lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405161 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BALME LEYGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 août et 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Balme Leygues (Grapho avocats AARPI), demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a refusé de l'autoriser à exercer la profession de médecin dans la spécialité " médecine cardiovasculaire " et lui a prescrit l'accomplissement d'un parcours de consolidation des compétences d'une année ;
2°) d'enjoindre au CNG de lui délivrer l'autorisation sollicitée, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, à titre subsidiaire de lui enjoindre de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CNG la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : la décision litigieuse a des répercussions sur l'organisation de sa vie familiale en raison des contraintes de son exercice professionnel, elle a pour effet de retarder son inscription à l'Ordre et porte atteinte à sa liberté d'accéder à une profession, le cantonne à un exercice sous statut précaire moins rémunéré ; cette décision a pour effet de désorganiser le service de cardiologie au centre hospitalier de Saint-Malo où il exerce à temps plein ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : son parcours académique et professionnel démontre qu'il n'y avait pas lieu de décider d'une prolongation de son parcours de consolidation, la décision ne correspond pas à l'avis de la commission nationale d'autorisation d'exercice qui évoquait la consolidation d'une pratique universitaire à raison d'un jour par semaine et non à temps plein pendant un an, la décision qui prescrit seulement que le parcours de consolidation de ses compétences soit effectué à hauteur de 20 % de son temps au sein d'un centre hospitalier universitaire est contradictoire avec ses motifs ;
- le CNG a prescrit un parcours de consolidation des compétences au-delà de la durée proposée par la commission en méconnaissance de l'article R. 4111-11 du code de la santé publique ;
- le CNG a méconnu l'étendue de sa compétence en ne prenant aucune décision d'affectation en méconnaissance de l'article R. 4111-11 du code de la santé publique ;
- elle méconnaît l'article R. 4111-6 du code de la santé publique : alors que le dispositif de parcours de consolidation des compétences est conçu pour être effectué à temps plein, dans un seul et même établissement, sous la responsabilité d'un médecin, dans l'objectif d'assurer un encadrement et un suivi de l'évolution de la pratique d'un professionnel placé en conditions réelles d'exercice, la décision scinde le stage en deux établissements, ce qui revient à deux temps partiels dans deux établissements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que la décision contestée n'affecte pas la situation personnelle de M. A de manière suffisamment grave et immédiate : elle implique seulement que M. A effectue un temps de trajet plus long que celui qu'il effectue actuellement à raison de deux heures une fois par semaine ; la suspension de cette décision n'aurait pas pour conséquence de l'inscrire au tableau de l'ordre et de lui permettre d'accéder à la plénitude de l'exercice médical en France, la directrice générale du CNG disposant d'un pouvoir d'appréciation pour tirer les conséquences de la mesure de suspension ; le préjudice de M. A est hypothétique ; l'autorisation d'exercice sollicitée par le requérant n'est que la première étape du processus et il doit ensuite demander et obtenir son inscription au tableau du conseil départemental de l'ordre des médecins, après examen de ses compétences professionnelles ; quant à l'accès au statut de praticien hospitalier, il suppose au préalable d'être lauréat du concours national ; la décision litigieuse n'a aucune conséquence sur la situation financière actuelle du requérant, qui poursuit son exercice en qualité de praticien associé au centre hospitalier de Saint-Malo, et n'engendre aucune perte de revenu ; il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de la décision en cause constituerait un préjudice grave et immédiat à un intérêt public, aucune impossibilité pour le centre hospitalier de Saint-Malo de garantir le bon fonctionnement du service n'étant avérée et il existe en revanche une considération d'intérêt général suffisante pour écarter l'urgence, l'autorisation d'exercice demandée ayant un impact très important sur la qualité et la sécurité des soins prodigués ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation : le parcours de M. A est insuffisant ;
- l'avis de la commission nationale d'autorisation d'exercice (CNAE) n'est pas un avis conforme et, en tout état de cause, la CNAE a préconisé un parcours de consolidation des compétences d'une durée d'un jour par semaine pendant une année ;
- le moyen tiré de ce qu'il a méconnu l'étendue de sa compétence manque en fait dès lors que par une décision du 2 septembre 2024, postérieure à l'introduction de la requête, M. A a été affecté une année au groupement hospitalier Rance Emeraude, période durant laquelle il sera mis à disposition un jour par semaine au service de cardiologie et maladies cardiovasculaires du centre hospitalier universitaire de Rennes ;
- seule une injonction de statuer à nouveau sur la demande est possible.
