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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405276

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405276

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B, ressortissant ivoirien, contestant l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 27 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. La juridiction a écarté le moyen d'incompétence, la signataire bénéficiant d'une délégation régulière, et a jugé que la décision d'éloignement était légalement fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le rejet définitif de sa demande d'asile étant établi.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2024, M. D B, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique en cas d'admission à l'aide juridictionnelle ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est dépourvue de base légale et méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut pour le préfet de justifier de la fin du droit à son maintien sur le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 26 novembre 2024, a été présenté pour M. B postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme René a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré, enregistrée le 4 décembre 2024, a été présentée pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 10 avril 1977, est entré en France le 28 août 2018. Le 20 octobre 2023, il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 17 avril 2024. Il s'est maintenu sur le territoire français. Par un arrêté du 27 août 2024 dont il demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 7 septembre 2024. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme C A, directrice des étrangers en France et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait TelemOfpra produit en défense, et il n'est pas contesté, que par une décision du 10 avril 2024 notifiée le 29 avril 2024, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours de M. B contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 23 septembre 2014 rejetant sa demande d'asile pour irrecevabilité. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et qu'il n'est pas allégué que le rejet de cette demande d'asile ne serait pas devenu définitif, le requérant se trouvait dans une situation dans laquelle le préfet pouvait décider de l'obliger à quitter le territoire français par application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, fondée sur ces dispositions, n'est pas privée de base légale et le moyen tiré de la méconnaissance de ces mêmes dispositions doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. M. B n'apporte aucun élément circonstancié, ni aucune pièce de nature à établir la réalité des risques liés à son orientation sexuelle qu'il invoque en cas de retour en Côte d'Ivoire, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

9. Il est constant que M. B n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public. S'il déclare être entré en France le 28 août 2018, il ne justifie par aucune pièce l'ancienneté de son séjour en France. Par ailleurs, il ne se prévaut d'aucune attache sur le territoire français. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances que le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interdire son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à l'avocat de M. B ou au requérant d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

D. Labouysse

La greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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