vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et de deux mémoires, enregistrés les 30 août, 2 et 9 septembre 2024, Mme A F, représentée par Me Kerrien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 26 août 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et le cas échéant d'enjoindre à ce même Office de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les écritures présentées par l'OFII le 6 septembre 2024 ont été signées par Mme E B, toutefois, en l'absence de production de ladite délégation de signature, ces écritures sont toutefois irrecevables ;
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;
- il n'a pas été porté un examen attentif à sa situation ;
- les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dans la mesure où il n'y a pas eu trois mois entre son entrée sur le territoire et ses démarches pour obtenir sa demande d'asile et, qu'en toute hypothèse, elle dispose d'un motif légitime justifiant le dépôt tardif de sa demande d'asile dès lors que son mari était gravement malade.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Le Roux, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Roux,
- les observations de Me Kerrien, représentant Mme F, qui reprend ses écritures et indique également qu'il prend acte de la délégation de signature produite par l'OFII au bénéfice de Mme E B, et que l'OFII aurait dû patienter le temps que soit produit un avis " medzo ".
L'OFII n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante djiboutienne, serait entrée en France en 2024 selon ses déclarations. Elle a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 26 août 2024. Par la décision du 26 août 2024, l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme F démontre avoir déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme D C, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a reçu délégation à l'effet de signer tous les actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rennes en vertu d'une décision du 15 janvier 2019 régulièrement publiée. Par ailleurs, il ressort de l'article 8 d'une décision du 31 décembre 2023 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant organisation générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, visée par la décision attaquée et accessible sur le site internet de l'OFII, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, Mme C était compétente pour signer la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil et le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature () ".
5. Mme F soutient que sa vulnérabilité particulière n'a pas été prise en compte par l'OFII préalablement à la prise de la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche entretien de vulnérabilité de la requérante, établie le 26 août 2024 par un agent de l'OFII, que l'intéressée a un fils né en 2013 et a déclaré être hébergée par des " amis et connaissance " de manière précaire et que son " mari [est] en France avec [un] titre de séjour pour maladie (sous dialyse) [et qu'il] est hébergé par un ami à Rennes. Par ailleurs s'il ressort de ce même document qu'un certificat médical vierge, pour avis du médecin de zone de l'OFII (medzo), a été remis à Mme F, toutefois, l'OFII n'était pas tenu d'attendre le retour de ce certificat pour statuer sur la demande de conditions matérielles d'accueil, la requérante pouvant à tout moment solliciter à nouveau le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil en faisant valoir des circonstances nouvelles telles que l'avis dudit médecin sur son état de santé. Par suite, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que Mme F aurait échoué à déposer une demande d'asile en juillet 2024, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'OFII n'aurait pas porté une attention suffisante à sa situation particulière et à sa vulnérabilité pour prendre la décision attaquée.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531 -27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Aux termes de l'article D. 551-20 de ce code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile est refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon les modalités définies à l'article D. 551-17 : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 ".
7. L'OFII produit en défense un extrait de l'application AGDREF faisant état de ce que Mme F a déclaré être entrée en France le 23 mai 2023. Dès lors, l'erreur de plume qui entache la fiche d'évaluation de vulnérabilité de l'intéressée indiquant la date du 23 mai 2024 est sans incidence sur la computation du délai de 90 jours prévu par les dispositions rappelées au point précédent, délai qui était expiré antérieurement au 26 août 2024. Par ailleurs, les circonstances rappelées au point 5 ne sauraient caractériser à elles seules un motif légitime, dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article L. 551 -15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme F aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. L'OFII n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à la charge de celui-ci la somme que Mme F demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. Le Roux
La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026