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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405414

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405414

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405414
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

(I.) Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, sous le n° 2405414, M. C et Mme B G, représentés par la Selarl Valadou Josselin et Associés, demandent au juge des référés :

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du recteur de l'académie de Rennes du 9 juillet 2024 portant, sur recours administratif préalable obligatoire, refus de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant, E, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fille E, sur le fondement du 3° ou du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande, dans le délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur avocat contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à la situation et aux intérêts de leur fille E, qui est instruite en famille depuis l'année scolaire 2021-2022, et pour laquelle les contrôles ont toujours été positifs ; elle bouleverse ses conditions d'apprentissage, et l'oblige à une scolarisation non préparée, ce qui est de nature à affecter son état psychologique et son bien-être ; leur fille est précoce et présente une hypersensibilité émotionnelle ; la décision porte également atteinte à leur situation professionnelle, dans la mesure où ils sont amenés à régulièrement être absents de leur domicile, pour participer à des expositions et des festivals ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas justifié d'une décision désignant M. D en qualité de président de la commission académique compétente pour examiner les recours administratifs préalables obligatoires ;

* il n'est pas davantage justifié de la régularité de la composition de cette commission ;

* la décision est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ; les parents n'ont pas à établir une impossibilité de scolarisation ou une inadaptation scolaire ; les motifs opposés ne sont pas fondés ; ils justifient de leur itinérance et du caractère évènementiel de leur activité, en plein essor ; la situation propre d'un enfant peut notamment résulter de la pédagogie mise en place et il n'appartient pas à l'administration de substituer son appréciation à celle des parents sur la situation de leur enfant ; la situation propre de leur fille E a été précédemment reconnue, eu égard notamment à son hypersensibilité ; le projet pédagogique présenté à l'appui de la demande comporte les éléments essentiels de la pédagogie, en lien direct avec la situation de leur fille E, notamment de ses besoins ; les contrôles sont positifs et relèvent les progrès de leur fille et les bénéfices apportés par l'instruction en famille en termes d'épanouissement ; l'emploi du temps était suffisamment détaillé, et peut l'être encore davantage.

(II.) Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, sous le n° 2405416, M. C et Mme B G, représentés par la Selarl Valadou Josselin et Associés, demandent au juge des référés :

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du recteur de l'académie de Rennes du 9 juillet 2024 portant, sur recours administratif préalable obligatoire, refus de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant, F, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fille F, sur le fondement du 3° ou du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande, dans le délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur avocat contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à la situation et aux intérêts de leur fille F, qui est instruite en famille depuis l'année scolaire 2022-2023, et pour laquelle les contrôles ont toujours été positifs ; elle bouleverse ses conditions d'apprentissage, et l'oblige à une scolarisation non préparée, ce qui est de nature à affecter son bien-être ; leur fille présente des troubles obsessionnels du comportement et a beaucoup de difficultés à retenir les informations ; un diagnostic est en cours d'élaboration, pour détecter d'éventuels troubles du développement au syndrome du spectre autistique ; la décision porte également atteinte à leur situation professionnelle, dans la mesure où ils sont amenés à régulièrement être absents de leur domicile, pour participer à des expositions et des festivals ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas justifié d'une décision désignant M. D en qualité de président de la commission académique compétente pour examiner les recours administratifs préalables obligatoires ;

* il n'est pas davantage justifié de la régularité de la composition de cette commission ;

* la décision est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ; les parents n'ont pas à établir une impossibilité de scolarisation ou une inadaptation scolaire ; les motifs opposés ne sont pas fondés ; ils justifient de leur itinérance et du caractère évènementiel de leur activité, en plein essor ; la situation propre d'un enfant peut notamment résulter de la pédagogie mise en place et il n'appartient pas à l'administration de substituer son appréciation à celle des parents sur la situation de leur enfant ; la situation propre de leur fille F a été précédemment reconnue ; le projet pédagogique présenté à l'appui de la demande comporte les éléments essentiels de la pédagogie, en lien direct avec la situation de leur fille F, notamment de ses besoins particuliers, compte tenu de ses difficultés de concentration et d'apprentissage ; les contrôles sont positifs et relèvent les progrès de leur fille et les bénéfices apportés par l'instruction en famille en termes d'épanouissement ; l'emploi du temps était suffisamment détaillé, et peut l'être encore davantage.

