vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405386 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024 sous le n° 2405386, M. et Mme D E, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale d'Ille-et-Vilaine a rejeté leur demande d'autorisation d'instruction dans la famille de leur fille C au titre de l'année scolaire 2024-2025, ensemble la décision à intervenir sur leur recours administratif préalable obligatoire ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fille sur le fondement du 3° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation nationale et, à titre subsidiaire, de reconsidérer leur demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : le maire n'a encore pris aucune décision d'affectation pour procéder à l'inscription de leur fille et surtout, elle bénéficie de l'instruction en famille depuis deux ans et la décision est de nature à bouleverser son parcours scolaire dans ses modalités et sa chronologie, les enfants instruits en famille devant acquérir des compétences en fin de cycle et non trimestre par trimestre ; de plus, l'instruction en famille était sollicitée en raison du fait qu'ils se déplacent très régulièrement entre l'Afrique et l'Europe en raison des activités professionnelles du père de l'enfant ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur fille en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi qu'à leur droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : la scolarisation brutale de leur fille peut conduire à une situation d'isolement et la famille effectue des déplacements entre deux régions françaises et le Gabon, de telle sorte que l'enfant va être exposée à de nombreuses impasses en raison des différents systèmes éducatifs auxquels elle va se trouver confrontée.
II. Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024 sous le n° 2405388, M. et Mme D E, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale d'Ille-et-Vilaine a rejeté leur demande d'autorisation d'instruction dans la famille de leur fils B au titre de l'année scolaire 2024-2025, ensemble la décision à intervenir sur leur recours administratif préalable obligatoire ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fils sur le fondement du 3° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation nationale et, à titre subsidiaire, de reconsidérer leur demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soulèvent les mêmes moyens que dans la requête n° 2405386.
Vu :
- les recours administratifs préalables obligatoires formé auprès de la commission académique prévue par les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et les requêtes au fond nos 2405385 et 2405387 ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'éducation nationale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme E sont les parents des enfants B et C, âgées de respectivement 8 et 5 ans. Ils ont présenté une demande d'autorisation d'instruction en famille pour l'année scolaire 2024-2025 pour leurs deux enfants au motif de l'itinérance de la famille en France. Par décisions du 10 juillet 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale d'Ille-et-Vilaine a rejeté leurs demandes. Ils ont formé un recours administratif préalable contre ces décisions le 31 juillet 2024. Ils demandent, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions du 10 juillet 2024 ainsi que des décisions à intervenir sur leurs recours préalables.
2. Les requêtes nos 2405386 et 2405388 concernent l'instruction de deux enfants dans la même famille et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " () lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
4. Aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. / Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / () 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public () ".
5. Le directeur académique des services de l'éducation nationale d'Ille-et-Vilaine a refusé de délivrer une nouvelle autorisation d'instruction dans la famille pour les enfants A et Mme E au motif d'une part que leurs déplacements au Gabon ne pouvaient pas être pris en compte dans le cadre de l'instruction en famille, qui ne concerne que les enfants présents sur le territoire national, d'autre part que le projet ne montrait pas une itinérance en France mais deux lieux de vie en alternance entre les départements d'Ille-et-Vilaine et de Loire-Atlantique, rendant possible deux lieux de scolarisation. Pour contester ces décisions, les requérants se bornent à soutenir que leurs enfants n'ont jamais été scolarisés, qu'ils ont bénéficié d'une instruction dans la famille depuis quelques années, qui a fait l'objet de contrôles favorables par l'inspection d'académie et que l'instruction en famille est la plus adaptée au mode de vie de la famille. Toutefois, ils ne produisent aucun élément concret sur les conditions d'exercice de la profession du père, sur la fréquence des déplacements de la famille en France et n'établissent ainsi pas une itinérance avérée de leur famille au cours de l'année scolaire, qui ferait obstacle à la scolarisation des enfants dans un établissement d'enseignement et nécessiterait qu'il soit fait droit, dans l'intérêt supérieur de ces enfants, à la demande d'autorisation présentée par leurs parents. Enfin, l'instruction dans un établissement d'enseignement ne peut être regardée, en elle-même, comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est manifestement pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension des requêtes A et Mme E doivent être rejetées par application de la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en est de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requête A et Mme E sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme D E.
Copie en sera transmise pour information au recteur de l'académie de Rennes.
Fait à Rennes, le 13 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2405386, 2405388
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