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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405144

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405144

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405144
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du maire de Riec-sur-Bélon refusant un permis de construire pour la rénovation d'une maison d'habitation. Les requérants invoquaient l'urgence liée à l'état de la fosse septique et à leur projet d'installation à la retraite, mais le juge a estimé que les éléments produits, notamment deux photographies non datées, ne suffisaient pas à démontrer une atteinte grave et immédiate justifiant une suspension. La décision a été prise sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens de légalité soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2024, M. C et Mme A B demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Riec-sur-Bélon du 30 janvier 2024 portant refus du permis de construire n° PC 29236 23 00068 déposé le 31 octobre 2023 pour la rénovation d'une maison d'habitation sur un terrain situé 4 pont du Guilly ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Riec-sur-Bélon la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à leur situation et à un intérêt public ; les travaux projetés portent notamment sur le remplacement de la fosse septique, laquelle n'est plus stabilisée et glisse vers le lit de la rivière du Bélon ; la rénovation de la maison est également urgente en ce qu'ils ont pour projet de s'y installer à la retraite, acquise le 1er octobre 2024 par Mme B, ce qui n'est pas envisageable sans la réalisation des travaux, nécessaires à ce qu'ils puissent recevoir régulièrement la mère de Mme B, qui se déplace en fauteuil roulant ; le refus opposé porte ainsi une atteinte disproportionnée à leur situation et à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, alors même que les travaux projetés ne portent atteinte à aucun intérêt public ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :

* il a été notifié le 1er février 2024 et emporte ainsi retrait d'un permis de construire tacitement acquis le 31 janvier 2024, sans que n'ait été mise en œuvre de procédure contradictoire ;

* il est entaché d'un défaut de motivation ;

* le maire semble ne pas avoir fait usage de son pouvoir d'appréciation et s'être estimé en situation de compétence liée ;

* les dispositions de la loi littoral et de l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme ne font pas obstacle au projet, qui s'inscrit dans un espace urbanisé ; le projet ne porte pas sur une construction nouvelle ; aucune emprise nouvelle au sol n'est créée.

Vu :

- la requête au fond n° 2401737, enregistrée le 27 mars 2024 ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Riec-sur-Bélon du 30 janvier 2024 portant refus de permis de construire, M. et Mme B soutiennent qu'il préjudicie de manière grave et immédiate à leur situation et à un intérêt public, dès lors que les travaux projetés portent notamment sur le remplacement de la fosse septique, laquelle n'est plus stabilisée et glisse vers le lit de la rivière du Bélon, et que la rénovation de la maison est également urgente en ce qu'ils ont pour projet de s'y installer à la retraite, acquise le 1er octobre 2024 par Mme B, ce qui n'est pas envisageable sans la réalisation des travaux, nécessaires à ce qu'ils puissent recevoir régulièrement la mère de Mme B, qui se déplace en fauteuil roulant. Ils soutiennent ainsi que le refus opposé porte une atteinte disproportionnée à leur situation et à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, alors même que les travaux projetés ne portent atteinte à aucun intérêt public.

5. À l'appui de leur requête et pour étayer leur argumentation, M. et Mme B se bornent à produire deux photographies, non datées et non localisées, d'un mur en parpaing en voie d'effondrement mais consolidé, ce qui ne saurait suffire pour établir la réalité de l'atteinte à l'intérêt et la sécurité publics qu'ils évoquent, tirés d'un risque de glissement de la fosse septique vers le lit de la ria du Belon. Par ailleurs, M. et Mme B ne produisent aucun élément probant tendant à corroborer l'existence d'une atteinte à leur situation familiale, la seule circonstance que leur projet d'installation dans cette propriété, une fois à la retraite, est retardé ne pouvant, en soi, suffire. Les intéressés n'établissent notamment pas, ni même n'allèguent, que le report des travaux et de leur emménagement les placerait dans une situation délicate, ou affecterait significativement la situation de la mère de Mme B, dont ils ne précisent pas le lieu de résidence actuelle, la nécessité de pouvoir visiter régulièrement sa fille n'étant pas davantage établie. En l'état des pièces du dossier et de l'argumentation de M. et Mme B, compte tenu, au surplus, du délai de plus de six mois mis à saisir le juge des référés, sans explication sur ce point, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Riec-sur-Belon du 30 janvier 2024 portant refus de permis de construire doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Riec-sur-Belon qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et Mme A B.

Fait à Rennes, le 2 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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