Vu :

- les requêtes au fond nos 2405413 et 2405515, enregistrées le 13 septembre 2024 ;

- les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions du 9 juillet 2024 prises sur recours administratif préalable obligatoire, le recteur de l'académie de Rennes a refusé de délivrer à M. et Mme G l'autorisation d'instruire leurs filles, E, née le 25 août 2017 et F, née le 5 septembre 2019, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025. Les intéressés ont demandé au tribunal l'annulation de ces deux décisions et demandent au juge des référés, dans l'attente du jugement au fond, la suspension de son exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions du recteur de l'académie de Rennes portant, sur recours administratif préalable obligatoire, refus de leur délivrer l'autorisation d'instruire leurs enfants, E, née le 25 août 2017 et F, née le 5 septembre 2019, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025, M. et Mme G soutiennent qu'elles préjudicient de manière grave et immédiate à la situation et aux intérêts de leurs enfants, qui sont instruites en famille depuis, respectivement, l'année scolaire 2021-2022 et 2022-2023, et pour lesquelles les contrôles ont toujours été positifs, qu'elles bouleversent leurs conditions d'apprentissage et les obligent à une scolarisation non préparée, ce qui est de nature à affecter leur bien-être ainsi que leur état psychologique et émotionnel, alors que leur fille E est hypersensible et que leur fille F présente des troubles du comportement. Ils soutiennent également que les décisions portent atteinte à leur situation professionnelle, dans la mesure où ils sont amenés à régulièrement être absents de leur domicile, pour participer à des expositions et des festivals.

6. Les autorisations d'instruction en famille sont désormais délivrées annuellement, sans droit acquis au renouvellement, et la circonstance qu'une autorisation ait précédemment été octroyée et que les contrôles réalisés aient été positifs ne crée pas, en soi, de situation d'urgence présumée, pas davantage que la seule ancienneté, même significative, de l'instruction en famille ne suffit à caractériser une atteinte grave à la situation de l'enfant concerné. Par ailleurs, l'instruction dans un établissement d'enseignement ne peut être regardée, en elle-même, comme portant atteinte à l'intérêt supérieur d'un enfant, atteinte qu'il appartient par suite aux requérants d'établir.

7. Si M. et Mme G font valoir que l'exécution des décisions en litige aura pour effet de nuire aux intérêts et à l'état de santé, psychique et physique, de leurs filles, en générant un bouleversement des modalités de leur scolarité et du rythme de leurs apprentissages, il ne ressort d'aucune des pièces des dossiers que la continuation d'une scolarisation classique serait de nature à porter atteinte au droit de leurs enfants à l'instruction, pas davantage qu'à préjudicier, de manière grave, à leurs intérêts ou à remettre en cause la qualité et le rythme de leurs acquisitions. Il n'est pas davantage établi que les besoins particuliers des enfants A et Mme G en termes de rythme de travail et de modalités d'apprentissage ne pourraient être pris en considération, le projet pédagogique commun aux deux enfants ne faisant au demeurant pas ressortir de situation propre à laquelle celui-ci répondrait de manière adaptée. La fragilité de l'état santé psychique et physique des enfants, notamment l'hypersensibilité de E et les troubles du comportement de F, ne ressortent pas des seules pièces versées aux dossiers et il n'en ressort pas davantage qu'un retour ou une entrée en établissement scolaire serait de nature à les dégrader significativement, alors même, au demeurant, que le choix a été fait par les requérants de fonder leurs demandes sur l'existence de situations propres et sur l'itinérance, et non sur l'état de santé de leurs enfants, s'agissant notamment de leur fille F. Il n'est en tout état de cause pas même allégué que leurs besoins spécifiques ne pourraient être pris en considération par l'éducation nationale, dans le cadre d'aménagements de scolarisation ou d'adaptation de leurs rythmes respectifs de travail. Les requérants ne sauraient par ailleurs évoquer l'imminence de la rentrée ainsi que les difficultés à trouver un établissement scolaire, alors même qu'ils ont attendu le 13 septembre 2024 pour contester les décisions de refus, datées du 9 juillet 2024, et qu'il leur appartenait d'entamer des démarches pour inscrire leurs filles à l'école au cours de l'été. Enfin, les seules pièces versées aux dossiers, consistant en quelques photographies de leur participation à des festivals et les statuts des associations dont les requérants sont membres, n'établissent pas que leur activité professionnelle est effectivement incompatible avec la scolarisation de leurs filles et que l'exécution des décisions en litige serait de nature à y porter atteinte. En l'état des dossiers et de l'argumentation développée par M. et Mme G à l'appui de leurs requêtes, la condition tenant à l'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions A et Mme G aux fins de suspension de l'exécution des décisions du recteur de l'académie de Rennes du 9 juillet 2024 portant, sur recours administratif préalable obligatoire, refus de leur délivrer l'autorisation d'instruire leurs enfants, E et F, au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025, doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions en injonction et présentées au titre des frais d'instance.

9. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Les requêtes A et Mme G étant manifestement infondées, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à leurs demandes tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes A et Mme G sont rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et Mme B G.

Copie en sera transmise pour information au recteur de l'académie de Rennes.

Fait à Rennes, le 18 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2405414,2405416

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