instructeur d'apprécier la régularité du projet ; le plan de toiture était joint au dossier ; le document d'insertion graphique, rapproché des photographies de l'environnement proche et lointain, permettait d'apprécier l'insertion du projet ; la notice architecturale décrit également précisément le site et permet d'appréhender l'insertion du projet ; les pièces transmises ne comportaient aucune contradiction ; le mur de soutènement projeté figure au plan de masse et au plan d'insertion ; il ne figure effectivement pas sur les plans de façade pour permettre l'appréciation de leurs caractéristiques ; les mesures d'élévation du mur projeté avancées par la société Maricha ne sont pas justifiées ; le plan de masse est suffisamment précis, comportant les cotes NGF, les distances, une légende, le bâti, les murs de soutènement, les passages piétons, les accès dédiés aux véhicules, les cheminements piétons, les arbres, les arbustes, les surfaces engazonnées, la noue d'infiltration, les aires de livraisons et les différentes catégories de places de stationnement ;

* le projet n'empiète pas sur le domaine public : les propriétaires des parcelles cadastrées section AH nos 165, 166, 173 et 176 l'ont autorisée à déposer un permis de construire portant sur ce projet ; les parcelles cadastrées section AH nos 171, 175, 307, 420, 421, 422 et 423

lui ont été cédées par la commune de Bannalec, sur délibération du conseil municipal du 7 juillet 2023 autorisant cette vente ;

* le dossier comporte une attestation faisant état du respect des règles parasismiques ;

* les informations relatives à la nature et la surface commerciale projetées ont été portées à la connaissance du service instructeur ;

* seule la décision délivrée par l'autorité environnementale après examen au cas par cas doit être jointe au dossier de demande ;

* l'attestation de remise en état d'un site accueillant antérieurement une installation classée pour la protection de l'environnement n'est exigée que pour les permis de construire dont le dossier de demande a été déposé après le 1er juillet 2024, ainsi que le prévoit le II de l'article 9 de la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte ; en toute hypothèse, le projet ne génère pas de changement d'usage des sols au sens du A de l'article D. 556-1 du code de l'environnement, de sorte que cette obligation ne s'imposait définitivement pas ;

* les plans, notamment de masse, permettent d'apprécier la conformité du projet au regard des exigences de la sécurité publique ; la largeur des voies est précisée ; les poids lourds reculeront sur le site et aucune manœuvre n'aura lieu sur la voie publique ; il n'y aura pas d'augmentation significative et dangereuse du trafic routier et la configuration des lieux ne génère aucune dangerosité ; les livraisons auront lieu en dehors des heures d'ouverture du magasin ; le service départemental d'incendie et de secours a rendu un avis favorable au projet, ce qui confirme la conformité du projet à la réglementation sécurité-incendie s'agissant des accès notamment ;

* le projet ne prévoit pas de clôtures mais des murs de soutènement ; il ne s'agit pas de clore le terrain, mais de contenir des terres situées en surplomb ; le muret soutenant la pergola en façade nord est un prolongement de façade ; l'article 2.2.2. des dispositions relatives à la zone urbaine du plan local d'urbanisme intercommunal ne s'applique pas ;

* le projet respecte les exigences du plan local d'urbanisme intercommunal en termes des plantations et d'espaces de pleine terre ; les photographies de l'environnement proche et lointain et le plan de masse des démolitions projetées permettent d'identifier la végétation existante ; le projet prévoit la conservation de l'arbre existant, implanté au Nord-Ouest, et la plantation de deux nouveaux arbres, la plantation de dix arbustes (cépées), l'aménagement de surfaces engazonnée le long de l'aire de stationnement en limite d'emprise Ouest, l'aménagement d'une noue d'infiltration et, de facto, de plantes de berges et de plantes humides qui prendront place tout autour de la noue ; les espaces recouverts de pavés drainants relèvent des espaces perméables ; le plan local d'urbanisme intercommunal définit les espaces de pleine terre comme l'ensemble des surfaces non imperméabilisées ; le projet respecte les dispositions du document d'urbanisme, fixant à 30 % minimum la surface des espaces de pleine terre, cette surface incluant les zones de stationnement réalisées en pavés drainants, perméables ;

* un dossier de demande de permis de construire modificatif a été déposé le 4 juillet 2024, portant sur des modifications mineures du projet, encore en cours d'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, la commune de Bannalec, représentée par la Selarl Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Maricha la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la SAS Maricha est dépourvue de tout intérêt à agir contre l'arrêté en litige ; la seule concurrence commerciale ne permet pas de justifier de l'intérêt à agir d'une société concurrente, même implantée à proximité ; en l'espèce, la société Maricha soutient que la réalisation du projet est de nature à augmenter la circulation sur la rue Lorec et à créer un risque pour sa clientèle et ses employés, du fait du trafic de poids-lourds, ainsi qu'à générer des nuisances sonores et une pollution atmosphérique accrue, caractérisant des troubles à l'exploitation de son fonds de commerce ; les risques allégués ne sont aucunement réels ; le préfet a dispensé le projet de la réalisation d'une évaluation environnementale après examen au cas par cas ; le projet ne génère aucun risque en termes de sécurité routière ou piétonne ; la configuration des lieux ne présente aucune dangerosité ; l'aménagement de la voirie permet une bonne visibilité et garantit la fluidité de la circulation ; l'éventualité de quelques embouteillages ponctuels ne saurait suffire à caractériser l'existence de troubles dans les conditions d'exploitation de l'établissement de la SAS Maricha ;

