vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour en France pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer, dans un délai de huit jours, un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocate sur le fondement et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
o la procédure est irrégulière en raison de la méconnaissance de son droit d'être entendu et de présenter des observations préalablement à l'édiction de la mesure tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et d'un principe général du droit de l'Union européenne ;
o la décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été prise au terme d'un examen complet et sérieux de sa situation ;
o elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur les décisions des autorités chargées de l'asile sans exercer un contrôle complémentaire sur l'application des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle est entachée d'erreur droit au regard des dispositions des articles L. 613-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant imposé une condition tenant à l'exclusivité de ses liens familiaux en France ;
o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
o elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
o elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;
o elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :
o elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
o elle est entachée d'un défaut d'examen et d'insuffisance de motivation ;
o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, au 13 décembre 2024 à 9 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouju ;
- les observations de Me Louis, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante sénégalaise née le 10 juillet 1988, Mme B A est entrée en France le 10 mai 2023 et a donné naissance, le 20 mai suivant à Saint-Brieuc, au jeune C D A. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 mars 2023. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté, le 6 mai 2024, le recours introduit contre cette décision. Par l'arrêté attaqué du 26 août 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour en France pendant un an.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme A justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les moyens communs aux différentes décisions contestées :
3. En premier lieu, les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine oblige Mme A à quitter le territoire français, fixe son pays de destination et lui fait interdiction de retour en France pendant un an, qui citent les textes applicables et font état, contrairement à ce que soutient la requérante, d'éléments de fait propres à sa situation, notamment à sa situation personnelle et familiale, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles son auteur a entendu se fonder. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation de ces trois décisions doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions litigieuses, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de Mme A, y compris au regard de son droit au séjour, avant de prendre ces décisions. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.
Sur les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ", c'est à dire d'un titre de séjour, ou d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour. L'article L. 542-1 du même code prévoit que : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. "
6. En premier lieu, le droit d'être entendu, notamment énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et affirmé par un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité et de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié. En conséquence, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas tenu d'inviter Mme A à se présenter en préfecture, ni à produire d'autres pièces que celles déjà versées lors de sa procédure de demande d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de faire valoir tout nouvel élément avant que ne soit édicté l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par décision du 6 mai 2024, notifiée à l'intéressé le 14 mai suivant, la CNDA a rejeté le recours présenté par Mme A contre la décision par laquelle l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme A ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français et le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu prendre, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du même code, une décision l'obligeant à quitter le territoire. En se bornant à soutenir que le préfet ne pouvait, pour décider de l'obliger à quitter le territoire français, se contenter de la circonstance que les autorités chargées de l'asile ont jugé infondées les craintes exposées en cas de retour dans son pays d'origine, la requérante ne critique pas utilement cette décision qui est fondée, au regard des dispositions évoquées ci-dessus, sur le rejet définitif de la demande d'asile présentée par l'intéressée et sur la fin de son droit au maintien en France. L'argument selon lequel il appartenait au préfet de procéder à un examen de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, au demeurant, inopérant pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () "
9. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que le préfet a tenu compte de la situation personnelle et familiale de Mme A, mère de deux premiers enfants, nés en 2009 et 2016, qui ne l'accompagnent pas sur le territoire français, et d'un troisième enfant né quelques jours après son entrée en France, de la circonstance qu'il n'était pas justifié de liens personnels et familiaux en France qui soient anciens, intenses et stables et du fait que l'intéressée n'est pas dépourvue de liens familiaux dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Le préfet a également vérifié que l'intéressée ne pouvait prétendre à aucun droit au séjour. Au regard de l'examen ainsi mené, Mme A ne saurait sérieusement soutenir que le préfet aurait ajouté aux dispositions des articles cités au point précédent, une condition tenant à l'exclusivité des liens familiaux en France. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.
10. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. Mme A expose avoir fui son pays d'origine alors qu'elle était enceinte et avoir accouché sur le territoire français 10 jours après y être entré. Elle soutient que le père de son jeune enfant serait de nationalité française et s'occuperait de lui, de sorte que cet enfant aurait vocation à rester vivre en France auprès de son père. Toutefois, au soutien de ces dernières allégations, elle se borne à produire l'acte de naissance portant mention de la reconnaissance de cet enfant, établi le 11 septembre 2024, par le dénommé Saloum Sakho, né le 27 octobre 1981 à Dakar, de nationalité française, domicilié à Paris. Elle ne produit pas davantage d'élément susceptible de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet quant à son absence de liens personnels et familiaux en France, ni de pièces de nature à établir que l'auteur de la reconnaissance de paternité de l'enfant contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation. Elle ne conteste pas qu'elle est également mère de deux autres enfants mineurs qui ne l'accompagnent pas sur le territoire français, et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté par lequel le préfet a obligé à Mme A à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de Mme A.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par suite, la décision fixant le pays de destination ne saurait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette obligation de quitter le territoire français.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Ces dispositions et stipulations combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressée s'y trouverait exposée à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
16. Au soutien du moyen tiré de la violation de ces dispositions et stipulations, Mme A se borne à faire état, sans plus de précision, de ses craintes et celles de son fils en cas de retour dans son pays, et à reprocher au préfet de ne pas les avoir examinés. Toutefois, ainsi qu'il a dit au point 4 du présent jugement, il ne saurait être reproché au préfet d'Ille-et-Vilaine de ne pas avoir procédé à un examen de la situation personnelle de Mme A au regard des éléments dont il avait connaissance. En l'absence de précision et de tout élément probant quant aux craintes alléguées, et alors que les instances en charge de l'asile ont rejeté la demande de la requérante, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
18. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 12, les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français ne saurait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette obligation de quitter le territoire français.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
20. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme A, qui ne séjourne que depuis le 10 mai 2023 en France, où elle a donné naissance, le 20 mai suivant, à son troisième enfant et qui n'est pas accompagnée de ses deux premiers enfants mineurs, a vu sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA et la CNDA et ne justifie d'aucuns liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité sur le territoire, ni être dépourvue de tout lien dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Si elle a produit, ainsi qu'il a été dit au point 11 du présent jugement, un acte de naissance mentionnant la reconnaissance de son dernier enfant par un individu de nationalité française, domicilié à Paris, aucune pièce ne permet d'établir que celui-ci contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. En outre, il ne ressort pas des pièces qu'il existerait un obstacle à ce que cette personne puisse entretenir des liens avec cet enfant, notamment en lui rendant visite dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.
21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an doivent être rejetées.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 août 2024 ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, il en va de même des conclusions de la requête aux fins d'injonction, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, où siégeaient :
M. Labouysse, président,
M. Bouju, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Bouju Le président,
signé
D. Labouysse
La greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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