Vu :
- la requête au fond n° 2405160 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Balme Leygues, représentant M. A, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur l'urgence dès lors que M. A fait des horaires atypiques avec des gardes de nuit, qui rendent difficiles des déplacements supplémentaires, souligne que le parcours de consolidation des compétences ne peut pas se faire à temps partiel.
Le CNG n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, produite pour M. A, a été enregistrée le 19 septembre 2024.
Une note en délibéré, produite par le CNG, a été enregistrée le 23 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1989, est titulaire d'un diplôme national de docteur en médecine délivré le 4 décembre 2017 et d'un diplôme de médecin spécialiste en cardiologie délivré le 9 mai 2023 par la faculté de médecine de Tunis. Il a été admis aux épreuves de vérification des connaissances en 2020. Il a exercé à compter du 2 novembre 2021 au sein du service de cardiologie du centre hospitalier de Saint-Malo en qualité de praticien attaché associé. Il a présenté le 2 novembre 2023 une demande d'autorisation d'exercice en France dans la spécialité " cardiovasculaire ". Par une décision du 7 mai 2024, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a rejeté sa demande, au motif que sa formation pratique universitaire était insuffisante. Par une ordonnance du 9 juillet 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au directeur général du CNG de réexaminer la demande de M. A. Par une décision du 12 juillet 2024, le CNG a de nouveau décidé de ne pas accorder à M. A l'autorisation d'exercice qu'il sollicite en prescrivant un parcours de consolidation des compétences d'un an sur des fonctions hospitalières au sein d'un service de cardiologie, dont un jour par semaine dans le service de cardiologie d'un centre hospitalier universitaire (CHU) agréé. Par une décision du 2 septembre 2024, le CNG a affecté M. A au groupement hospitalier Rance Emeraude dans la spécialité " médecine cardiovasculaire " pendant une année, durant laquelle il est mis à disposition un jour par semaine au service de cardiologie et maladies vasculaires du CHU de Rennes. M. A demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 juillet 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, M. A se prévaut des difficultés organisationnelles tant d'un point de vue professionnel que familial auxquelles il va nécessairement se trouver confronté du fait de l'obligation de se rendre une fois par semaine au centre hospitalier universitaire de Rennes alors qu'il réside à Saint-Malo. Il expose que son emploi du temps professionnel est déjà très chargé, qu'il est amené à faire de nombreuses gardes et que son troisième enfant est né en mai 2024, le contraignant à s'occuper au quotidien de ses deux aînés, dont l'un est suivi pour des problèmes de santé. Toutefois, il est constant que la femme de M. A n'exerce actuellement aucune activité professionnelle et que le temps de trajet entre leur domicile et le CHU de Rennes est seulement d'un peu moins d'une heure, de telle sorte que la décision en litige n'a pour effet que d'entraîner des contraintes très modérées et au demeurant limitées dans le temps pour M. A et sa famille. Si M. A se prévaut également de la précarité de sa situation en raison de son statut, la décision litigieuse n'entraîne aucune perte de revenus ni n'obère ses projets professionnels futurs. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas d'une atteinte grave et immédiate portée à sa situation par la décision litigieuse caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Si M. A fait également valoir l'urgence résultant de l'atteinte au fonctionnement du service de cardiologie du centre hospitalier de Saint-Malo, au sein duquel il exerce actuellement à temps plein, il ne justifie pas davantage, par la lettre cosignée du responsable de la structure, du chef de pôle et du président de la commission médicale d'établissement mentionnant une nécessité de réorganisation de l'activité, que la décision contestée, en réduisant son temps de présence à 80 % au sein de ce service, préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public. Par suite, M. A ne peut être regardé comme démontrant l'existence d'une situation d'urgence de nature à justifier la suspension de la décision en litige.
5. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, dès lors, être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Fait à Rennes, le 23 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. Plumerault La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026