- la SAS Maricha ne soulève aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

* le représentant légal de A et Compagnie a attesté qu'elle avait qualité pour déposer la demande de permis de construire et le service instructeur ne disposait d'aucun élément ou information de nature à établir le caractère frauduleux de cette attestation ;

* le dossier de demande ne souffrait d'aucune incomplétude, omission ou insuffisance de nature à fausser l'appréciation du service instructeur :

* le document d'insertion permet d'apprécier l'impact visuel du projet et le traitement des accès ; les documents photographiques situent le terrain dans son environnement proche et lointain et représentent le bâti voisin ; l'examen combiné de ces documents a permis au service instructeur d'apprécier l'insertion du projet ; le mur en pierres sur la façade Ouest n'avait pas à être représenté sur le plan de façade ; il s'agit d'un mur de soutènement ; le plan de coupe le matérialise et précise sa hauteur ; il est également matérialisé sur le plan de masse ; il est situé à plus de quinze mètres du bâtiment et ne pouvait donc être matérialisé sur le plan de façade ; l'apparence du mur en limite de propriété, en façade Est, est reproduite sur le plan de façade Ouest ; les plans de coupe et de masse ainsi que la notice permettent de connaître le traitement des façade ainsi que des espaces verts et libres ; le dossier de demande de permis de construire modificatif précise que sur 1 992 m² d'espaces perméables, 886 m² concernent les espaces verts ;

* le terrain d'assiette du projet était, pour partie, une propriété communale, faisant partie de son domaine privé ; l'accord du gestionnaire du domaine public prévu par les dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme n'est pas requis ;

* l'attestation d'un contrôleur technique relative à la prise en compte des règles parasismiques et para cycloniques était jointe au dossier ;

* la notice précise la nature de l'établissement et la surface de vente projetée ; ce point a en tout état de cause été complété par le dossier de demande de permis de construire modificatif ;

* le dossier de demande comporte la décision de dispense d'évaluation environnementale après examen au cas par cas ; la demande d'examen au cas par cas n'a pas à être transmise ;

* l'attestation établie par un bureau d'étude certifiant la prise en compte des mesures de gestion de la pollution, lorsque le projet s'implante sur un terrain supportant antérieurement une installation classée pour la protection de l'environnement non régulièrement réhabilitée, n'avait pas à être jointe au dossier de demande, dès lors qu'il n'y a pas de changement d'usage entre l'usine antérieurement en activité et le projet ; en toute hypothèse, les dispositions évoquées s'appliquent aux demandes de permis déposées après le 1er juillet 2024 ; à titre infiniment subsidiaire, la formalité n'est pas substantielle si le service instructeur a été mis en mesure de s'assurer de la conformité du projet aux règles d'urbanisme ; le terrain d'assiette du projet n'est pas identifié comme pollué ;

* le plan de masse matérialise les cotes relatives à la largeur de la voie interne ; la largeur des accès pour les véhicules poids lourds est suffisante et adaptée à l'ampleur du projet ; la configuration des lieux n'implique aucune manœuvre sur la voie publique et ne présente aucune dangerosité ;

* le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.2.2 de la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, applicables aux clôtures, est inopérant ; les murs de soutènement projetés ne constituent pas des clôtures au sens du document d'urbanisme ;

* le projet respecte les dispositions de l'article 2.3 du règlement de la zone urbaine du plan local d'urbanisme intercommunal : le dossier est précis sur la végétation supprimée, constituée essentiellement de végétation invasive et non entretenue ; l'arbre existant à l'Ouest est conservé ; le plan de masse matérialise les deux arbres et les dix arbustes plantés ; le dossier de demande de permis de construire modificatif matérialise la plantation de quatre arbres de haute tige en bordure Ouest ; les espaces de pleine terre, au sens du document d'urbanisme, représentent plus de 30 % de l'unité foncière.

