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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405552

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405552

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDELILAJ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. E, ressortissant centrafricain, contestant l'arrêté du préfet du Finistère du 10 septembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans et assignation à résidence. Le tribunal a jugé que la décision était légalement fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison du rejet de sa demande d'asile. Il a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de méconnaissance des droits, estimant que l'arrêté était suffisamment motivé et que la procédure avait respecté les textes applicables, notamment la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. F E, représenté par Me Delilaj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'arrêté du 10 septembre 2024 l'assignant à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- les arrêtés ont été signés par une autorité incompétente ;

- ils sont insuffisamment motivés ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu son droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à être entendu ;

- les arrêtés sont entachés d'une erreur de droit ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- ils méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Delilaj, avocat commis d'office, représentant M. E, présent, qui reprend ses écritures en indiquant qu'il n'a pas été entendu, qu'il conserve des liens avec son enfant, a un passeport et un domicile, que l'intérêt supérieur de l'enfant n'est pas respecté compte tenu de la maladie de la mère et qu'il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- les observations de M. B, représentant le préfet du Finistère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité des arrêtés :

1. M. E, de nationalité centrafricaine, est entré irrégulièrement en France en 2003 selon sa déclaration et a demandé l'asile. Par décision du 30 avril 2004, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Constatant que la demande d'asile de l'intéressé avait été rejetée, qu'il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français et qu'il n'était pas titulaire d'un titre de séjour, le préfet du Finistère pouvait légalement prendre, par décision du 10 septembre 2024 et sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de M. E.

2. Le préfet du Finistère a donné délégation, selon arrêté du 22 mars 2024, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme A C, chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

3. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français vise ou cite le 4° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment les circonstances que sa demande d'asile a été rejetée, qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, et qu'il ne dispose pas d'un titre de séjour. Le préfet indique également que M. E n'établit pas encourir de risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. Le préfet mentionne qu'il ne dispose pas d'un logement et a déclaré ne pas vouloir quitter le territoire français pour justifier le refus de délai de départ. Enfin le préfet a mentionné l'absence de circonstance humanitaire, la durée indéterminée de son séjour, la précédente mesure d'éloignement, l'absence de lien avec la France et l'absence de menace à l'ordre public. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dans son ensemble, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

4. L'arrêté portant assignation à résidence vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, la perspective raisonnable de son départ. Le préfet indique également les modalités de l'assignation et de pointage. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'assignation à résidence doit donc être écarté.

5. Une telle motivation et l'ensemble des considérants des arrêtés permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, a procédé à un examen suffisant de la situation personnelle et familiale de M. E.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E, durant sa garde à vue le 10 septembre 2024, a été interrogé sur sa situation administrative et sur la perspective de l'intervention d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. À cette occasion, il a pu préciser à l'administration les éléments de sa situation, de sa vie familiale et de ses attaches dans son pays d'origine avant que ne soient prises la décision d'éloignement et l'assignation à résidence attaquées. Le droit de l'intéressé d'être entendu et les droits de la défense ont donc été respectés. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

7. En soutenant que les arrêtés sont entachés d'une erreur de droit, M. E doit être regardé comme soutenant, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français que les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues et s'agissant de l'assignation à résidence, les dispositions de l'article L. 731-1 ont été méconnues.

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E ait présenté une demande de titre de séjour et que l'arrêté rejette une telle demande. Le préfet ne pouvait donc se fonder sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet du Finistère s'est également fondé sur le 4° de cet article pour prendre sa décision. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche TelemOfpra produite en défense, que par décision du 30 avril 2004 notifiée le 4 mai 2004, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de M. E et que l'intéressé s'est désisté de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Il s'ensuit que, par application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé avait dès lors perdu le droit de se maintenir sur le territoire français et que le préfet du Finistère pouvait prendre à son encontre une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. E fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ prise le même jour. Le préfet n'a donc pas commis d'erreur de droit en prenant la décision d'assignation à résidence.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France en 2003. Il avait bénéficié d'un titre de séjour en 2020 mais a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en février 2022. S'il a été en couple avec la mère de son enfant, il en est séparé depuis plusieurs années. Il n'établit ni l'ancienneté ni l'intensité ni même la réalité de la relation qu'il allègue avoir depuis deux mois avec une ressortissante française. Il n'établit pas subvenir aux besoins de son enfant qui a été placé dans une famille d'accueil à Troyes et ne fait état d'aucune autre attache familiale. Il n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, même si le séjour de l'intéressé est ancien, le préfet du Finistère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris les arrêtés attaqués. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Pour les mêmes motifs, et alors qu'il a fait l'objet d'une interpellation pour port d'arme blanche et rébellion, ne travaille pas et a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas entaché ses arrêtés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle, même si l'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour en tant que conjoint d'un ressortissant français.

15. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

16. Les arrêtés n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer M. E de son enfant né en 2006. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas avoir assuré l'entretien ou l'éducation de cet enfant qui avait été placé en famille d'accueil dans l'Aube durant sa minorité ni avoir des relations avec lui depuis qu'il est devenu adulte. Dans ces conditions, M. E n'établit pas que le préfet aurait porté une insuffisante attention à l'intérêt supérieur de son enfant. Le moyen tiré la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, en tout état de cause, être écarté.

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. M. E, qui s'était désisté de sa demande d'asile devant la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément susceptible d'établir les risques qu'il encourrait actuellement en cas de retour en République Centrafricaine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 10 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. E à fin d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O.DLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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