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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405111

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405111

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantRAMADAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 août et 9 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Ramadan, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui renouveler son certificat de résidence mention " commerçant " ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien " commerçant " sur le fondement des articles 5 et 7-c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est satisfaite : elle est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour et, en outre, la décision le prive de la possibilité de poursuivre son activité commerciale, laquelle est régulièrement déclarée et effective ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ;

- elle est entachée d'incompétence territoriale du préfet du Finistère dès lors qu'il réside en Seine-Saint-Denis depuis le 10 mars 2024 et qu'il a vainement tenté de déclarer en ligne son changement d'adresse ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit : le préfet s'est fondé sur l'article 7-a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, alors que sa demande était fondée sur l'article 7-c) de cet accord, article qui ne conditionne pas l'obtention du renouvellement du titre de séjour au caractère suffisant des moyens d'existence et qui est applicable en l'espèce dès lors que l'exercice d'une activité commerciale soumise à immatriculation au registre du commerce est une activité soumise à autorisation au sens de cet article ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les liens privés et familiaux en France, dès lors qu'il réside avec son frère de nationalité française et que son activité de vente en ligne de produits est effective.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il était territorialement compétent pour instruire la demande de titre de séjour de M. B dès lors qu'à la date de la décision attaquée, celui-ci résidait dans le Finistère, et qu'il n'a pas accompli toutes les diligences nécessaires pour informer les services de son changement d'adresse ;

- la décision n'est entachée d'aucune erreur de droit ni de défaut d'examen : la demande de M. B ne pouvait pas être étudiée sur le fondement de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié car ses activités ne sont pas des activités soumises à autorisation ; cette demande a été étudiée sur le fondement de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien l'obligeant à justifier de moyens d'existence suffisants, ce qu'il ne fait pas ;

- la décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation : M. B est célibataire et sans enfant, il n'apporte aucune élément de nature à prouver qu'il a des attaches en France d'une particulière ancienneté, intensité et stabilité au regard de celles qu'il entretient dans son pays d'origine, il ne peut prétendre subvenir à ses propres besoins étant donné ses revenus, il n'établit pas qu'il ne pourrait exercer son activité professionnelle en dehors du territoire français.

Vu :

- la requête au fond n°2404881 ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Chabbia, substituant Me Ramadan, représentant M. B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 22 juin 2001, de nationalité algérienne, entré sur le territoire français le 14 octobre 2020, a bénéficié d'un titre de séjour " étudiant ", renouvelé jusqu'au 31 octobre 2022. Il a demandé, le 18 octobre 2022, à bénéficier d'un changement de statut vers un certificat de résidence portant la mention " commerçant ". Un certificat de résidence portant la mention " commerçant " lui a été délivré pour la période du 28 octobre 2022 au 27 octobre 2023. Il a sollicité, le 18 octobre 2023, le renouvellement de ce titre. Par décision du 10 avril 2024, le préfet du Finistère a refusé de faire droit à sa demande. M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. La décision en litige du 10 avril 2024 refuse le renouvellement du certificat de résidence algérien mention " commerçant " de M. B, dont il a sollicité régulièrement le renouvellement avant son expiration. En conséquence, l'intéressé peut bénéficier de la présomption d'urgence attachée au refus de renouvellement d'un titre de séjour. Le préfet du Finistère ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

5. L'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". L'article 7 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; / () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ".

6. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence portant la mention " commerçant " dont M. B était titulaire, le préfet du Finistère a instruit sa demande en qualité de " visiteur " et s'est fondé sur la circonstance que l'entreprise individuelle de conseil en relations publiques et communication et vente en ligne d'accessoires mobiles qu'il avait créée le 3 octobre 2022 avait généré un chiffre d'affaires inférieur au SMIC pour une année d'exercice.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B justifie d'une immatriculation de sa société auprès du registre du commerce et des sociétés. Dès lors que la demande de certificat de résidence présentée par M. B tend à l'exercice en France d'une activité professionnelle autre que salariée, celle-ci devait être examinée par le préfet du Finistère au regard des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien, combinées à celles du c) de l'article 7 du même accord. Ainsi, si le préfet était en droit de vérifier le caractère effectif de l'activité commerciale de M. B, il ne pouvait légalement refuser de renouveler son certificat de résidence en qualité de commerçant au motif que les revenus tirés de cette activité seraient insuffisants. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Finistère a entaché sa décision d'une erreur de droit est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension étant réunies, il y a lieu de faire droit aux conclusions du requérant aux fins de suspension de la décision du 14 avril 2024 du préfet du Finistère refusant de renouveler son certificat de résidence algérien mention " commerçant ".

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. La présente ordonnance, qui suspend les effets de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " commerçant " à M. B, implique qu'il soit enjoint au préfet du Finistère ou au préfet de la Seine-Saint-Denis, département dans lequel M. B réside à la date de la présente ordonnance, de réexaminer la situation de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet du Finistère du 10 avril 2024 refusant à M. B le renouvellement de son certificat de résidence algérien en qualité de commerçant est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère ou au préfet de la Seine Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet du Finistère et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Rennes, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. PlumeraultLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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