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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405243

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405243

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B A, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet du Morbihan du 6 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. La juridiction a estimé que la décision était suffisamment motivée et que la compétence de son signataire était établie. Elle a également jugé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et qu'elle n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Les autres décisions contestées (pays de destination, interdiction de retour, obligations de remise du passeport et de présentation) ont été validées pour les mêmes motifs, en application des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie ;

- cette décision n'est pas assez motivée en fait et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la compétence de la signataire de la décision lui refusant un délai de départ volontaire n'est pas établie ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le Mali comme pays de destination n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses craintes en cas de retour au Mali, méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 1er et 33 de la convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié et l'article L. 731-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la compétence de la signataire de la décision lui interdisant le retour en France pendant une durée d'un an n'est pas établie ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la compétence de la signataire de la décision lui enjoignant de remettre son passeport et de se présenter deux fois par semaine au commissariat n'est pas établie ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- il excipe de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision lui enjoignant de remettre son passeport et de se présenter deux fois par semaine au commissariat de Pontivy ;

- cette dernière décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Albouy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1992, est entré en France le 24 mai 2022, muni d'un visa de type C. Il a sollicité son admission à l'asile le 6 juillet 2022. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 juillet 2024. Par l'arrêté attaqué du 6 août 2024, le préfet du Morbihan a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Mali comme pays de renvoi, l'a astreint à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine, le mardi et le jeudi à 10 h 00, à la brigade de gendarmerie de Pontivy et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 mai 2024, régulièrement publié, le jour même, au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet du Morbihan a donné délégation à Mme E D, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C F, directeur de la légalité et de la citoyenneté, les décisions relevant des attributions du bureau des étrangers et de la nationalité, ne faisant pas déjà l'objet d'une délégation de signature au bénéfice de Mme D, dont les arrêtés d'éloignement. Par suite, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de Mme D doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Morbihan a décidé d'obliger M. A à quitter le territoire français. Le préfet y rappelle les circonstances dans lesquelles le requérant est entré en France, qu'il a déposé une demande d'asile et que cette demande a été rejetée en premier lieu par une décision de l'OFPRA du 26 juin 2023, puis par une décision de la CNDA du 29 juillet 2024. Il souligne qu'il entre ainsi dans les prévisions du 4° de l'article L. 611-1, cité ci-dessus, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il peut ainsi au terme de l'examen prévu à l'article L. 613-1 du même code, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Il porte ensuite une appréciation sur son éventuel droit au séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent en France, où il est arrivé à l'âge de trente ans, depuis la fin du mois de mai 2022, soit à la date de l'arrêté attaqué, depuis un peu plus de deux ans. S'il soutient avoir un jeune frère étudiant en France, à Angers, né en 2000 et de nationalité sénégalaise, il n'établit pas, en produisant des extraits de baux précaires en meublé ou en colocation, sur lesquels il apparaît comme garant ou garant secondaire, que son frère, à supposer ce lien de parenté établi, serait à sa charge, ni qu'il ne pourrait pas depuis le Mali continuer, s'il le désire, à lui apporter un soutien financier. Il est constant que le requérant a une épouse au Mali ainsi que trois enfants, nés en 2018, 2020 et 2022, avec lesquels il n'établit pas ne plus avoir de liens, même s'il soutient que son mariage a été " arrangé " par sa famille et qu'il ne correspond pas à son orientation sexuelle. S'il fait état de ce qu'il serait en conflit avec ses frères résidant au Mali, il ne l'établit pas par son seul récit, peu circonstancié, lequel paraît de plus contradictoire avec la circonstance alléguée qu'il serait responsable de son jeune frère étudiant en France. Il est constant que sa mère réside au Mali. Par suite, il a l'essentiel de sa vie familiale dans ce pays. La circonstance qu'il a travaillé, à compter du 4 juin 2023, en qualité de menuisier industriel qualifié, au sein d'une entreprise de menuiserie, d'abord en vertu d'un contrat de travail à durée déterminée, puis à compter du 1er janvier 2024 et jusqu'à l'expiration de l'autorisation de travail liée à son statut de demandeur d'asile, en vertu d'un contrat de travail à durée indéterminée, qu'il a conclu en mars 2024 un bail d'habitation lui permettant de disposer d'un logement autonome à Pontivy, et qu'il ait tissé des liens au sein d'une association LGBTI + rennaise, ne suffit pas à établir qu'il aurait désormais sa vie privée en France, compte tenu notamment de la date récente de son arrivée sur le territoire national. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, le préfet du Morbihan aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il ne ressort pas des faits relatés au point précédent qu'en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet du Morbihan a pris une décision ayant pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il ressort de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que des points 4 à 7 que cette décision a été précédée d'un examen complet de la situation de M. A.

