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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405275

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405275

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. D E, ressortissant moldave, qui contestait l'arrêté du préfet du Finistère du 18 juillet 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et lui interdisant un retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a également rejeté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, au motif que l'illégalité alléguée d'une décision concernant sa compagne n'était pas établie, cette dernière ayant été confirmée par un jugement antérieur. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. D E, représenté par Me Josselin et Me Clairay (selarl Valadou-Josselin et associés), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de l'illégalité du refus de titre séjour opposé à sa compagne, Mme F.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations par un mémoire enregistré le 28 octobre 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Bouju a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant moldave, né le 1er août 1983, déclare être entré en France le 11 juin 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 décembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile, le 30 mai 2024. Le 9 janvier 2024, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 18 juillet 2024, le préfet du Finistère a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Moldavie comme pays de destination d'une éventuelle mesure d'éloignement forcée et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. E justifie avoir déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été encore statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 26 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er mars 2024, le préfet du Finistère a donné délégation à M. A C, directeur de cabinet et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, en l'absence de M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. E se borne à invoquer, au soutien du moyen qu'il invoque, tiré de la méconnaissance, par le refus de séjour qui lui a été opposé, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'illégalité de l'arrêté préfectoral portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, édicté le 18 juillet 2024 à l'encontre de sa compagne, Mme B F. Toutefois, par un jugement n° 2405273 du 21 novembre 2024, le tribunal a rejeté la requête introduite par celle-ci pour contester cet arrêté, et ce après avoir écarté les moyens que reprend M. E dans la présente instance, de sorte que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français opposées à sa compagne n'ont pas été annulés. Par suite, et alors que le requérant ne peut utilement invoquer, pour obtenir l'annulation du refus de séjour qui lui a été opposée, la simple illégalité de décisions opposées à sa compagne, M. E n'est pas fondé à soutenir que par l'arrêté contesté, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. L'arrêté attaqué n'a pas été pris pour l'application de l'arrêté préfectoral portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire à l'encontre de Mme F qui n'en constitue pas davantage la base légale. Par suite, comme cela a été relevé au point 4, M. E ne saurait utilement se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cet arrêté préfectoral édictée à l'encontre de Mme F.

6. Au surplus et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté qu'après le dépôt de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. E n'a pas transmis à l'OFII le certificat médical mentionné à l'article R. 425-12 de ce code destiné à permettre au médecin de l'office d'établir le rapport médical devant être soumis, pour avis, au collège de médecins de l'OFII. Par suite, faute pour le requérant d'avoir accompli les diligences nécessaires, ce collège n'a pu être consulté. Il ne saurait donc utilement se prévaloir d'une quelconque irrégularité de la consultation du collège des médecins de l'OFII.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté préfectoral du 18 juillet 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. D E et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

D. Bouju

Le président,

signé

D. LabouysseLa greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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