Vu :

- la requête au fond n° 2400294, enregistrée le 18 janvier 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Thielen ;

- les observations de Me Bernard, substituant Me Aubret, représentant la SAS Maricha, qui conclut aux mêmes fins que les écritures, par les mêmes moyens, et précise notamment que :

* son intérêt à agir s'apprécie de manière classique, au regard de sa situation de voisin immédiat du terrain d'assiette du projet ; elle justifie de l'existence de risques de troubles de jouissance et d'utilisation pour sa clientèle et ses employés, du fait des nuisances sonores et des difficultés d'accès ;

* l'urgence est légalement présumée et l'avancement des travaux n'y fait pas obstacle, dès lors que le bâtiment n'est pas hors d'air ni hors d'eau ;

* les omissions et insuffisances du dossier de demande de permis de construire ont fait obstacle à la bonne appréciation par le service instructeur de la régularité du projet ; les plans et documents du dossier ne permettent pas d'en apprécier les caractéristiques, l'étude des sols et de la dépollution n'a pas été jointe, alors qu'il y a un changement d'usage de la parcelle ;

* la configuration des lieux et des accès est dangereuse pour les usagers de la voie publique ;

* les murs que le projet qualifie murs de soutènement n'en sont pas ; le terrain ne présente aucun dénivelé ni retenue de terre ; les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal relatives aux clôtures sont applicables ;

* la végétation existante à supprimer n'est pas renseignée ; la circonstance qu'il s'agisse d'une friche est indifférente ;

* le lexique du plan local d'urbanisme intercommunal définissant les espaces de pleine terre comme tous les espaces non imperméabilisés, incluant donc dans ces espaces les pavés drainants, est illégal et doit être écarté ;

* le plan de masse n'est pas légendé et les surfaces ne peuvent donc être contrôlées ;

- les observations de Me Trémouilles, représentant la commune de Bannalec, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens et arguments, et fait notamment valoir que :

* la SAS Maricha n'a pas d'intérêt à agir : l'intérêt commercial ne peut permettre de contester le permis de construire en litige et l'intérêt urbanistique allégué n'est pas établi ; elle n'est pas riveraine du terrain d'assiette du projet, dont elle est séparée d'environ 50 mètres, par une voie de circulation ; le projet ne porte pas atteinte aux conditions d'exploitation de son fonds de commerce ; la route départementale est suffisante pour absorber le flux de circulation, qui ne sera pas augmenté ; les nuisances sonores ne sont pas établies, pas davantage que le risque de pollution atmosphérique ;

* le dossier de demande a été complété par le dossier de demande de permis de construire modificatif et les éventuelles insuffisances initiales, à les supposer avérées, ont été palliées ;

* les murs projetés ont bien vocation à retenir les terres remblayées et non à clôturer le terrain d'assiette ; il s'agit donc de murs de soutènement et les dispositions relatives aux clôtures ne sont pas applicables ;

* le lexique est légal et applicable : les espaces de pleine terre incluent, au sens de ce lexique, tous les espaces perméables, y compris les espaces de stationnement en pavés drainants ;

- les observations de Me Robert-Védie, représentant A et Compagnie, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens et arguments, et fait notamment valoir que :

* la SAS Maricha n'a pas d'intérêt à agir : il ne s'agit pas de dénier par principe l'intérêt à agir à un commerçant concurrent, mais de constater que le projet ne porte atteinte à aucun de ses intérêts urbanistiques ; les intérêts commerciaux ne peuvent être utilement évoqués ; la qualité de voisin immédiat non plus et les risques invoqués, en termes d'accidentologie, de pollution et de conditions de circulation, ne sont pas établis ; il n'existe pas de conflit d'usage ni d'accès entre les deux commerces, compte tenu de la configuration de la route, qui comporte un tourne-à-gauche pour chacun ; l'entrée du commerce de la SAS Maricha se situe de l'autre côté du bâtiment ; il existe six accès poids lourds, ce qui démontre l'absence de dangerosité ;

* la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, compte tenu de l'avancée des travaux ; le bâtiment est hors d'air ;

* le permis de construire modificatif pallie les éventuelles insuffisances du dossier initial ;

* les accès ne présentent aucune dangerosité ;

* le terrain est en pente et le rappel de terre existe ; les murs construits sont des murs de soutènement, d'une hauteur de 1,49 mètre ;

* le projet prévoit 32,8 % d'espaces libres et le lexique du plan local d'urbanisme intercommunal n'a pas à être écarté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour la SAS Maricha, a été enregistrée le 13 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 18 novembre 2023, le maire de la commune de Bannalec a délivré à A et Compagnie un permis de construire valant permis de démolir n° PC 29004 23 00020, pour la démolition d'un ensemble d'entrepôts et de ses annexes ou cuves, la construction d'un magasin et l'aménagement d'un parking et des espaces verts, sur un terrain situé rue Eugène Lorec. Un permis de construire modificatif a été délivré, par arrêté du 10 septembre 2024. La SAS Maricha a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre l'arrêté du 18 novembre 2023 et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

4. Le maire de la commune de Bannalec a délivré, par arrêté du 10 septembre 2024, un permis de construire modificatif n° PC 29004 23 00020 M01, dont la légalité n'est pas contestée, à la date de la présente ordonnance. Aucun des moyens invoqués par la SAS Maricha et analysés ci-dessus n'est propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

5. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de la SAS Maricha tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Bannalec portant délivrance du permis de construire n° PC 29004 23 00020 ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête en annulation ni sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SAS Maricha est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bannalec et A et Compagnie au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Maricha, à la commune de Bannalec et à A et Compagnie.

Fait à Rennes, le 16 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. ThielenLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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