mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405268 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, Mme C et M. B, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du recteur de l'académie de Rennes portant, sur recours administratif préalable obligatoire, refus implicite de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant, A, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fils A, sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à la situation et aux intérêts de leur fils, A, notamment à son droit à l'instruction ; leur fils présente des difficultés d'acquisition de la continence ; sa scolarisation en petite section a été un échec, qui a engendré un véritable rejet scolaire ; l'école les a informés qu'il ne serait pas tenu compte des besoins de leur enfant ; il est souvent revenu de l'école souillé, ce qui génère une dégradation de l'estime de soi, et provoque des mycoses ; la préparation quotidienne le matin est rallongée, alors même que l'école les a prévenus que leur fils ne serait pas accepté en classe au-delà de quinze minutes de retard ; aucun intérêt public ne fait obstacle à la suspension de l'exécution de la décision en litige ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ; la situation propre d'un enfant peut notamment résulter de la pédagogie mise en place et il n'appartient pas à l'administration de substituer son appréciation à celle des parents sur la situation de leur enfant ; les parents n'ont notamment pas à établir une impossibilité de scolarisation ou une inadaptation scolaire ; le projet pédagogique présenté à l'appui de la demande comporte les éléments essentiels de la pédagogie, en lien direct avec la situation de leur fils, A ;
* elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur fils et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ; leur fils présente les signes d'un trouble du neurodéveloppement résultant d'une encéphalopathie anoxo-ischémique du nouveau-né à terme, mais l'école refuse de tenir compte de ses besoins sans diagnostic strict ; ceci constitue précisément la situation propre justifiant que l'instruction en famille est la plus conforme à ses intérêts et sa situation ;
* la commission de l'académie chargée d'examiner les recours administratifs préalables obligatoires était irrégulièrement présidée et composée.
Vu :
- le recours administratif préalable obligatoire formé auprès de la commission académique prévue par les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et la requête au fond no 2405267, enregistrée le 6 septembre 2024 ;
- les pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du recteur de l'académie de Rennes portant, sur recours administratif préalable obligatoire, refus implicite de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur fils, A, né le 1er septembre 2020, Mme C et M. B soutiennent qu'elle préjudicie de manière grave et immédiate à la situation, aux intérêts et au droit à l'instruction de leur enfant, qu'il présente des difficultés d'acquisition de la continence et que sa scolarisation en petite section a été un échec, qui a engendré un véritable rejet scolaire, que l'école les a informés qu'il ne serait pas tenu compte des besoins de leur enfant, alors même qu'il est souvent revenu de l'école souillé, ce qui génère une dégradation de l'estime de soi et provoque des mycoses, que la préparation quotidienne le matin est rallongée, alors même que l'école les a prévenus que leur fils ne serait pas accepté en classe au-delà de quinze minutes de retard et, enfin qu'aucun intérêt public ne fait obstacle à la suspension demandée.
5. Si le bilan orthophonique établi le 14 avril 2024 révèle quelques difficultés en lexique et sémantique ainsi qu'en phonologie, ce seul document, qui indique au demeurant que les résultats les plus faibles ne sont pas représentatifs des capacités réelles de l'enfant A, ne permet pas d'établir que celui-ci présenterait des difficultés actuelles et persistantes d'apprentissage ni, en tout état de cause, que celles-ci ne pourraient être prises en considération par l'éducation nationale, dans le cadre d'aménagements de scolarisation ou d'adaptation de son rythme de travail, la demande d'instruction en famille n'étant au demeurant pas présentée pour un motif tenant à l'état de santé de l'enfant. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que la continence ne serait pas acquise, à la date de la rentrée scolaire 2024-2025, le temps nécessaire à la préparation d'un enfant le matin et la circonstance que celui-ci ne serait pas accepté en classe au-delà d'un certain retard ne pouvant être utilement invoqués pour caractériser l'existence d'une atteinte à sa situation. Il ne ressort ainsi d'aucune des pièces du dossier que la continuation d'une scolarisation classique, éventuellement aménagée, serait de nature à porter atteinte au droit de l'enfant A à l'instruction, pas davantage qu'à préjudicier, de manière grave, à ses intérêts ou à remettre en cause la qualité et le rythme de ses acquisitions, la scolarisation ne faisant obstacle ni au maintien d'activités périscolaires, notamment sportives, ni à l'apprentissage de l'italien dans le milieu familial. En l'état du dossier et de l'argumentation développée par les requérants à l'appui de leur requête, la condition tenant à l'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite, sans qu'il soit besoin de procéder à la balance des intérêts entre ceux évoqués par les requérants et l'intérêt public.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C et de M. B aux fins de suspension de l'exécution de la décision du recteur de l'académie de Rennes portant, sur recours administratif préalable obligatoire, refus implicite de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant, A, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025, doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions en injonction et de celles présentées au titre des frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C et M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et M. B.
Copie en sera transmise pour information au recteur de l'académie de Rennes.
Fait à Rennes, le 10 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. Thielen
No 2405268
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