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

11. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours doit être écarté pour les motifs figurant au point 3.

12. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué accordant à M. A un délai de trente jours pour quitter le territoire français, le moyen tiré de l'absence de risque au sens du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance de l'article L. 612-3 du même code est inopérant et ne peut qu'être écarté. Il en est de même des moyens tirés de ce qu'en refusant à M. A un délai de départ volontaire, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Aux termes de l'article L. 613-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".

14. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

15. En premier lieu, l'arrêté comporte l'exposé des motifs de fait et de droit au vu desquels le préfet du Morbihan a fixé le Mali comme pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de cette décision doit être écarté.

16. En deuxième lieu, M. A fait valoir qu'il a quitté le Mali en raison des risques qu'il courrait dans ce pays du fait de son orientation sexuelle qui a été découverte par sa famille en 2022, alors qu'il était marié depuis 2014 avec la mère de ses trois enfants, mais entretenait une relation homosexuelle depuis 2016. Il soutient qu'il a été agressé par deux hommes en avril 2022, qui ont tenté de l'enlever pour cette raison, alors qu'il sortait de son travail, qu'il a alors avoué son orientation sexuelle à son épouse, et que sa mère l'a informé le lendemain que ses frères le cherchaient. Il aurait alors décidé de fuir son pays, ce qu'il a effectivement fait le 23 mai 2022 par voie aérienne et doté d'un visa de type C. Toutefois aussi bien l'OFPRA que la CNDA, saisis du récit complet du requérant, n'ont pas regardé les faits invoqués comme établis. Il ressort notamment de la décision de l'OFPRA que ni l'orientation sexuelle de M. A ni l'agression et la réaction de ses proches n'ont été regardés comme démontrées. Or, la reprise de ce récit dans le cadre de la présente instance n'apparaît pas plus convaincante. La circonstance que M. A a participé, en France, à l'activité d'une association LGBTI + à compter du 9 novembre 2022 ne permet pas à elle seule de compenser les lacunes de son récit et d'établir aussi bien son orientation sexuelle que les évènements qui auraient causé son départ du Mali. Par suite, M. A, qui n'invoque aucun risque général lié à la situation sécuritaire malienne, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le Mali comme pays de destination l'expose à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaîtrait ainsi également le dernier aliéna de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'établit pas d'avantage par cette argumentation l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation. Enfin, alors qu'il a pu déposer en France une demande d'asile et que celle-ci a été examinée par l'OFPRA puis par la CNDA, qui ne lui ont pas reconnu le statut de réfugié, il n'assortit le moyen tiré de la violation des articles 1er et 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 d'aucune précision mettant à même le tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

17. Il ressort de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi, ainsi que du point 16, que cette décision a été précédée d'un examen complet de la situation de M. A.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

18. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

19. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

20. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

21. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doit être écarté pour les motifs figurant au point 3.

22. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au vu desquels le préfet du Morbihan a décidé d'interdire à M. A le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le préfet n'était pas tenu d'examiner explicitement l'existence de risque en cas de retour au Mali, dès lors qu'une telle circonstance, si elle était établie, ferait obstacle en premier lieu à son éloignement à destination de ce pays.

23. Au regard des circonstances de fait énoncées au point 6, la décision interdisant à M. A le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an n'apparaît pas porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni produire des conséquences telles qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions astreignant à M. A à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Pontivy :

24. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. ".

25. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de des décisions visées ci-dessus doit être écarté pour les motifs figurant au point 3.

26. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 721-6 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cite, en substance, les dispositions précitées des article L. 721-7 et L. 721-8, et énonce les motifs pour lesquels M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire. Il comporte dès lors une motivation suffisante des décisions astreignant à M. A à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Pontivy.

27. En troisième lieu, M. A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut valablement invoquer, par la voie de l'exception, cette illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation des décisions l'astreignant à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Pontivy.

28. M. A ne faisant état d'aucune circonstance démontrant que les décisions l'astreignant à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Pontivy ont, ou ont eu, des conséquences substantielles notamment sur le déroulement de sa vie privée et familiale, alors qu'il fait légalement l'objet d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, n'est pas fondé à soutenir qu'elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

29. Il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué et des points 27 et 28 que les décisions astreignant à M. A à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Pontivy ont été précédées d'un examen complet de la situation de M. A.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :

30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de sa requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

31. L'État n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par M. A sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Mais, dès lors qu'il justifie du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précitée.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée, à titre provisoire, à M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Roilette et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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