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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405304

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405304

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 16 septembre 2024, M. E B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Beaudoin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination, lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et procède à son signalement dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le droit d'être entendu garanti par les stipulations du point 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le droit d'être entendu garanti par les stipulations du point 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le droit d'être entendu garanti par les stipulations du point 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le droit d'être entendu garanti par les stipulations du point 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

- lle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

Sur le signalement dans le système d'information Schengen :

- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le droit d'être entendu garanti par les stipulations du point 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 13 septembre 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. M. B pour un délai maximum de vingt-six jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les observations de Me Beaudoin, représentant M. B, et en présence de ce dernier, assisté d'une interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les explications de M. B qui s'est exprimé en langue française.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 15 juin 2003, qui déclare être entré en France en 2020, a notamment fait l'objet d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français le 3 mai 2022 assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par deux arrêtés des 14 décembre 2022 et 3 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois puis de six mois. Le 8 septembre 2024, M. B a été interpelé et placé en garde à vue par les services de gendarmerie nationale. Par deux arrêtés du 9 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a procédé à son signalement dans le système d'information Schengen d'une part, et a ordonné le placement de l'intéressé en rétention administrative d'autre part. Cette rétention a été prolongée par une ordonnance du 13 septembre 2024 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes pour une durée maximale de vingt-six jours. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination, lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et procède à son signalement dans le système d'information Schengen.

Sur le moyen d'incompétence commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé au nom du préfet de la Loire-Atlantique par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 31 mai 2024, publié le 1er juin suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme C une délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, détermination du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français et signalement dans le système d'information Schengen. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant et les motifs pour lesquels il est obligé de quitter le territoire français sans délai. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale. Par suite, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée, pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Il suit de là que le moyen tiré du défaut ou de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même valeur juridique que le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le Traité sur l'Union européenne, en vertu de l'article 6 de ce dernier : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de gendarmerie du 9 septembre 2024, M. B a été entendu au sujet de la circonstance qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il a fait valoir les motifs pour lesquels il ne souhaite pas retourner en Tunisie et son intention de revenir en France en cas d'exécution de cette mesure. Si M. B soutient que le défaut d'assistance d'un interprète lors de sa garde à vue ne l'a pas même mis à même de comprendre les questions posées, la situation personnelle et familiale qu'il a exposé durant son audition est identique à celle dont il se prévaut dans ses écritures produites à l'instance. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal d'audition du 9 septembre 2024 que M. B a déclaré comprendre la langue française, la lire et l'écrire. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il disposait d'informations tenant à sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dûment prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

7. En quatrième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit son allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

9. Le requérant ne peut utilement soutenir que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, dès lors que ce motif, qui correspond au 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne constitue pas le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle est seulement fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, sans que M. B le conteste, que ce dernier a des attaches familiales en Tunisie, dont sa mère et ses deux frères et qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 3 mai 2022. Si M. B soutient avoir noué une relation avec Mme A, ressortissante française, depuis le 23 février 2022 et fait état de leur projet de vie commune après leur mariage dont les démarches administratives sont en cours, la production d'une attestation non circonstanciée de Mme A, d'un extrait d'un formulaire de projet de mariage et de photographies, ne démontre pas l'intensité et la stabilité des relations entretenues avec Mme A. En outre, le requérant ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de liens personnels et familiaux en France qui seraient particulièrement anciens, intenses ou stables, alors qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Enfin, en se bornant à faire état de sa présence en France depuis cinq ans sans en justifier, M. B ne conteste pas sérieusement l'arrêté attaqué qui indique qu'il est entré sur le territoire français en 2021, de sorte que son entrée en France est récente. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.

12. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

14. En premier lieu, la décision attaquée cite les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que le comportement M. B constitue une menace pour l'ordre public, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il ne justifie pas d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente et conclut que le risque de soustraction à une mesure d'éloignement peut être regardé comme établi. La décision attaquée précise que M. B se trouve dans le cas prévu au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu préalablement à la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

16. En troisième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dûment prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

17. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit son allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. En cinquième lieu, la décision attaquée se fonde sur les circonstances que le requérant présente une menace pour l'ordre public et sur le risque de sa soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, qui sont prévus par les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 13. Si le requérant conteste que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, il ne conteste pas présenter un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en raison notamment de son entrée irrégulière sur le territoire français et de l'absence de demande de titre de séjour ainsi que de l'inexécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 3 mai 2022. Ainsi, le préfet de la Loire-Atlantique aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ce dernier motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la décision attaquée doit être écarté.

19. En sixième lieu, si M. B se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire, il n'apporte aucune précision sur la nécessité de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.

20. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné dont celui dont il a la nationalité, en l'espèce la Tunisie, ou tout autre pays où il est légalement admissible. Elle énonce également que M. B n'établit pas être exposé à des menaces pour sa vie ou sa liberté ni à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.

22. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu préalablement à la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

23. En troisième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dûment prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

24. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit son allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

25. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale doivent être écartés.

26. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public ni se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

27. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

28. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace.

29. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pris en considération la durée de présence du requérant sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens en France, indique que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas déféré à une mesure précédente d'éloignement dont il a fait l'objet. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est suffisamment motivée.

30. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu préalablement à la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

31. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dûment prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

32. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit son allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

33. En cinquième lieu, à supposer que le comportement de M. B ne constitue pas une menace pour l'ordre public ainsi que ce dernier le soutient, le préfet de la Loire-Atlantique aurait pris la même décision en se fondant sur les circonstances relatives au caractère récent de l'entrée de l'intéressé sur le territoire français, à sa soustraction à l'exécution de mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 3 mai 2022 et à l'absence de liens personnels et familiaux en France ainsi qu'il a été dit au point 11. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la décision attaquée doit être écarté.

34. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale doivent être écartés.

35. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'inscription aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

36. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 (). ".

37. Le préfet s'est borné à informer l'intéressé, à l'encontre duquel il a pris une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément aux prescriptions de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions dirigées contre cette dernière décision, des moyens tirés d'une motivation insuffisante, d'un vice de procédure, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale, d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public qui résulterait de son comportement, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale.

38. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Loire-Atlantique.

Décision communiquée aux parties le 17 septembre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La magistrate désignée,

signé

C. Pellerin La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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