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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405181

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405181

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405181
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJOSSEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Josseaume, demande au juge des référés de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision référencée 3F du 13 août 2024 par laquelle le sous-préfet de Brest a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la détention de son titre de conduite est nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle ; il exerce une activité de commercial au sein d'une société spécialisée dans la vente de motocycles, ce qui implique des déplacements permanents, qu'il ne peut effectuer avec un autre mode de transport ; le caractère suspensif d'un recours est une condition de son caractère effectif ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est fondée sur des faits qui ne sont pas caractérisés ; aucune personne n'a été interpellée le jour des faits, alors même que son véhicule aurait dû être intercepté, si l'infraction avait été caractérisée.

Vu :

- la requête au fond n° 2405180, enregistrée le 2 septembre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté en litige, M. B soutient que la détention de son titre de conduite est nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle, qu'il exerce une activité de commercial au sein d'une société spécialisée dans la vente de motocycles, ce qui implique des déplacements permanents qu'il ne peut effectuer avec un autre mode de transport, outre que le caractère suspensif d'un recours est une condition de son caractère effectif.

4. Si le contrat de travail de M. B stipule, en son article XIV, que la détention de son permis de conduire est indispensable à l'exercice de ses fonctions et que la suspension administrative ou judiciaire de celui-ci l'empêche a priori d'exercer ses fonctions, ces mêmes dispositions subordonnent l'hypothèse d'une rupture du contrat de travail à la gêne apportée effectivement à l'entreprise par la mesure de suspension. Au cas d'espèce, M. B n'apporte aucune précision étayée sur ce point, et n'établit pas davantage que la détention de son titre de conduite est absolument indispensable à l'exercice de son activité professionnelle et qu'aucune solution temporaire d'organisation ne pourrait être mise en œuvre. L'intéressé n'établit par ailleurs pas, ni même n'allègue sérieusement, que son emploi serait menacé.

5. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a été contrôlé sur le territoire de la commune de Le Cloître Saint-Thégonnec au moyen d'un appareil homologué à une vitesse retenue de 142 km/h, sur une voie de circulation où la vitesse maximale autorisée était de 80 km/h, soit un dépassement constaté de 62 km/h. À cet égard, l'intéressé ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits reprochés en se bornant à faire valoir que son véhicule n'a pas été intercepté, ainsi que cela aurait dû être le cas en application des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route. L'infraction commise révèle ainsi que l'intéressé a un comportement dangereux en tant qu'automobiliste.

6. Eu égard à la gravité de l'infraction au code de la route commise par M. B, la suspension de son permis de conduire, pour une durée de six mois, doit ainsi être regardée comme répondant à des exigences de protection et de sécurité routières, dont il appartient au juge des référés de tenir compte pour apprécier objectivement et globalement si la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées est satisfaite.

7. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 6, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite. Il s'ensuit que les conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 août 2024 par lequel le sous-préfet de Brest a suspendu la validité de son permis de conduire pour six mois doivent être rejetées, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 6 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

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