vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 17 septembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à M. D B de quitter le lieu d'hébergement qu'il occupe au sein du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) situé 13, boulevard de la Duchesse A à Rennes ;
2°) de l'autoriser, à défaut pour M. B de déférer à cette injonction, à faire procéder d'office à son expulsion, et en cas de besoin, à recourir à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux, passé un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ainsi qu'à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile donnent compétence au juge des référés du tribunal administratif pour prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, et sur sa saisine, une injonction de quitter les lieux à l'encontre de l'occupant irrégulier d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ;
- la procédure suivie est régulière :
- le signataire de la mise en demeure disposait d'une délégation régulière ;
- le législateur n'a pas entendu sanctionner le défaut de proposition de relogement par une caducité de la mise en demeure ;
- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : M. B se maintient illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 décembre 2021, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 11 mars 2022 ; en outre, M. B s'est vu notifier une obligation de quitter le territoire le 15 juillet 2024 ; le seul état de vulnérabilité de M. B n'est pas de nature à faire obstacle à la demande d'expulsion, ce dernier pouvant bénéficier d'une solution d'hébergement s'il accepte de bénéficier de l'aide volontaire au retour ;
- la mesure sollicitée revêt un caractère urgent et remplit la condition d'utilité requise compte tenu de la saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile et de l'absence de circonstances exceptionnelles pouvant faire obstacle à l'expulsion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, M. D B, représenté par Me Le Strat, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de lui adjoindre le cas échéant le concours d'un interprète en langue géorgienne ;
2°) de rejeter la requête ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il fait valoir que :
- la procédure suivie est irrégulière :
- il n'est pas établi que l'auteur de la mise en demeure bénéficiait d'une délégation ;
- il était titulaire d'un titre de séjour valide pour raisons de santé à la date de la mise en demeure et devait se voir proposer une solution d'hébergement alternative en application du 2° de l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il existe une contestation sérieuse : le droit au logement a été constitutionnellement consacré et reconnu par le Conseil constitutionnel, il a essayé en vain de trouver une solution d'hébergement ; la mise en demeure est ancienne et le préfet ne justifie pas de l'urgence, il est particulièrement vulnérable, souffre de plusieurs pathologies pour lesquelles il est suivi et son expulsion est de nature à entraîner une aggravation de son état de santé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui expose qu'au jour de la saisine du tribunal, il n'y avait aucune obligation de relogement de M. B, que l'état de santé de ce dernier ne fait pas obstacle à l'expulsion sollicitée et que l'intéressé peut bénéficier d'un hébergement s'il accepte l'aide au retour ;
- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant M. B, qui insiste sur l'irrégularité de la mise en demeure en l'absence de solution d'hébergement proposée puis refusée alors qu'il était titulaire d'un titre de séjour, souligne que M. B a effectué des démarches pour se reloger sans succès, que son état de santé risque de s'aggraver par la précarité de la mise à la rue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgences (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
2. M. B justifiant avoir introduit le 13 septembre 2024 une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci () ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
5. Aux termes de l'article R. 552-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement " et aux termes de son article R. 552-12 : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir ". Aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / () 2°) La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".
6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
7. M. B, ressortissant géorgien né le 6 juin 1965, est entré sur le territoire français le 1er juillet 2021. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et a bénéficié, à ce titre, à compter du 13 décembre 2021 d'un hébergement au sein du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) situé 13, boulevard de la Duchesse A à Rennes. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 22 décembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par décision du 11 mars 2022 de la Cour nationale du droit d'asile notifiée le 4 avril suivant. L'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a signifié la fin de sa prise en charge à compter du 1er juin 2022. L'intéressé se maintenant dans ledit logement, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a mis en demeure sur le fondement des dispositions précitées, par courrier du 15 juin 2022, notifié le 21 juin suivant, de quitter et libérer son lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande son expulsion sur le fondement des dispositions précitées. Enfin, par un arrêté du 2 juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
8. Si M. B ne bénéficie plus du droit d'être hébergé dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile depuis le 1er juin 2022, il est constant qu'il était titulaire, à la date à laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a mis en demeure de libérer le logement occupé d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, valable jusqu'au 2 juin 2023. Dès lors, le préfet d'Ille-et-Vilaine ne pouvait, en application des dispositions précitées, le mettre en demeure de quitter son logement qu'en cas de refus d'une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui avaient été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'établissant pas, ni même n'alléguant, avoir proposé à M. B une ou plusieurs offres de logement ou hébergement qu'ils auraient refusées sans motif légitime, la mise en demeure de quitter son logement est irrégulière. Dans ces circonstances, la demande d'expulsion présentée par le préfet d'Ille-et-Vilaine se heurte à une contestation sérieuse et les conclusions de la requête tendant à ce que soit enjoint la libération par M. B du logement HUDA qu'il occupe situé 13, boulevard de la Duchesse A à Rennes ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros, à payer à Me Le Strat, avocate de M. B, au titre des frais exposés à raison de la présente instance et non compris dans les dépens, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête du préfet d'Ille-et-Vilaine est rejetée.
Article 3 : L'État versera à Me Le Strat la somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de cette avocate à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. D B.
Copie en sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. PlumeraultLa greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026