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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405431

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405431

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, M. A C, alors placé en centre de rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le préfet du Finistère l'a maintenu en rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

- d'enjoindre au préfet de lui délivrer, sans délai, une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile et de lui accorder les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière et ce sous astreinte.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le droit à un recours effectif doit lui permettre de se maintenir sur le territoire en cas d'appel devant la Cour nationale du droit d'asile si sa demande d'asile était rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- l'arrêté méconnaît l'article R. 521-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile n'a pas été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de garanties de représentations suffisantes.

Par un mémoire en défense, le 3 octobre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 10 septembre 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention administrative de M. C pour un délai de vingt-six jours ;

- l'ordonnance du 12 septembre 2024 par laquelle la cour d'appel de Rennes a confirmé l'ordonnance du 10 septembre 2024 ;

- l'ordonnance du 1er octobre 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention a rejeté la requête la demande de mise en liberté présentée par M. C ;

- l'ordonnance du 3 octobre 2024 par laquelle la cour d'appel de Rennes a confirmé l'ordonnance du 1er octobre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Radureau, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M.Radureau,

- les observations de Me Salin, représentant M. C ;

- et les observations de M. E, représentant le préfet du Finistère

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 M. C, ressortissant Malien, né le 4 septembre 2003, déclare être entré en France en 2018. Le préfet du Finistère a pris le 3 janvier 2024, un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, assortie d'une interdiction de retour d'un an. Par un arrêté du même jour, M. C a été assigné à résidence mais n'a pas respecté cette obligation. Par un arrêté du 6 septembre 2024, le préfet du Finistère a placé M. C en rétention administrative au centre de rétention administrative (CRA) de Saint-Jacques-de-la-Lande. Par une ordonnance du 10 septembre 2024, confirmée par une ordonnance de la Cour d'appel du 12 septembre 2024, le juge du Tribunal judiciaire de Rennes a autorisé la prolongation de la rétention administrative pour une période de 26 jours. M. C, a alors déposé, le 11 septembre 2024, une demande d'asile. Par l'arrêté attaqué du 11 septembre 2024, le préfet du Finistère a décidé le maintien de son placement en rétention administrative. Par une décision du 17 septembre 2024, notifiée le 20 septembre 2024, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile.

2. En premier lieu, Le préfet du Finistère a donné délégation, selon arrêté du 22 mars 2024, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme B D, chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions portant maintien en rétention administrative. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Finistère a pris la décision attaquée. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué mentionne que M. C n'a jamais indiqué vouloir déposer une demande d'asile lors de ses différentes auditions administratives des 3 janvier 2024 et 6 septembre 2024, pas plus que depuis son arrivée déclarée en France à l'automne 2018. Il indique également qu'il ne peut justifier s'être présenté auprès de l'autorité administrative compétente pour faire enregistrer une demande d'asile, ni même avoir engagé la moindre démarche en ce sens. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".

6. Si le requérant invoque l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et soutient que la décision attaquée n'a pas été précédée de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, M. C aurait été empêché, depuis son placement en rétention administrative le 20 juin 2024, ou depuis l'expression, le 24 juin 2024, de son intention de demander l'asile, d'émettre toutes observations utiles relatives à son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu tel qu'il est énoncé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être, en tout état de cause, écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ ./ Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du magistrat du siège du tribunal judiciaire exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " L'étranger peut, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2, demander l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur. / Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et que le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux contestations par une seule décision. / En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3 ".

8. Si M. C soutient que sa demande d'asile, déposée postérieurement à son placement en rétention administrative, n'a pas pour seul but de faire échec à l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire du 3 janvier 2024, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en France en 2018 alors qu'il était encore mineur, qu'il est devenu majeur en 2021, alors qu'il bénéficiait d'un accompagnement de l'aide sociale à l'enfance du Finistère, qu'il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 24 octobre 2022 puis d'une seconde le 3 janvier 2024 sur laquelle se fonde son placement en rétention, qu'il a été entendu le 6 septembre 2024 par les services de police et n'a jamais sollicité l'asile ou manifesté l'intention de le faire. Enfin cette demande d'admission à l'asile a été présentée le lendemain de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention de Rennes décidant son maintien en rétention. Dès lors M. C ne justifie ainsi pas du délai mis, depuis son arrivée en France, pour déposer une demande d'asile. Dans ces conditions, le préfet du Finistère a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en regardant la demande d'asile de M. C comme ayant été formée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite les moyens tirés d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. La circonstance qu'il présenterait des garanties de représentation, alors même que le juge des libertés et de la détention a rejeté sa demande de mise en liberté par une ordonnance du 1er octobre 2024, confirmée le 3 octobre 2024 par la cour d'appel de Rennes, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté décidant son maintien en rétention.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 521-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, et sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités. Ce document précise en outre les moyens dont le demandeur d'asile dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. () ".

10. M. C soutient qu'il n'a pas reçu les informations qui doivent être données à un étranger souhaitant demander l'asile en application des dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la circonstance que la procédure relative au dépôt de la demande d'asile d'un étranger aurait été méconnue est, en elle-même, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué portant maintien en rétention de M. C. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ". Il résulte de ces dispositions qu'il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

12. M. C doit être regardé comme entendant invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant son droit de se maintenir sur le territoire en cas de rejet de sa demande d'asile. Toutefois, l'arrêté attaqué n'ayant pas pour objet de décider l'éloignement du requérant, ce moyen ne peut qu'être écarté. En tout état de cause il ne présente aucun élément sur le bien-fondé de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant maintien en rétention administrative de M. C doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions présentées à fin d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Finistère.

Décision communiquée aux parties le 3 octobre 2024, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le magistrat désigné,

signé

C. RadureauLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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